Une vue du lycée municipal de Pouytenga normalisé par le PUDTR

Sur fond de crise sécuritaire et de pression démographique inédite dans plusieurs localités du Burkina Faso, le Projet d’Urgence de Développement Territorial et de résilience (PUDTR) s’est imposé, entre 2021 et 2025, comme un instrument opérationnel de stabilisation sociale, de rattrapage infrastructurel et de relance des économies locales. Déployé dans un contexte de fragilisation des services publics de base, marqué par l’afflux massif de Personnes déplacées internes (PDI), le projet a investi simultanément dans les secteurs de l’éducation et de la santé grâce à l’appui technique et financier du gouvernement burkinabè et de la Banque mondiale.

La santé est le premier secteur auquel nous nous intéressons et où des Centres de santé et de promotion sociale (CSPS) ont nouvellement été construits tandis que de nombreuses formations sanitaires ont été normalisées, dotant l’existant des services de soins des commodités manquantes. Dans la commune de Fada N’Gourma (chef-lieu de la région de Goulmou) par exemple, 2 CSPS ont été construits par le PUDTR au secteur 2 de la ville et au village de Bougui. Début février 2026, nous rencontrons le major du CSPS du secteur 2 sus-cité, Philippe Tindano. « Avant l’ouverture du CSPS il y avait d’abord la distance pour aller se soigner dans d’autres centres de santé qui étaient très éloignés. Maintenant, les soins curatifs et autres sont tous accessibles dans notre centre », confie-t-il. En moins de deux ans, poursuit-il, la formation sanitaire réalisée à environ 249 millions de F CFA, a enregistré 18 000 consultations d’enfants de moins de 5 ans, plus de 16 000 consultations d’enfants de plus de 5 ans, et près de 950 accouchements. Sans oublier la prise en charge de la malnutrition, avec plus de 30 cas traités par mois, soit près de 600 en 19 mois. Ces acquis ont été rendus possibles, révèle-t-il, grâce aux efforts du PUDTR qui a doté la formation sanitaire à son ouverture, d’un kit de médicaments d’une valeur de plus de 20 millions F CFA ; laquelle formation est implantée dans un quartier accueillant jusqu’à 40% de Personnes déplacées internes (PDI) dans son aire sanitaire.

Une vue partielle du CSPS construit au secteur 2 de Fada

Interrogés, les bénéficiaires se disent satisfaits des services de cette formation sanitaire qui comprend un service de médecine, un dispensaire, une maternité, etc. « Toute notre famille se soigne ici depuis notre arrivée et les soins nous sont presque gratuits. Nous en sommes reconnaissants et disons merci aux bienfaiteurs », a déclaré Yemboini Lompo, PDI résidant au secteur 3 de Fada et originaire de Koaré. Même satisfécit chez Dagouoba Ouoba, elle aussi déplacée au secteur 2 de Fada, venue du village de Haaba, commune de Batiébougou, province de la Komondjari. « Je me soigne ici et j’y ai également accouché ; mon enfant et moi sommes bien pris en charge par les agents de santé », a-t-elle affirmé.

Selon Dagouoba Ouoba, personne déplacée à Fada, la construction du centre de santé au secteur 2 de Fada est bénéfique aux personnes déplacées

« Les besoins étaient vraiment très criards dans le secteur éducatif et l’intervention du PUDTR nous a permis d’y faire face »

