L’un des objectifs du Projet d’urgence de développement territorial et de résilience (PUDTR) est de contribuer à lutter contre l’insécurité alimentaire dans un contexte national sécuritaire où le terrorisme affecte la production agricole nationale. Entre aménagements de bas-fonds, de périmètres irrigués et de jardins nutritifs ; don de vivres, de semences améliorées et de fertilisants minéraux et organiques ; soutiens à des acteurs du domaine de l’élevage et de la pisciculture, etc., c’est dans un éventail champ d’action que le PUDTR a agi durant ses 5 ans de mise en œuvre pendant lesquels le projet a servi d’outil de sécurité alimentaire comme pied de nez au terrorisme.
L’une des conséquences du terrorisme est le déplacement des populations qui vide bien des campagnes de leurs occupants, plombant tout un pan d’activités agricoles. Cette conséquence est source potentielle d’insécurité alimentaire. Pour y remédier ou atténuer les effets en la matière, le PUDTR a réalisé des infrastructures structurantes (bas-fonds, jardins maraichers et périmètres irrigués) dans sa zone d’intervention. Dans la commune de Yaba située dans la région du Sourou (chef-lieu Tougan), 3 bas-fonds emblématiques ont été aménagés, informe le Président de la délégation spéciale (PDS) de la commune, Daouda Ouédraogo. Mis en exploitation lors des 2 dernières saisons agricoles par la population, les bas-fonds ont déjà apporté leur contribution à la lutte contre l’insécurité alimentaire au Burkina, selon Jérémie Nanema, chef du service chargé de l’agriculture de la délégation spéciale de la commune de Yaba. « Pour la seule saison agricole 2025-2026, à Tiema où 14 hectares de terrain ont été aménagés, une production de 60,52 tonnes de riz a été enregistrée, contre 49,5 tonnes à Issapogo où 12 hectares de bas-fonds ont été aménagés. Enfin, à Yaba dont le bas-fonds aménagé est de 30 hectares, 90 tonnes de riz ont été produites », a-t-il expliqué. Pour sa part, saluant l’action du PUDTR, le premier responsable de la commune a ajouté que la population bénéficiaire est très satisfaite, soulignant que celle-ci vend une partie de la production et en consomme l’autre dans le cadre de ses besoins alimentaires.

C’est aussi le cas dans le village de Noakuy dans la commune de Dédougou où l’aménagement définitif et sommaire de 82 hectares de bas-fonds a fait l’objet d’exploitation lors de la dernière saison agricole. «Sur une superficie de 72 ha de bas-fonds exploitée, 216 tonnes de riz ont été récoltées », informe le chef d’antenne régionale du PUDTR dans la région, Jean Robert Traoré. De quoi réjouir le PDS de Dédougou, Dieudonné Tougfo, dont la commune est un véritable réceptacle de personnes déplacées. « Avec le déplacement de la population dans notre commune, cette production tombe à pic dans la mesure où elle va contribuer à faire face aux besoins alimentaires de la population. Les actions du PUDTR sont salutaires dans notre commune et on ne s’attendait pas à ce que le projet prenne fin de sitôt », a-t-il déclaré. Dans l’ensemble, à la date du 31 octobre 2025, 1 199,14 ha de bas-fonds ont été aménagés par le projet. Pour soutenir les acteurs du monde agricole, des intrants agricoles ont aussi été distribués ou vendus à prix subventionné au cours de la saison 2023-2024. L’opération a concerné 2 073,93 tonnes de semences améliorées au profit de 63 710 producteurs. Et ce n’est pas tout. 145 105 bénéficiaires dont 20 922 femmes et 4 021 personnes déplacées ont été dotés de 28 996 tonnes d’engrais minéraux qui ont eu pour conséquence l’amélioration de la production agricole : 80 711 tonnes pour la campagne 2023-2024 et 143 858 tonnes au titre de la saison précédente.

«Les bienfaits du soutien du PUDTR sont inestimables »
Hormis ces actions, le PUDTR a aussi réalisé 20 jardins nutritifs dotés d’un château d’eau et de plaques solaires qui font fonctionner les châteaux. Par endroits du pays, l’exploitation de ces jardins est majoritairement assurée par des femmes. C’est le cas à Napamboumbou, village situé à environ 4 kilomètres de Kaya, dans la région des Kuilsé (ex-Centre-Nord), dont le jardin nutritif s’étend sur un hectare. A notre arrivée sur les lieux, des femmes sont en pleine activité d’arrosage de leurs cultures maraîchères, pour leur 2e saison d’exploitation en cours. Selon la présidente de la coopérative des femmes exploitant le jardin, Zalissa Sawadogo, une quarantaine de femmes – dont des personnes déplacées – exploitent le jardin. Interrogées, Aminata Bamogo, Safiata Pafadnam et Aminata Ouédraogo sont unanimes quant à l’utilité de leur activité. « Une grande partie de notre production est utilisée pour notre alimentation. Les feuilles de baobab et les oignons que nous cultivons, participent à la qualité de la sauce que nous préparons pour manger. Une bonne alimentation participant à la santé de l’homme et à sa longévité, on peut déduire que les bienfaits du soutien du PUDTR sont inestimables », a affirmé Aminata Ouédraogo. Selon les bénéficiaires, l’autre partie de la production est vendue et le revenu utilisé pour la scolarisation des enfants, l’habillement de ceux-ci, l’achat de céréales pour consommation, etc. « A la fin de la première exploitation, chaque femme a pu obtenir un revenu allant de 50 à 100 000 F CFA à l’issue de la vente des oignons. Les retombées sont multiples », a renchéri dame Ouédraogo. C’est la présidente de la coopérative, Zalissa Sawadogo, qui a clos nos échanges en notant qu’après les activités, chaque membre de la coopérative remet à la trésorière sa part de cotisation. «Ces cotisations peuvent servir dans le futur à réparer ou à renouveler les grillages pour clôturer le jardin », a-t-elle expliqué.

