Séjour de Soro à Ouaga : Quand l’ex-rebelle roucoule devant la demoiselle burkinabè

L’emphase ! Voilà le style de communication opté par Guillaume Soro depuis qu’il a foulé le sol africain en provenance d’Istambul en Turquie. De Niamey à Ouagadougou où il a été reçu en audience, respectivement les 13 et 21 novembre 2023 par les présidents Tchani et Ibrahim Traoré, son allocution après-audience a été marquée par une constance marquée d’un accent sibyllin qu’il convient de  décrypter. « Je peux fouler à nouveau le sol du Burkina Faso grâce à un gouvernement militaire. Là où des gouvernements prétendument démocratiquement élus ont refusé de reconnaître le droit du citoyen que je suis, du ouest-africain que je suis. C’est pourquoi, mes premiers mots sont des mots de gratitude à l’endroit du peuple burkinabè », a-t-il martelé à sa sortie d’audience avec le président de la transition burkinabè. Pour une rengaine, c’en est véritablement une. En effet, ces propos-là, l’enfant de Ferké les avais tenus à la virgule près au sortir de son audience à Niamey. C’est dire si l’épisode de fin 2019 marqué par l’affaire de l’empêchement de l’atterrissage de l’avion de Soro à Abidjan qui fut dérouté en direction d’Accra continue de révulser l’enfant de Ferké. Et l’avènement du triumvirat Bamako-Ouaga-Niamey en froid avec Abidjan est l’occasion rêvée pour lui de ruminer sa vengeance en envoyant des piques au président Alassane Dramane Ouattara (ADO) dont il qualifie le régime de « prétendument démocratiquement élu ».

Cette communication ostentatoire qui présente l’ancien « fils » de ADO sous les oripeaux d’un orphelin en quête de père de fortune, vise consciemment à susciter la pitié auprès des Etats du triumvirat sus-cité afin d’y faciliter la poursuite de son exil. Toutefois, en décidant d’utiliser le pluriel pour fustiger plusieurs régimes dits « prétendument démocratiquement élu », il n’est pas exclu qu’avant de fouler le sol africain en provenance d’Istambul en Turquie, l’ancien chef rebelle ait contacté des pays africains, notamment de l’ouest du continent, qui lui ont refusé l’exil sur leurs terres. Ce, de peur d’égratigner ADO et de faire l’objet de ses représailles. Ainsi, Soro serait une peste pour ces régimes. Ainsi en va-t-il de la realpolitik et Soro n’est pas le premier homme politique à en faire les frais.

Ces piques continues envoyées à Abidjan qui sont loin de faciliter la réconciliation entre les frères ennemis ivoiriens, achève de convaincre que Soro n’est dans une dynamique d’aller à Canossa en demandant pardon à ADO pour son retour au bercail. Et tout porte à croire qu’il va désormais déposer ses baluchons politiques au sein du triumvirat Bamako-Ouaga-Niamey avec l’avantage, contrairement aux pays européens et autres où il séjournait, de bénéficier de la traditionnelle chaleur humaine africaine. Ainsi, il ne lui reste qu’à prendre un passeport d’un des Etats dudit triumvirat pour se mouvoir librement à sa guise dans les pays favorables à celui-ci, à l’instar de la Sud-africaine Myriam Makeba qui faisait le tour du monde à la barbe et au nez du régime d’apartheid grâce au passeport guinéen offert par Sékou Touré.

Un séjour à Ouaga aux allures de fiançailles qui précèdent le mariage

A y regarder de près, Soro ne serait pas moins tenté de jeter son dévolu sur le Burkina pour la poursuite de son exil. Et ce probable casting pourrait justifier la grande opération de séduction du peuple burkinabè dont il a fait montre au sortir de son audience avec le président Traoré. Ainsi, de façon emphatique, tel un soupirant ayant retrouvé sa dulcinée après une longue période d’absence, Soro n’a pas tari d’éloges à l’endroit de la demoiselle burkinabè, notamment le peuple burkinabè. « Mes admirations au peuple burkinabè. Vous avez mené un combat intense, important contre le terrorisme. Il y a quelques années, tout le monde pensait que le Burkina allait s’écrouler. Or, le Burkina a montré non seulement une capacité de résilience, mais aussi est en train de mener aujourd’hui des offensives victorieuses. C’est pourquoi je félicite le peuple burkinabè », s’est-il fendu. Avant d’ajouter : « Le Burkina, c’est ma 2e patrie ; je suis frappé par le fait que c’est un peuple généreux et hospitalier ».

Cette communication avec des adjectifs dithyrambiques à l’endroit des Burkinabè à travers laquelle Soro insiste sur le mot « peuple » dont il multiplie le nombre d’emploi, procède d’une volonté de redorer son blason auprès des Burkinabè ; image ternie dans l’affaire des écoutes téléphoniques de 2015 dans laquelle un mandat d’arrêt avait été lancé contre lui par le Burkina avant que celui-ci ne soit annulé. Alors, Soro voudrait demander au peuple burkinabè de passer définitivement l’éponge sur cette affaire qu’il ne s’y prendrait autrement. On est d’autant plus fondé à le croire que Soro sait bien lui-même dans son for intérieur que le peuple burkinabè, notamment les insurgés de fin 2014, est loin d’être amnésique et n’a pas oublié cet épisode de son histoire où l’ancien rebelle aurait ramé à contre-courant de ses intérêts souverainistes. En conséquence, le roucoulement de Soro devant la demoiselle burkinabè vise à se racheter de ce malentendu passé et il ne serait pas étonnant que ce soit Ouagadougou qui l’héberge pour la suite de son exil au mépris du mandat d’arrêt lancé contre lui par la Justice ivoirienne. En somme, on assiste là à un séjour de Soro à Ouaga aux allures de fiançailles qui précèdent le mariage.

Du côté d’Abidjan, il est indéniable que cet accueil de Soro à Ouaga ait provoqué la grise mine. Quoi qu’il en soit, cet accueil semble procéder de l’application d’une politique de réciprocité quand on sait qu’Abidjan héberge également l’ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, au mépris aussi du mandat d’arrêt contre ce dernier émis par la Justice burkinabè. Sans oublier qu’à ce qu’on dit, l’ancien directeur général adjoint de l’Agence nationale du renseignement burkinabè, Sékou Ouédraogo, et le directeur de l’administration des finances de ladite Agence, Belem Mahamadi, se seraient réfugiés en terre ivoirienne après une supposée implication dans l’affaire dite du coup d’Etat manqué en fin septembre 2023 contre la transition burkinabè. Si cela s’avérait, l’accueil de Soro par Ouaga procéderait d’une réponse du berger à la bergère. Bref, souvent citadelle de l’irrationnel, la politique sait parfois rimer avec le rationnel en tenant compte des opportunités du moment. C’est sur ces entrefaites que la Rédaction du journal souhaite d’avance à tous nos lecteurs, une bonne et heureuse année 2024 pleine de santé, de succès, de prospérité, de longévité et de paix durable pour la nation à travers la reconquête du territoire national.

Article publié le 15 décembre 2023 dans le numéro 16 du Journal La Nation en marche

La Rédaction

Dans la même catégorie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *