De l’avis des bénéficiaires, avec le bitumage de près de 48 km de route à Bagré, c’est un coup de fouet donné aux échanges commerciaux

Durant les 5 ans de la mise en œuvre du Projet d’Urgence de Développement Territorial et de Résilience (PUDTR), des travaux routiers et d’assainissement ont été réalisés dans bien des communes faisant partie de la zone d’intervention du projet. Le moins que l’on puisse dire, à la lumière des témoignages des bénéficiaires des travaux réalisés, c’est que ceux-ci ont littéralement métamorphosé le visage des communes concernées.

Les travaux routiers ont pris essentiellement la forme de routes bitumées, de routes pavées et de pistes rurales aménagées de façon mécanisée (recours aux engins du secteur du BTP) et par la méthode de Haute intensité de main-d’œuvre (HIMO). Dans la région de Goulmou, la commune de Fada N’Gourma a bénéficié de la part du PUDTR d’innombrables investissements structurants d’environ 30 milliards de F CFA dont des travaux routiers et d’assainissement. Nous rencontrons le 4 février 2026, le Président de la délégation spéciale (PDS) de la commune, Jérôme Kampadiba Idani. Il nous fait savoir que la commune a bénéficié des dizaines de kilomètres de travaux en bitume en termes de voiries et aussi de routes pavées. Visiblement satisfait des actions du PUDTR, il nous explique qu’au-delà du désenclavement de l’intérieur de la commune, le pavage des routes a permis d’occuper sainement les Personnes déplacées internes (PDI). « La partie pavée, c’était pour permettre aux populations déplacées de participer à des travaux de grande intensité de main-d’œuvre, toute chose qui leur a apporté des moyens de subsistance », soutient-il. Selon l’autorité locale, tout comme les rues pavées, les voies bitumées et éclairées au solaire ont un impact positif dans le quotidien de la population. « La population a construit des boutiques aux abords des routes goudronnées ; d’autres sites de commerce ont aussi poussé, contribuant à relancer le tissu économique », déclare-t-il.

Le président de la délégation spéciale de Fada, Jérôme Kampadiba Idani, apprécie les travaux réalisés par le PUDTR dans sa commune

Une autre localité emblématique dont les routes ont été revêtues de bitume en bicouche, c’est bien la commune de Bagré dans la région de Nakambé : 17 milliards de F CFA TTC ont été injectés par le PUDTR pour des investissements à Bagré dans différents secteurs dont celui routier. Près de 48 km, c’est le linéaire concerné par ces travaux routiers sur le tronçon Bagré-Dindéogo, la bretelle reliant Bagré ville à Bagré village, celle reliant Bagré ville à Bagrépole et la bretelle d’accès à la mairie de Bagré. Pour le premier responsable de la commune, Gérard Maré, ces travaux ont servi de levier de développement pour la commune, en rendant accessible à toute saison une commune essentiellement agricole. « Souvent en saison pluvieuse, les camions ghanéens qui viennent chercher de la tomate à Bagré, étaient obligés de stationner à quelque part pour attendre la baisse des eaux avant de pouvoir reprendre le chemin », soutient-il, soulignant de passage que les travaux routiers ont aussi boosté le tourisme local avec des visites qu’enregistre la commune.

Vue d’une piste rurale aménagée dans la commune de Siby

Propriétaire d’une usine de transformation de riz à Bagré, Mohamed Lamine Nombré emboite le pas à l’autorité locale en mettant en exergue les échanges économiques facilités par ces travaux qui boostent les activités du pôle de croissance de Bagrépôle. « On avait des difficultés pour satisfaire des commandes de clients, essentiellement basés à Ouaga et Bobo. Parfois, en cours de chemin, un chauffeur pouvait nous appeler pour dire que le camion est tombé en panne, surtout sur l’axe Bagré-Dindéogo qui était en mauvais état », explique-t-il, saluant la réduction de la distance à parcourir. En effet, détaille-t-il, le chauffeur qui quitte Ouaga pour Bagré, en passant par Manga et Dindéogo, doit parcourir 180 km dont 30 km de calvaire reliant Dindéogo à Bagré. Conséquence, déduit-il, « le chauffeur était souvent obligé de parcourir 240 km en passant par la route Ouaga-Koupèla-Tenkodogo, avant de rallier Bagré, soit 60 km de plus ». Président de l’Union des producteurs de riz de Bagré, Adama Batango confirme ce témoignage. Lui qui conduisait une ambulance pendant 19 ans, souligne que celle-ci s’embourbait régulièrement du fait de l’état de dégradation avancé des routes. « Il fallait solliciter l’aide des gens pour être dépanné. Une fois, un camion transportant 14 tonnes de riz décortiqué d’une valeur de 4 480 000 F CFA – et devant passer par Bagré village – s’est renversé et retrouvé dans le lit d’une rivière jouxtant la route. Ce fut une énorme perte. L’action du PUDTR nous est donc salutaire», se souvient-il amèrement, l’air désormais joyeux.

