Le Conseil constitutionnel a rendu sa sentence : Laurent Gbagbo ne sera pas candidat en octobre 2025. On invoque des raisons juridiques, mais personne n’est dupe : ce rejet n’est pas une affaire de droit, c’est une affaire de peur.
On ose expliquer que Gbagbo est radié de la liste électorale. Mais dans le même temps, il dirige un parti politique légalement reconnu et a pu se remarier civilement, preuve qu’il jouit de ses droits civils et politiques. Où est la cohérence ? Aucune. C’est une radiation sur mesure, un outil forgé pour écarter un adversaire gênant, pas une application sincère de la loi.
Le second argument est encore plus grotesque. La loi exige 75 003 parrainages. Laurent Gbagbo en aurait obtenu 54 977 validés. Mais alors, comment expliquer que des candidats sans base, sans électorat, sans histoire politique, franchissent l’obstacle sans trembler ?
Henriette Lagou, qui n’a jamais remporté la moindre élection, a vu ses parrainages validés. D’autres figures sans poids réel ont également passé la barre. Et Laurent Gbagbo, ancien président de la République, chef d’un grand parti structuré avec un groupe parlementaire, serait incapable de mobiliser ? Non : c’est un filtre arbitraire, une invalidation sélective, une farce électorale.
Le pouvoir ne veut pas d’élections ouvertes, il veut des compétitions contrôlées. Laurent Gbagbo est redouté, alors on l’écarte. À la place, on valide des candidatures dociles, des adversaires sur mesure. Voilà la vérité nue.
La peur au sommet de l’État: Ce rejet ne traduit pas la force du droit, mais la fragilité du régime. Car un État sûr de lui n’a pas besoin d’écarter Gbagbo par des artifices juridiques. Seule la peur pousse à de telles manœuvres. La peur d’un homme blanchi par la CPI. La peur d’un parti encore structuré. La peur d’un peuple qui n’a pas oublié.
En invalidant la candidature de Laurent Gbagbo, le Conseil constitutionnel n’a pas protégé la Constitution. Il a simplement confirmé que, dans ce pays, ce n’est pas le droit qui parle, mais le pouvoir qui tremble.
Gilles Christ DJÉDJÉ

