Cadre de vie et de travail des mineurs d'or

Dans la synthèse de l’étude ci-dessous parvenue à notre Rédaction, les auteurs essaient de mettre en exergue le rôle que joue l’exploitation aurifère artisanale dans l’atteinte des des Objectifs de développement durable (ODD) 1 et 15. Avec Gaoua au Burkina Faso, comme champ de l’étude. Lisez !

Résumé

Cette étude évalue l’impact de l’exploitation aurifère artisanale communément appelé orpaillage à Gaoua sur la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD1) (éradication de la pauvreté) et 15 (protection et restauration des écosystèmes terrestres). Avec une approche descriptive et analytique des données collectées sur les sites de Djikando et Gbourbi et par les méthodes qualitatives et quantitatives elle est parvenue aux résultats intéressants. Au plan économique, 71 % des mineurs artisanaux ont un revenu dépassant le SMIG de 45 000 FCFA, avec un revenu annuel moyen de 1 800 000 FCFA, même si 89% d’entre eux vivent dans des conditions précaires. Au plan environnemental, environ 27% des artisans miniers utilisent des produits chimiques dangereux (mercure et cyanure) sur les sites en dépit de l’interdiction. L’étude recommande de parachever la formalisation des sites d’ici 2028, de diversifier les revenus vers des investissements économiques durables d’ici 2030 (ODD 1) et, toujours d’ici 2030, de restaurer les sites abandonnés et de contrôler l’usage des produits toxiques (ODD 15).

Mots clés : Exploitation minière artisanale – Orpaillage – Développement durable – Objectifs – Gaoua

Introduction

Ce document de vulgarisation est tiré de l’article scientifique intitulé : Balancing economic gains and environmental sustainability: the role of artisanal gold mining in achieving SDGs 1 and 15 in Gaoua, Burkina Faso, Wendkuuni Julien Tougma, Gnammytchet Barthélémy Koffi, Patrice Kouraogo, Kouakou Alphonse Yao (2025), in Mineral Economics, https://doi.org/10.1007/s13563-025-00502-0.

L’orpaillage constitue une source de revenus vitale pour de nombreux Burkinabè. Selon les données de l’Enquête Nationale sur le Secteur de l’Orpaillage réalisée en 2017 par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie, la région du Sud-Ouest dont Gaoua constitue le chef-lieu, représentait plus 4,7 tonnes soit 118,7 milliards de francs CFA. Générant environ 32,9% de la main d’œuvre nationale dans ce secteur. Cependant, il n’est pas sans défis majeurs en termes de développement durable, en raison des risques socio-sanitaires et environnementaux qu’il engendre. Ces défis sont à la base de la pauvreté, car ils altèrent les ressources naturelles essentielles à l’existence humaine. Cependant, quels peuvent être les impacts de cette exploitation sur la réalisation des ODD en particulier sur la réduction de la pauvreté et la préservation ainsi la restauration des écosystèmes terrestres à Gaoua ? Cette étude consiste à répondre à cette question en évaluant l’impact de l’orpaillage dans la commune de Gaoua et proposer des solutions pour optimiser les retombées socio-économiques de l’orpaillage tout en limitant ses impacts écologiques.

I-Matériel et méthodes

1-La zone d’étude

La commune de Gaoua est située dans la région du Sud-Ouest du Burkina Faso, dans la province du Poni. Elle est constituée d’un centre urbain et de 56 villages, couvrant une superficie de 874 km², et bénéficie d’un climat soudanais. Cette zone est riche en ressources naturelles, notamment en or, en cuivre, ainsi qu’en ressources forestières et fauniques. L’orpaillage connaît un essor économique significatif dans cette région, hébergeant plus de 50% de la production d’or artisanale du pays. Les habitants y vivent de l’agriculture, de l’élevage et de l’orpaillage (INSD, 2022) d’où Djikando et GBourbi sont les sites les plus attractifs de la commune de Gaoua.