Selon le premier responsable de Yargo, Achille Kambou, l’aménagement des pistes rurales a rendu accessibles plusieurs villages de la commune

« Nous sommes très contents. Avant, nous étions isolés et désespérés. Plusieurs personnes ont perdu la vie en voulant passer le pont pour se rendre à Bobo »

Concernant les pistes rurales aménagées avec l’Agence des travaux d’infrastructures (Agetib) comme maître d’ouvrage délégué, des communes comme Tibga, Diapangou, Diabo, Yargo, Pouytenga, Siby, Fara, Dédougou, Réo, Koudougou (150 km de pistes rurales), etc., ont été littéralement désenclavées à travers des travaux mécanisés pour certaines et des travaux à la fois mécanisés et HIMO pour d’autres. A Diabo où les 2 types de travaux ont été réalisés, le PDS de la commune, Lazare Guira, salue des « travaux qui ont amélioré la qualité du réseau routier communal ». Dans cette commune, précisément au village de Seiga, Marie-Madeleine Yoni laisse entendre que les travaux réalisés en HIMO sur le tronçon Seiga-Sanewabo-Diabo (9 km environ) permettent désormais d’éviter de faire un long détour par les villages de Pohemtenga et Yatenga pour se rendre à Diabo. Elle qui, comme beaucoup d’autres femmes, a participé aux travaux HIMO, ne tarit pas d’éloges sur les actions du PUDTR. «L’entreprise nous a recruté pour les travaux. Ainsi, on nous payait pour ce travail. L’argent obtenu nous a permis d’aider nos maris dans la prise en charge des dépenses de la famille : achat de vivres, scolarisation des enfants, etc. J’ai même acheté des moutons et chèvres qui ont mis bas pour agrandir le cheptel », confie-t-elle, ajoutant que les autres travaux notamment mécanisés ont permis à des localités comme Parzakin, Bouri ou Kalkoimin d’avoir une route adéquate pour le transport des patates à écouler et pour la conduite des patients à l’hôpital.

Le pont de Banakélédaga avant sa construction par le PUDTR

Le premier responsable de la commune de Yargo, Achille Kambou, est aussi formel sur la question : « L’impact des travaux routiers est visible dans la commune. D’un linéaire total de 80 km, les travaux ont littéralement métamorphosé la commune. Pour celui qui a fait 2 ans sans se rendre dans la commune, il lui sera difficile de reconnaître Yargo». A l’instar de cette commune, la commune de Pouytenga est une localité riche en bas-fonds et bénéficiaire de ces travaux, à en croire son premier responsable, Bénoît Tiemtoré. « Côté routier, c’est à saluer. Pouytenga était enclavé et les travaux routiers du PUDTR nous ont vraiment soulagés. Par endroits, il fallait observer 20 à 30 minutes de gymnastique avant de pouvoir accéder à Pouytenga, pour juste une distance de 10 km à parcourir et comportant 3 à 4 bas-fonds », explique-t-il. Ses homologues de Fara (où 64 km de pistes rurales ont été aménagés) et de Sibi abondent tous dans le même sens, saluant par exemple des travaux qui ont permis de rendre accessibles des villages comme Sourbouli ou encore Sécaco où l’ambulance de Sibi avait de la peine à se rendre pour évacuer les patients.