Autres localités, même réalité. Dans la commune de Yargo, située à une quinzaine de kilomètres de Koupéla, un CSPS neuf a été construit et 3 autres normalisés. On compte aussi des formations sanitaires normalisées dans les régions de Bankui, Sourou, Nando et Nakambé. Les premiers responsables des communes bénéficiaires sont unanimes : les réalisations ont atténué les effets de la crise sécuritaire. « Avec l’afflux des personnes dû au contexte sécuritaire, le taux de natalité a augmenté et les besoins en soins aussi. Les réalisations du PUDTR ont permis d’améliorer l’offre et la qualité des soins », s’exclame le PDS de Pouytenga, Benoït Tiemtoré, dont la commune comptait en 2023, un effectif de 17 000 PDI. À Boromo, la construction d’une maternité au centre médical urbain 1 a été salvatrice pour les usagers. Selon l’infirmier-chef de poste, Siembou Sérémé, contrairement à l’ancienne maternité, la nouvelle infrastructure éclairée au solaire offre une salle de pesage spacieuse, une salle d’accouchement compartimentée pouvant accueillir simultanément deux parturientes, un hall spacieux pour les accompagnants et une cuisine – tous deux inexistants auparavant –, etc. « L’ancienne maternité ne comportait que 5 lits contre 9 pour la nouvelle maternité. Par semaine, on enregistre entre 30 et 40 accouchements. Donc si on devait s’en tenir à l’ancienne maternité, beaucoup de parturientes dormiraient à terre », affirme l’infirmier. Avant de se réjouir : « Avant, on avait des latrines qui laissaient à désirer, homme et femme partageaient les mêmes latrines. Ce qui est source de problèmes d’hygiène. La construction de la nouvelle maternité a résolu ce problème, a amélioré les conditions d’accueil et a créé de véritables conditions de confort pour tous les acteurs ». Dans l’ensemble, à la date du 31 octobre 2025, 58 formations sanitaires ont été normalisées/réhabilitées et 4 autres construites par le PUDTR, offrant des soins à 1 303 657 personnes. Et ce n’est pas tout.

Selon Hippolyte Bouda, médecin chef du district sanitaire de Boromo, le don de l’ambulance par le PUDTR a permis d’améliorer les conditions de prise en charge des patients

Pour améliorer les conditions de travail et de prise en charge des usagers des services sanitaires, le PUDTR a offert 6 ambulances à diverses formations sanitaires situées sur le territoire national : à Boromo, Dédougou, Tougan, Diabo, Fada et Bogandé. Le médecin-chef du district sanitaire de Boromo, Hippolyte Bouda, salue à sa juste valeur ce don. «On n’avait qu’une seule ambulance en bon état. Or, on a beaucoup d’évacuation à effectuer. L’ambulance offerte est venue renforcer le parc automobile du district et améliorer les conditions de prise en charge des patients », déclare-t-il. Avant de poursuivre : « Déployée en 2024 à Boromo, l’ambulance a déjà parcouru 152 000 km. On peut alors aisément imaginer le nombre de patients évacués qui a bénéficié des bienfaits liés au don de l’ambulance ».

Président de la délégation spéciale de Fara, Aloïs Ouango salue les actions éducatives du PUDTR

A l’image du secteur sanitaire, des infrastructures ont été construites et d’autres normalisées dans le secteur éducatif, sans compter leur équipement. Tibga, Diabo, Pouytenga, Yargo, Dédougou, Fara, Réo, Koudougou, etc., chaque commune a eu droit à sa part de réalisations éducatives. « Par endroits, certaines écoles primaires ne contenaient que 3 salles de classe. Avec la normalisation, elles comportent maintenant 6 salles, permettant de répondre aux besoins en éducation accrus du fait de l’arrivée incessante des personnes déplacées », se réjouit le PDS de Diabo, Lazare Guira, une satisfaction partagée par d’autres autorités locales. « Les infrastructures éducatives ont considérablement accru les capacités d’accueil, réduit la distance à parcourir par les élèves et facilité l’intégration des élèves déplacés », avoue le PDS de Fara, Aloïs Ouango, dont la commune a bénéficié de la normalisation de 20 écoles et la construction de 3 complexes scolaires. « Notre commune ayant accueilli beaucoup de déplacés, les besoins étaient vraiment très criards dans le secteur éducatif et l’intervention du PUDTR nous a permis d’y faire face », a martelé pour sa part, le PDS de Dédougou, Dieudonné Tougfo. Dans l’ensemble, à la date du 31 octobre 2025, 197 établissements scolaires ont été normalisés, réhabilités et équipés. Sans compter la construction et l’équipement de 4 lycées, d’un collège, de 12 complexes scolaires, etc. Ces réalisations ont permis d’améliorer la qualité d’apprentissage de 162 350 élèves sur une cible de 150 000 attendus. En somme, les infrastructures éducatives réalisées ont contribué à atténuer les effets pervers du terrorisme, grâce notamment aussi à l’éducation en situation d’urgence par laquelle des élèves et enseignants ont été dotés en équipements et fournitures scolaires. A noter que la quasi-totalité des infrastructures sanitaires et éducatives réalisées ont été électrifiées au solaire, renforçant leur opérationnalité.

Léon YOUGBARE et Adama KABORÉ 

Article publié dans la parution du 15 Mars 2026 du journal La Nation en marche 

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