Le fait est inédit ! Une salle de conférence archicomble à Ouagadougou, remplie de centaines de Diabolais dont le gotha des forces vives de la commune de Diabo résidant dans la capitale burkinabè. Près ou plus de 300 personnes, c’est l’estimation chiffrée de l’effectif des Diabolais sortis pour la cause communale, le 21 avril 2025 ! Des travaux antiterroristes menés du matin jusque dans l’après-midi sans le moindre grain de haricot sous la dent, pas même des arachides grillées pour chauffer les intestins… Exception faite de ces seuls sachets d’eau qui ont le mérite de rappeler auxdits intestins qu’ils n’ont pas été oubliés et doivent prendre leur mal en patience…
Le fait n’est pas spécifique aux plus jeunes ; il l’est aussi pour les personnes du 3e âge mobilisées à l’occasion. A condition que certains aient pris le soin secret de charger confortablement au préalable leurs batteries à la maison ou pendant le trajet avant d’effectuer le déplacement. Une première depuis mi-juillet 2022, date à laquelle il était enregistré les premières affres du terrorisme dans la commune, notamment l’enlèvement de 6 personnes au marché de Baléré. « Je ne savais pas que Diabo avait autant de grands types qu’on ne voyait pas depuis l’avènement du terrorisme à Diabo, notamment lors de nos rencontres passées », a lancé un jeune Diabolais. Il n’a pas tort.
Si des actions n’ont pas manqué d’être menées et portées à bout de bras par ces « grands types » de concert avec l’autorité communale, il faut noter que ces derniers agissaient essentiellement dans la discrétion pour porter l’estocade à l’ennemi. Ne donc pas les voir présents à certaines rencontres organisées de par le passé à Ouagadougou dans le cadre de la lutte antiterroriste ne saurait signifier exclusivement une indifférence totale et inertie de leur part face à la douleur de leurs frères et sœurs restés au village. A leur décharge, certaines actions de riposte vigoureuses menées par les forces combattantes dans la commune sous leur instigation, notamment courant 2023 et le déploiement d’une unité de police, mi-janvier 2025.
Même si ces actions n’ont pas encore enrayé la menace terroriste, comme le témoignent les exactions qui ont eu lieu au cours des 9 jours suivants l’AG et marquées principalement par l’attaque mortifère du 30 avril 2025 à Satenga. A leur décharge aussi, l’omerta qui entoure la communication sécuritaire pour garantir l’efficacité des initiatives de sécurisation du territoire. Seul bémol, peut-être que leur présence aux rencontres sus-citées aurait galvanisé davantage les plus jeunes et boosté ainsi l’élan de mobilisation communautaire sur tous les plans : humain, financier, matériel, etc. Encore faut-il que ces rencontres aient été suffisamment coordonnées dans leur organisation et que le comité de mobilisation ait su ratisser large à l’occasion…
Qu’à cela ne tienne, ces impairs relèvent désormais du passé et la dynamique actuelle enclenchée laisse entrevoir une unité d’action faisant fi des clivages politiques, religieux et autres, pour sauver l’essentiel. A en croire la forte mobilisation enregistrée à l’AG, on est tenté de déduire que c’est désormais fini les actions isolées ou à rangs dispersés et que les Diabolais ont enfin décidé d’agir à l’unisson pour des actions d’envergure dignes de ce nom. En témoignent les motions et résolutions martiales prises à l’AG en prélude à une vaste opération de mobilisation des fils et filles de la commune pour écrire les pages glorieuses et épiques de l’histoire de celle-ci. C’est le pic de la prise de conscience individuelle et collective diabolaise à jouer davantage sa partition pour préserver l’intégrité de la maison locale. A priori, on dira que les Diabolais sont enfin véritablement fâchés contre la présence de la bête immonde dans leur commune. Mieux vaut tard que jamais ! Peut-on s’exclamer en espérant que les perspectives envisagées ne feront pas flop, à l’instar de la bravoure surfaite du matamore. Pour éviter cela, il faudra nécessairement un réel don de soi – sur tous les plans – dont chaque Diabolais devra mettre un point d’honneur à faire sien. Au risque de périr collectivement.
Le ministre Sana peut s’en enorgueillir et boire son petit tchapalo
Si elle est salutaire, cette mobilisation des Diabolais – en attendant les actes concrets – consécutive au déplacement à Diabo du ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, et sa rencontre à Ouagadougou avec une délégation diabolaise, traduit l’effet d’entrainement que peut susciter l’engagement des premières autorités d’un pays dans une cause. Sans nul doute, en voyant les images impressionnantes de l’AG, le ministre Sana s’est dit dans son for intérieur qu’il ne s’est pas rendu le 31 mars à Diabo pour rien, qu’il a été bien inspiré de rencontrer le lendemain à Ouaga une délégation diabolaise, que son « instruction » a été suivie à la lettre, qu’il a réussi son « coup » et qu’il conforte là, son double capital crédit et confiance dans le cœur du capitaine-président Ibrahim Traoré.
En somme, des dividendes politiques qu’engrange le ministre qui le sait mieux que quiconque. C’est tout bénef… Le ministre Sana peut s’en enorgueillir et boire son petit tchapalo pour cette victoire d’étape qu’il convient de consolider en encourageant à la fois les zaocé à maintenir durablement la dynamique enclenchée et en développant au niveau étatique des actions offensives et concertées de sécurisation des communes voisines de Diabo et de Bissiga ; lesquelles sont interdépendantes et souffrent ensemble des affres du terrorisme. Et les derniers développements ayant été marqués par le départ de la population de Bissiga, Satenga et environs suite aux exactions terroristes, il urge que les actions communautaires envisagées soient enclenchées dans l’immédiat. Tout en espérant que les opérations sécuritaires qui seraient en cours, mettront cette fois-ci un point d’honneur à assurer le service après-vente sécuritaire qui a manqué de par le passé, pour une réelle paix durable. Vivement donc que les fruits de l’ensemble des actions envisagées tiennent la promesse des fleurs… Afin que Kougla, Baléré, Bagboko, Bougoumdougou, Kataguié, Satenga, Bissiga et environs retrouvent leur quiétude d’antan…
La Rédaction
Éditorial publié dans le numéro 33 du journal La Nation en marche du 15 mai au 14 juin 2025