Dans la commune de Fara, 4 jardins nutritifs ont été réalisés dans 4 villages : Ton, Sig-nonguin, Pomen et Socaf. Si à Sig-nonguin le jardin est à sa première exploitation qui est en cours, le jardin nutritif de Ton d’un hectare de superficie est actuellement à sa 2e exploitation. Dans ce village situé à 10 km de Fara, les résultats des investissements sont palpables : la culture de l’aubergine, de l’oseille, des feuilles de baobab, des oignons, choux et autres, servent aussi à l’alimentation et à la vente. Originaire de Djibo et installée à Ton suite aux exactions terroristes, Kondaba Yabri et sa femme Awa Zongo pratiquent l’activité maraîchère qui le leur rend bien. « Au sortir de la dernière saison pluvieuse, j’ai rapidement procédé à la culture de choux. J’ai déjà fait ma récolte dont une partie a été vendue. Le revenu issu de cette vente et de la vente de la première production m’a permis d’acheter une moto d’occasion en fin décembre 2025, pour faciliter mes déplacements », témoigne M. Yabri. De même, selon Guy Nignan, personne-ressource au village de Ton, l’activité a rendu autonomes les femmes bénéficiaires ; lesquelles n’ont plus besoin d’attendre forcément un geste financier de leurs maris pour certaines charges familiales. Aussi, ajoute-t-il, l’activité est si appréciée que certaines femmes non bénéficiaires demandent à être prises en compte par le projet. « Avant, on se rendait à Poura et Siby pour acheter les légumes pour notre cuisine. Maintenant, c’est nous-mêmes qui desservons ces localités où nous vendons une partie de notre production», a poursuivi Guy Nignan, soulignant que plus de 60 femmes et près de 20 hommes exploitent le jardin nutritif.

De façon chiffrée, 136,75 ha de jardins maraichers ont été aménagés par le projet à la date du 31 octobre 2025. Cerise sur le gâteau, les attributaires des jardins maraîchers ont été dotés de 689,85 tonnes d’engrais minéraux, 776,75 tonnes de fumure organique et 885 kg de semences. « Ces dotations nous ont beaucoup aidés et facilité le travail pour une bonne production », a renchéri Kondaba Yabri sus-cité. Selon les données du PUDTR, le suivi de la production et de la vente fait ressortir au 31 octobre 2025, des recettes de 3 050 950 F CFA pour le premier semestre 2025 pour 5 sites de jardin.

70 000 tonnes de céréales acquises au profit de 1 691 671 bénéficiaires
Le PUDTR, c’est aussi la production animale avec un concours significatif au profit des bénéficiaires. A cet effet, environ 5 870 aviculteurs ont pu bénéficier de 750 tonnes d’aliments pour volaille, 500 tonnes de maïs et 300 tonnes de tourteaux de soja pour la fabrication d’aliments pour volaille. Parmi ces bénéficiaires, 1 526 sont des femmes et 998 des déplacés internes. En plus, le PUDTR a acquis et distribué à 65 415 éleveurs, 3 930 tonnes d’aliments de bétail : 100 tonnes de pierres à lécher, 1 830 tonnes de son de blé cubé et 2 000 tonnes de tourteaux de coton. Concernant la pisciculture, le projet a offert 158 572 tonnes d’aliments pour poissons à 480 pisciculteurs dont 59 femmes. Sur ce volet, l’intervention du PUDTR est allée au-delà de la distribution d’aliments. En effet, le projet a conduit des actions de production de poisson en cages flottantes sur 8 barrages du Burkina, notamment à Moussodougou, Bapla, Pâ, Soum, Dourou, Bion, Bagré et Loumbila. Au total, ce sont 52 cages flottantes de 75 m³ chacune qui sont installées avec une production attendue de 624 tonnes de poissons par an pour deux cycles de production, soit 312 tonnes par cohorte ou cycle. « Cette activité qui a nécessité un financement d’environ 352 millions de francs CFA, est menée au niveau de chaque barrage par des coopératives dont les membres étaient déjà des pécheurs ; lesquels ont été formés en amont et dotés d’équipements, notamment des pirogues, gilets de sauvetage, d’aliments de poisson, etc. Du coup, l’action du PUDTR vient renforcer les aptitudes des acteurs et leur capacité de production », explique Chokail Sanou, expert en développement rural. Avant d’ajouter : « Les cages flottantes sont situées en plein milieu d’eau, de sorte à ce que les poissons élevés vivent dans leur milieu naturel. Concrètement, on a débuté en octobre 2025 et c’est en décembre qu’on a obtenu les alevins pour faire l’empoissonnement, pour une production qui dure 6 à 8 mois ». En termes d’impact, ce sont environ 321 personnes qui bénéficient directement de cette activité. Là encore, la production sera destinée à l’alimentation des bénéficiaires et à la vente, source de revenu pour ceux-ci.

Enfin, l’intervention du PUDTR s’est matérialisée par l’acquisition de 70 000 tonnes de céréales au profit des personnes vulnérables. Ainsi, 25 600 tonnes de céréales ont été vendues à prix subventionné à 512 000 personnes, tandis que 29 400 tonnes de céréales ont été distribuées à 1 179 671 personnes, soit au total 1 691 671 bénéficiaires de l’aide humanitaire. A noter que la production à Bagrépôle suite à la formation et l’équipement de 43 étudiants en activités agropastorales, concourt également à l’atteinte de la sécurité alimentaire.
Adama KABORE
Article publié dans la parution d’avril 2026 du journal La Nation en marche