Le pont de Banakélédaga après sa construction par le PUDTR

Dans l’exécution des travaux routiers, d’importants ouvrages de franchissement (radiers, dalot, ponts) ont été réalisés, toujours sous la maîtrise d’ouvrage déléguée de l’Agetib, dans les localités où cela s’impose du fait des cours d’eau. L’ouvrage le plus emblématique réalisé est le pont situé entre les villages de Banakélédaga et de Desso dans la région de Guiriko (ex-Hauts-Bassins). Pour les usagers, le pont réalisé à hauteur de 1 170 897 902 F CFA avec une garantie décennale et rendant accessible 7 villages environnants, symbolise la fin de la détresse. « Avant, nos légumes et fruits pourrissaient dès que l’ancien pont était submergé d’eau», lance la commerçante Sita Traoré. Pour sa part, le chef du village de Desso, Sulemana Sanou, ne fait pas aussi mystère de sa grande satisfaction. « Nous sommes très contents. Avant, nous étions isolés et désespérés. Plusieurs personnes ont perdu la vie en voulant passer le pont pour se rendre à Bobo », se souvient-il, citant plusieurs femmes enceintes décédées près du pont. « Plusieurs conducteurs de tricycles et véhicules et aussi des commerçants sont morts et enterrés près de l’ancien pont. J’ai été témoin des faits. Les accidents, les pannes de véhicules, les multiples noyades, tout ça, c’est fini », renchérit le conducteur Adama Sanou.

Grâce au nouveau pont réalisé à Banakélédaga, le conducteur Adama Sanou achemine paisiblement les légumes à Bobo pour écoulement

Hormis les larmes – du fait des décès – essuyées par le nouveau pont, certains conducteurs devaient parcourir 17 km de route supplémentaires en passant par Kamidougou pour acheminer les récoltes à Bobo. « Maintenant, la distance est réduite. On n’est plus pressé et stressé. Nous rejoignons Bobo à notre rythme, sans pression aucune », a conclu le chauffeur Sanou. De façon chiffrée, 36 ouvrages de franchissement ont été réalisés dans les différentes communes d’intervention du projet. Aussi, de façon générale, dans le secteur routier, environ 983 km de route ont été réhabilités et rendus praticables en toute saison, améliorant la qualité du réseau routier et facilitant la mobilité de près de 728 835 personnes.

« Nous sommes contents. Avant, nous étions isolés et désespérés. Plusieurs personnes ont perdu la vie en voulant passer le pont de Banakélédaga pour se rendre à Bobo », a affirmé Sulemana Sanou, chef du village de Desso

«Les travaux d’assainissement ont permis de réduire significativement les risques d’inondation»

Par ailleurs, outre les travaux routiers, le PUDTR a réalisé des travaux d’assainissement dans bien des communes de sa zone d’intervention. Si par exemple à Fada N’Gourma, 43 km de caniveaux ont été construits dans 11 secteurs de la commune, on enregistre environ 24,6 km de réseau d’assainissement dans la commune de Bagré, le curage de 34 km de caniveau dans la région du Nando (ex-Centre-Ouest), 30 km à Dédougou, etc. Ces travaux d’assainissement contribuent fortement à l’évacuation des eaux pluviales dans des localités dites souvent inondables. Selon le premier responsable de la commune de Fada, Jérôme Kampadiba Idani, «ces travaux ont permis de réduire significativement les risques d’inondation dans plusieurs secteurs de la commune, notamment le secteur 3, durement touché entre 2021 et 2022 par des faits d’inondation ayant occasionné des pertes en vies humaines, en particulier chez les enfants ».

Les travaux d’assainissement ont permis d’éviter la recrudescence des inondations dans des villes comme Fada, Dédougou, Koudougou

Même son de cloche à Dédougou dont le PDS Dieudonné Tougfo confie que ces travaux ont renforcé le patrimoine de la commune et évité à celle-ci – depuis 2023 – des inondations autrefois vécues. Au total, à la date du 31 octobre 2025, un linéaire total d’environ 171 km de travaux d’assainissement ont été réalisés, soit environ 66,4 km de caniveaux construits et environ 105 km curés dans les communes bénéficiaires. Pour rappel, le PUDTR est un projet qui bénéficie de l’appui financier de la Banque mondiale.

Adama KABORE

Article publié dans la parution du 15 Mars 2026 du journal La Nation en marche 

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