2-Matériel et méthodes d’étude

Cette étude a été menée en deux étapes principales. D’une part, l’échantillonnage spatial et démographique prenant en compte des critères tels que l’intensité et la continuité de l’activité en dépit du contexte sécuritaire. Nous avons interrogé 200 mineurs repartis équitablement entre les sites de Djikando et de Gbourbi et eu des entretiens avec quatre responsables communautaires. D’autres part, la collecte des données et l’observation directe sur les sites nous ont permis de documenter les dynamiques associées à l’orpaillage, à l’aide de questionnaires, de guide d’entretien et d’appareils photographiques. Les données quantitatives ont été analysées à l’aide de SPSS, tandis que les données qualitatives ont été traitées à l’aide de MAXQDA.

 II-Résultats

1-Orpaillage et pauvreté monétaire

1-1-Niveaux de revenus des orpailleurs à Gaoua

Comme l’illustre la figure 1, une part importante des mineurs d’or (69 %) gagne un revenu mensuel moyen de 150 000 francs CFA ou moins, tandis que 9 % gagnent plus de 450 000 francs CFA par mois.

Répartition des revenus mensuel

Ces chiffres montrent que la plupart des mineurs ont des revenus relativement modestes. Environ 71 % ont un revenu mensuel supérieur au SMIG[1] (45 000 FCFA), le revenu annuel moyen (1 800 000 FCFA) dépassant ainsi le seuil de pauvreté monétaire local (351 170 FCFA) par an (INSD, 2023). Toutefois, les revenus demeurent très variables en raison de la volatilité des cours internationaux de l’or et du caractère aléatoire de l’activité.

1-2-Diversification des moyens de subsistance des mineurs d’or

L’étude révèle que 80 % des mineurs d’or ne sont pas satisfaits de leur activité principale et préfèrent diversifier leurs investissements dans d’autres secteurs économiques. Cette diversification des sources de revenus, comme l’illustre la figure 2, leur permet à la fois de sécuriser leurs gains et de contribuer au développement local.

Secteurs de diversification des revenus

L’analyse des résultats montre que 57 % des orpailleurs investissent une partie de leurs revenus dans le commerce, 23% dans l’agriculture aux fins de contribuer à l’autosuffisance alimentaire et de créer des emplois au niveau communal. En outre, l’élevage représente 11 % des investissements des orpailleurs et enfin, environ 9 % des orpailleurs décident d’investir dans d’autres activités génératrices de revenus (l’artisanat, le transport).

  1. Orpaillage et pauvreté non monétaire

 2.1. Typologie des logements des miniers à Gaoua

La majorité des orpailleurs (89 %) vivent dans des habits construits en matériaux non durable (paille, bâches, tôle et argile) en raison de leur faible coût et de leur facilité de construction. Seulement 11 % résident dans des bâtiments en ciment, plus durables. Ainsi, 89 % des mineurs logent dans des conditions précaires, bien au-delà de l’indice de pauvreté multidimensionnelle de la commune (40,2 %), en contradiction avec la cible 3 de l’ODD 1 sur la protection sociale pour tous.

Les observations sur le terrain révèlent que les logements des mineurs sont non seulement construits avec des matériaux de mauvaise qualité, mais sont également surpeuplés (Photo1).

Cadre de vie et de travail des mineurs d’or

Comme le dit l’image, les mineurs travaillent et logent dans des abris caractérisés par le surpeuplement, le manque d’hygiène et d’assainissement. Cette triple problématique, habitat précaire, surpopulation et insalubrité, crée un environnement particulièrement malsain.

  1. Impacts de l’orpaillage les écosystèmes terrestres

3.1. Utilisation de produits chimiques et pollution des sols et de l’eau

Selon les données recueillies, 27 % des mineurs d’or utilisent des produits chimiques dangereux, tels que le mercure et le cyanure, pour extraire l’or. Sur les sites de Djikando et de Gbourbi, des zones de cyanuration sont aménagées en périphérie pour traiter les résidus d’or après le lavage à la batée.

Bassins de cyanuration périphériques

Les cyanuristes utilisent des bassins pour la lixiviation de l’or en tas, souvent construit sans membrane étanche, favorisant les infiltrations.

Cette pratique, pourtant interdite, entraîne des impacts environnementaux et sanitaires graves pour les humains, végétaux et animaux en cas d’infiltration.

Animaux errant sur les sites d’orpaillage

Ces substances chimiques polluent l’eau, les sols et l’air, entraînant des intoxications aiguës, des pathologies respiratoires chroniques et des atteintes neurologiques.

