Pour les hommes politiques burkinabè, la nouvelle est tombée raide comme un couperet. Par décret pris en conseil des ministres en date du 29 janvier 2026, le gouvernement burkinabè annonçait la dissolution des partis politiques et le transfert du patrimoine de ceux-ci à l’Etat. L’adoption du projet de loi y relatif, le 9 février 2026, par les députés de l’Assemblée législative de transition, est venue entériner la décision gouvernementale, sans que l’on dise à l’opinion si l’Etat va aussi hériter des dettes des partis politiques ; lesquelles font partie intégrante dudit patrimoine. Pour bon nombre d’hommes politiques de l’Opposition qui scrutaient l’horizon dans l’attente fiévreuse d’élections législatives et présidentielle à organiser au terme du bonus de 5 ans accordé en mai 2024 au président Ibrahim Traoré à la suite d’assises nationales boycottées par la majeure partie de ladite Opposition, il y a dans la décision du gouvernement un coup de Jarnac porté à leurs ambitions politiques. Et aussi des relents de coup de grâce, au regard du fait que depuis le putsch de fin septembre 2022 ayant porté au pouvoir Ibrahim Traoré, leurs activités politiques ont été mises en latence forcée suite à la décision prise par les nouvelles autorités de suspendre les activités politiques. « La dissolution des partis politiques, c’est le fait du prince », « Si ça peut ramener la paix au Burkina Faso, qu’il en soit ainsi », se sont résignés 2 hommes politiques. Contraints d’avaler les couleuvres, pour bon nombre d’entre eux, il y a encore là un fort risque que l’organisation d’élections dans ce pays relève dans les années à venir, d’une véritable arlésienne nationale dont la fumée blanche n’aura d’égal que le temps mis pour recouvrer l’intégrité territoriale du pays depuis que celui-ci est en proie aux affres terroristes.

Pourtant, les signaux étaient tels qu’il ne fallait pas écarter cette perspective de dissolution de ces partis. L’adoption par l’ALT, le 28 octobre 2025, du projet de loi portant dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) jugée budgétivore avec un fonctionnement de 500 millions de F CFA hors élection, suffisait à elle seule de sonner l’alerte, même si le ministère de l’Administration territoriale héritait le pouvoir d’organisation des élections. Ne pas y décrypter cette perspective, c’est faire preuve de naïveté politique, même si le fondement de la décision censée rationnaliser les dépenses publiques parait judicieux et noble dans ce contexte de crise sécuritaire où les activités sont durement touchées dans divers secteurs de la vie économique, rendant l’argent rare comme un bélier à testicule unique. C’est d’ailleurs cette même noblesse qui a probablement servi de paravent pour empêcher à certains acteurs politiques de bien lire les signes du temps pour ne pas être surpris de la dissolution de leurs partis. Le vin est désormais tiré et il faut le boire, en faisant contre mauvaise fortune bon cœur. Les acteurs politiques l’ont si bien compris qu’ils ont rapidement invité – sans attendre l’adoption du projet de loi – leurs militants et sympathisants à respecter scrupuleusement la décision gouvernementale à travers l’abandon de l’usage des insignes des partis et la suppression des plateformes de ceux-ci. La décision est ainsi rapidement entérinée par les concernés et ceux-là qui se posaient la question de savoir si les partis politiques vont se laisser faire dans cette affaire, n’ont plus besoin d’une boule de cristal pour avoir la réponse à leurs questions…

Même en politique, la nature a horreur du vide

Maintenant que la messe est dite, le boulevard est désormais largement ouvert pour un règne sans partage pour le président Traoré ; lequel occupait déjà seul la scène politique depuis octobre 2022, avec tout ce que cela comporte comme avantage de disposer du temps pour bâtir sa stature d’homme d’Etat et renforcer la conquête des cœurs des Burkinabè ; des véritables placements dont les dividendes juteux sont à jouir le moment des élections venu. La méthode ne souffre point d’ambiguïté. C’est dire si l’acte de dissoudre les partis politiques vient renforcer davantage ce règne sans partage pour un président sans opposant dans une période d’hibernation politique qui profite visiblement au capitaine-président depuis un bon moment, nombre de militants des partis politiques ayant mis à profit cette hibernation pour migrer avec leurs baluchons au Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration 2 (MPSR 2). Comme quoi, même en politique, la nature a horreur du vide…

Au-delà, au risque de se tromper, c’est aussi probablement un règne à longévité qui se dessine lentement mais sûrement, au grand bonheur des partisans du président Traoré dont certains n’ont pas hésité lors des assises nationales sus-citées à demander publiquement qu’il soit accordé à leur champion des décennies de règne. Certaines grandes puissances supposées chantres de la démocratie pourraient là-dessus, grincer les dents. Mais les soutiens du président Traoré n’en ont cure, à l’image de la fin de non-recevoir opposée à l’appel du haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU invitant les autorités burkinabè à revenir sur la décision gouvernementale sus-citée! Le Burkina n’est pas une démocratie ; il est en révolution et entend tracer ses propres sillons de développement en rejetant toute idée de conformisme ou d’alignement à des modèles politiques exogènes.

Le président « IB » et ses « BIRCOM » ne font d’ailleurs pas mystère de leur répugnance à toute invite à s’aligner sur les règles démocratiques telles que catéchisées par Paris, Washington, etc. De quoi révulser et rougir certains parrains des terroristes qui, dans cette affaire, étaient loin d’imaginer la tournure actuelle des faits consubstantielle à leur posture face au fait terroriste : non seulement, ils n’ont plus à la tête des Etats du Sahel des hommes d’Etat enclins à préserver leurs intérêts, mais aussi ils assistent avec impuissance à l’inobservation de certaines de leurs pratiques occidentales dites démocratiques. C’est l’effet boomerang pour eux qui, dans un déchirement intérieur, espèrent une hypothétique élection devant permettre d’adouber un président plus conciliable avec la préservation de leurs intérêts géostratégiques. Ils ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes. Dans tous les cas, le capitaine-président Ibrahim Traoré, dans sa méthode malicieuse et sa logique à la Pierre Claver Damiba selon qui la démocratie n’est pas un outil de développement mais plutôt de fin de parcours, aura réussi à prendre de court à la fois les acteurs politiques nationaux et les parrains des terroristes…

La Rédaction

Éditorial publié dans la parution du 15 février au 14 mars 2026

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