Par décision prise en conseil des ministres le 29 janvier 2026, le gouvernement burkinabè créait l’agence de gestion du péage, mettant désormais fin à l’existence du Fonds spécial routier du Burkina (FSR-B). Aussi, si le FSR-B était autrefois rattaché au ministère des Infrastructures, la structure nouvellement créée relève du ministère de l’Economie et des finances. C’est dire si la gestion du péage n’incombe pas au nouveau ministère de la Construction de la patrie issu de la fusion du département de l’Urbanisme et de l’habitat avec celui des Infrastructures et du désenclavement. Si comme l’ont noté les autorités, cette décision de dissolution du FSR-B se justifie par un souci de rationaliser les structures publiques et d’optimiser l’action gouvernementale, elle soulève tout de même des questions majeures : la nouvelle structure va-t-elle se limiter à gérer les postes de péage et collecter les taxes de péage ? Ou bien va-t-elle aussi avoir les prérogatives de mobiliser les recettes à travers les prêts bancaires et la Taxe sur les produits pétroliers (TPP) dont le reversement de la moitié par le ministère de l’Economie à l’ex-département des Infrastructures n’a jamais été une question simple dans la pratique ? La nouvelle agence aura-t-elle aussi la prérogative d’assurer le financement de l’entretien routier ?
Aussi, qu’en sera-t-il désormais du financement de la construction des infrastructures de transport rendu possible par l’érection du FSR-B en un fonds de seconde génération, laquelle a permis de mettre fin – souvent de façon urgente du fait de la flexibilité permise par l’érection – à l’angoisse de bien des populations à travers notamment la construction à coup de milliards de F CFA d’emblématiques ouvrages de franchissement et de tronçons sur le territoire national : pont de la Sirba, pont de Coalla, pont de Kyon, construction du tronçon Gounghin-Fada, etc. ? Ou bien le ministère de la Construction de la patrie devrait désormais se contenter uniquement de ses partenaires traditionnels dont le « bâillement de fonds » manque de flexibilité pour intervenir à temps dans des situations d’urgence alors que les localités concernées ont besoin d’être désenclavées ? Ou bien l’agence Faso Mêbo se verra-t-elle doter de cette attribution de sauvetage rapide des localités concernées ? Si oui, quelles sources de financement pérennes dispose l’agence pour des actions s’inscrivant dans la durée ? Ces questions sont d’autant plus pertinentes qu’elles touchent à l’épineuse question du développement du pays. Et le gouvernement gagnerait à éclairer la lanterne du citoyen sur ces questions.
Hormis ces questions, il se pose une autre question tout aussi pertinente que cruciale : quelle structure va désormais financer le fonctionnement des principales structures du ministère de la Construction de la patrie : direction générale de l’entretien routier, celle des infrastructures de transport, celle des pistes rurales, celle de la normalisation et des études techniques, secrétariat permanent des travaux à haute intensité de main-d’œuvre, directions régionales dudit département, etc. ?
La dissolution du FSR-B laisse un vide abyssal au sein du ministère de la Construction de la patrie
C’est un secret de polichinelle : c’est grâce aux conventions qui liaient le FSR-B à ces structures que celles-ci fonctionnaient sans grande difficulté, optimisant ainsi les performances du département concerné. En permettant au FSR-B d’allouer des ressources financières à ces structures, ces conventions permettaient à celles-ci de remplir leurs missions : se doter d’équipements, superviser les travaux routiers, assurer le suivi réseau, etc. De façon concrète, les ressources allouées permettaient aux agents d’aller sur le terrain pour garantir la qualité des travaux routiers. Par exemple, les besoins de carburant pour les missions y relatives, de réparation des véhicules, de frais de mission, d’équipements de protection individuelle pour ces agents, etc., riment avec dépenses que le FSR-B prenait en charge à travers ces conventions. Et bien malin est celui-là qui saura dire que ces sorties-terrain n’étaient pas nécessaires et constituaient un gâchis des ressources de l’Etat.
Depuis des années, le gotha du ministère en charge de la gestion des infrastructures de transport a toujours été formel sur l’importance de la question du suivi réseau, sans laquelle, il est fort à parier que le Burkina aurait vécu des ruptures de chaussée plus importantes que celles enregistrées en juillet et août 2024, pendant les pluies diluviennes. C’est dire si la dissolution du FSR-B laisse un vide abyssal au sein du ministère de la Construction de la patrie et qu’il serait judicieux de le combler à temps, si tant est que le gouvernement attend des performances dignes de ce nom de ce ministère. Il est plus que nécessaire de trouver vite une alternative pour assurer le fonctionnement de ces structures du ministère de la Construction de la patrie. Qui sait ? Peut-être que les plus hautes autorités du Burkina ont déjà posé la question sur la table et trouvé la piste Faso Mêbo ou trésor public pour mettre régulièrement des fonds à la disposition de ces structures pour leur fonctionnement adéquat. Si ce n’est pas encore fait, il faudra y songer. Dans tous les cas, la question mérite d’être posée…
Adama KABORE
Article publié dans le numéro 42 de la parution du 15 Mars 2026 du journal La Nation en marche