3.2. Emissions de gaz à effet de serre

 L’étude a révélé l’utilisation de machines diesel pour diverses opérations, telles que le pompage de l’eau, la ventilation des puits et le concassage du minerai. Ces machines génèrent des émissions nocives qui ont un impact significatif sur l’environnement.

Fumée dégagée par le diesel

Ces machines émettent des fumées riches en CO₂, contribuant à la pollution atmosphérique, avec des effets néfastes sur la santé et le climat. Par ailleurs, les fuites d’hydrocarbures (huiles, gasoil) liées à leur fonctionnement entraînent une contamination des sols, réduisant leur fertilité.

3.3. Perception des risques environnementaux liés à l’orpaillage par les acteurs

L’analyse du nombre des occurrences en lien avec les perceptions environnementales, révèle que les acteurs identifient principalement la déforestation (18,86 %), la pollution de l’eau (16,72 %) et la dégradation des sols (14,88 %) comme risques majeurs liés à l’orpaillage à Gaoua. Viennent ensuite la perte de biodiversité (13,35 %), les problèmes de santé publique (9,68 %) et la mauvaise gestion des déchets (8,77 %). Les préoccupations concernant le changement climatique (5,50 %), la pollution atmosphérique (3,06 %) et la dégradation des paysages (2,45 %) apparaissent comme secondaires. Le paradoxe qui émerge de cette analyse réside dans le fait que les mineurs privilégient les avantages économiques, au détriment des risques environnementaux associés à leurs activités. En revanche, les commerçants se concentrent sur les problèmes liés à l’eau, qui entravent leurs activités économiques.             Par ailleurs, la communauté locale impactée, perçoit l’orpaillage comme une menace majeure pour les rendements agricoles et la sécurité alimentaire.

Discussions

L’étude révèle des impacts socio-économiques et environnementaux importants, qui s’adressent aux (ODD) 1 (Eradication de la pauvreté) et 15 (Préservation et restauration des écosystèmes terrestres). Nos résultats indiquent que les revenus des mineurs d’or dépassent souvent le salaire minimum garanti et sont réinvestis dans divers secteurs économiques. Cependant, la précarité des conditions de vie, les problèmes de sécurité et la fluctuation du cours de l’or exposent ces travailleurs au risque persistant d’extrême pauvreté, reflet d’une pauvreté multidimensionnelle. Ce constat est corroboré par les travaux de Hilson and Maconachie (2020), qui soulignent l’importance de stabiliser les revenus dans le secteur minier artisanal pour garantir une sortie durable de la pauvreté. L’absence de protection sociale expose les mineurs d’or à des risques économiques et sanitaires majeurs. Affessi et al., (2016) and Minkilabe Djangbedja et al. (2018) recommandent la mise en place de filets de sécurité sociale pour protéger ces travailleurs. Les impacts environnementaux, notamment la déforestation, la pollution de l’eau, de l’air et du sol, et la perte de biodiversité, ont également été mis en évidence dans des études telles (Affessi et al., 2016; Gyamfi et al., 2020; Voundi et al., 2019). Au Burkina Faso, Ouédraogo (2006) a identifié les risques pour la santé associés à l’exposition au mercure, avec des concentrations élevées détectées dans l’urine des mineurs d’or, soulignant les dangers pour la santé des travailleurs et des communautés locales. Les résultats obtenus concordent avec des études menées dans des contextes similaires, comme en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Togo, en Guyane. Cela renforce l’idée que l’orpaillage, bien qu’elle soit une source cruciale de revenus, présente des défis majeurs pour le développement durable.

