« A Dédougou, on ne pensait pas que le projet prendrait fin de sitôt », « Monsieur le Président de la délégation spéciale de Réo, n’allez-vous pas songer à proroger au moins de 2 mois la durée de mise en œuvre de votre PUDTR là ? », « Après nous avoir aménagé des bas-fonds qui nous ont permis de récolter en quantité du riz dans 3 villages de la commune de Yaba, nous espérons que le PUDTR va songer à sa phase 2 dont la mise en œuvre devrait prendre en compte la nécessité de nous doter des magasins de stockage afin de pouvoir stocker notre production », « En tant que personne-ressource ici dans le village de Ton dans la commune de Fara, je peux vous informer que l’aménagement et l’exploitation du jardin nutritif sont bien appréciés ici par les bénéficiaires. Beaucoup de femmes non attributaires de parcelle au niveau du jardin manifestent le besoin d’en disposer aussi comme les autres femmes attributaires. Elles demandent à être prises en compte aussi par le projet PUDTR. Elles nous demandent régulièrement la période à laquelle elles pourraient être prises en compte par le projet. Vu leur insistance, nous nous sommes résolus à établir une liste des personnes intéressées par une quelconque extension du jardin afin d’en disposer d’une parcelle à exploiter. On espère donc que le PUDTR sera renouvelé pour qu’on puisse leur transmettre cette liste », etc.
Voilà une brochette de témoignages que nous avons pu entendre lors de la collecte des informations entrant dans le cadre de la réalisation des reportages sur les investissements du Projet d’Urgence de Développement Territorial et de Résilience (PUDTR) dans la zone d’intervention du projet. Ces propos illustrent à quel point le projet a conquis le cœur de ses bénéficiaires et mettent en exergue la plus-value significative que les actions du PUDTR ont pu apporter dans le bien-être socioéconomique desdits bénéficiaires.
Plus qu’un baromètre de l’importance du projet dont le renouvellement est demandé à cor et à cri à travers le territoire national, ces propos traduisent les attentes énormes placées désormais au projet dans un contexte sécuritaire national difficile où les besoins sociaux croissent de jour en jour malgré les victoires d’étape des forces combattantes au front. A y regarder de près, les autorités communales et anonymes qui lancent un appel au renouvellement du projet mis en œuvre d’avril 2021 à décembre 2025 avec l’appui de la Banque mondiale, n’ont pas tort ; la plupart des communes bénéficiaires subissant de plein fouet les effets pervers du terrorisme que les réalisations du PUDTR ont permis d’atténuer.
Construction, normalisation et équipements d’infrastructures éducatives et sanitaires; réalisation d’infrastructures marchandes et d’eau potable, éclairage public et électrification des infrastructures sanitaires et éducatives, don de 6 ambulances, aménagement de 2 100 ha de bas-fonds et de 113 jardins maraichers d’une superficie de 231 ha, subvention et don de céréales ; formation suivie de dotation en équipement et fonds de roulement pour 1 000 femmes dans les métiers de tissage et teinture, de 43 étudiants pour des activités agropastorales, de 453 jeunes en installation et maintenance dans le domaine de l’énergie photovoltaïque ; aide à des acteurs agricoles et de l’élevage ; travaux routiers et d’assainissement, etc., sont autant de réalisations qui ont façonné, pendant les 5 ans de la mise en œuvre du projet, le visage de bien des communes du Burkina et servi d’amortisseur au choc terroriste en permettant à des milliers de personnes vulnérables d’avoir à manger (1 691 671 personnes bénéficiaires), de se soigner, de s’éduquer, d’avoir une activité pérenne à mener (lire nos reportages consacrés aux réalisations du projet). Sans compter un point d’honneur mis à assurer l’éducation financière d’un pan important des bénéficiaires ; un ultime accompagnement qui résonne comme une sorte de service après-vente assuré pour permettre la pérennité des emplois créés par le projet.
Une interpellation à l’endroit de l’Etat au renforcement des acquis du PUDTR
Plus que jamais, le projet a ainsi bien porté sa vocation de développement territorial et d’assurer la résilience des populations bénéficiaires dans le contexte sécuritaire national que vit le Burkina Faso. Quand on bénéficie de telles réalisations salvatrices qui ont essuyé bien des larmes, on en vient forcément à avoir le réflexe pavlovien à demander à l’Etat de pérenniser son action. En renforçant par exemple, les activités de tissage et teinture de Hélène Zida à Banfora, le projet a abrégé, voire mis fin à des nuits blanches d’une dame qui éprouvait de la peine à scolariser ses enfants. Le propos de Sulemana Sanou, chef du village de Desso, situé à une vingtaine de km de Bobo, en dit d’ailleurs long sur l’ampleur de la détresse et de l’angoisse du village et à laquelle le projet a mis fin à travers la construction de l’emblématique pont de Banakélédaga. « Avant, nous étions isolés et désespérés. Plusieurs personnes ont perdu la vie en voulant passer l’ancien pont pour se rendre à Bobo et ont été enterrées près du pont », a-t-il lâché.
Au-delà de l’appel à la reconduction du projet PUDTR souhaité de vive voix par les bénéficiaires, de Fada à Banfora en passant par Dédougou et les villages de Napamboumbou (à 4 km de Kaya) et Sig-nonguin – à une dizaine de kilomètres de Fara et où des personnes déplacées depuis Kongoussi et Ouahigouya exploitent le jardin nutritif aménagé –, c’est une interpellation à l’endroit de l’Etat au renforcement des acquis du PUDTR qu’il convient d’entendre afin de conforter ceux-ci pour une boucle judicieuse du développement amorcé. Besoins de renforcer le dispositif du système solaire à Napamboumbou, à Sig-nonguin et ailleurs pour plus d’efficacité de leur jardin nutritif, besoins de travaux routiers complémentaires par endroits pour booster davantage le tissu économique, besoin d’une phase 2 du projet comme tremplin pour réaliser les infrastructures économiques initialement prévues mais qui n’ont pu être réalisées, nécessité de réaliser à Fada des travaux d’assainissement complémentaires pour enrayer la menace de perdre plus de 300 parcelles et aussi le spectre d’effondrement qui plane sur la tête de services administratifs, etc., voilà une brochette de doléances non exhaustives formulées çà et là par des bénéficiaires du projet. Quant aux besoins sociaux en lien avec l’alimentation, l’éducation et la santé, ils restent toujours d’actualité. C’est dire qu’il y a matière à réfléchir sur le fondement de l’appel au renouvellement du PUDTR. Reste donc à espérer que les autorités soient sensibles au bien-fondé de cet appel pour répondre au cri du cœur lancé par bien des Burkinabè qui trépignent d’impatience pour voir la fumée blanche, celle de l’annonce de la seconde phase du projet.
La Rédaction