Conclusion

 En conclusion, cette étude sur le rôle de l’orpaillage dans la réalisation des ODD 1 et 15 à Gaoua a révélé des impacts socio-économiques et environnementaux significatifs. Les résultats montrent que l’orpaillage contribue à la réduction de la pauvreté (ODD 1) en générant des revenus directs pour les mineurs artisanaux. Cependant, de nombreux mineurs continuent de vivre dans des conditions précaires sur les sites. Cette activité qui se déroule de fonçons informelle a des impacts négatifs sur les écosystèmes terrestres (ODD 15), notamment la déforestation, la pollution des ressources en eau par le mercure et le cyanure, et la dégradation des sols. Ce déséquilibre contraste avec l’agenda 2030 des Nations Unies, et souligne l’urgence d’adopter des pratiques durables pour aligner l’orpaillage avec les ODD. L’hypothèse selon laquelle l’exploitation artisanale de l’or à Gaoua génère des revenus importants, mais contraste avec la gestion durable des écosystèmes, a été confirmée. Pour contribuer à l’atteinte des ODD1et 15 à Gaoua d’ici 2030, nous recommandons :

  • ODD 1 (Éliminer la pauvreté) : achever la formalisation des sites d’ici 2028 ; mécaniser la moitié des tâches d’ici 2028 et accompagner 50 % des personnes vulnérables vers la diversification des sources de revenus d’ici 2030.
  • ODD 15 (Écosystèmes terrestres) : restaurer 50 % des zones dégradées d’ici 2028 et l’ensemble d’ici 2030 ; appliquer l’interdiction strict de l’usage de mercure et de cyanure d’ici 2026, divulgation les technologies de substitution et installer des unités de traitement des déchets et résidus miniers sur chaque district d’ici 2027.

Wendkuuni Julien Tougma[1] – Gnammytchet Barthélémy Koffi1 – Patrice Kouraogo2[2] – Kouakou Alphonse Yao1

[1] Laboratoire des Sciences et Techniques de l’Ingénieur, Institut National Polytechnique Félix HOUPHET-BOIGNY, Yamoussoukro, Côte d’Ivoire

[2] Institut national des sciences des société, Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique, Ouagadougou, Burkina Faso

Références

– Wendkuuni Julien Tougma, Gnammytchet Barthélémy Koffi, Patrice Kouraogo, Kouakou Alphonse Yao (2025),  Balancing economic gains and environmental sustainability: the role of artisanal gold mining in achieving SDGs 1 and 15 in Gaoua, Burkina Faso, in Mineral Economics, https://doi.org/10.1007/s13563-025-00502-0.

-Affessi S, Koffi KGJ-C, Sangare M (2016) Impacts Sociaux Et Environnementaux De L’orpaillage Sur Les Populations De La Region Du Bounkani (Cote D’ivoire). European Sci J ESJ 12:288. https://doi.org/10.19044/esj.2016.v12n26p288

 -Hilson G, Maconachie R (2020) Artisanal and small-scale mining and the Sustainable Development Goals: Opportunities and new directions for sub-Saharan Africa. Geoforum 111:125–141. https://doi.org/10.1016/j.geoforum.2019.09.006

-Institut National de la Statistique et de la Démographie (2017) Enquête nationale sur le secteur de l’orpaillage (ENSO). https:// www. insd. bf/ sites/ defau lt/ files/ 2021- 12/ Princ ipaux_ Resul tats_ ENSO.pdf

-Institut National de la Statistique et de la Démographie (2022) Mon ographie de la région du sud-ouest 212. https:// www. insd. bf/ sites/ defau lt/ files/ 2023- 02/ MONOG RAPHIE% 20DU% 20SUD% 20OUEST%205E%20RGPH.pdf

-Institut National de la Statistique et de la Démographie (2023) Profil de pauvreté de la région du Sud Ouest. https:// www. insd. bf/ sites/ defau lt/ files/ 2024- 02/ PROFIL% 20DE% 20PAU VRETE% 20SUD%20OUEST%20VF.pdf -Minkilabe D, Kpatindé VJB, Tchagnirou Z (2018) L’orpaillage et le développement durable à Kéméni et à Kpaza dans le centre du Togo. 21. https://zenodo.org/records/1160681/files/001.pdf

-Ouedraogo AH (2006) L’impact de l’exploitation artisanale de l’or (orpaillage) sur la santé et l’environnement. https:// www. media terre.org/afrique-ouest/actu,20061121095625.html

 -Voundi, E., Mbevo, F.P., Essigue, E.P., 2019. Analyse des mutations socio-environnementales induites par l’exploitation minière à Bétaré-Oya, Est-Cameroun. vertigo. https://doi.org/10.4000/vertigo.24329

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