Comme il fallait s’y attendre, lors du meeting de son parti le PPA-CI tenu ce 16 août 2025 à Yopougon à Abidjan en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, président dudit parti, n’a pas été tendre à l’endroit du président ivoirien, Alassane Ouattara. À l’occasion, il s’est principalement insurgé contre le projet de 4e mandat du président Ouattara.
« Pourquoi quelqu’un pense qu’il peut faire un 4e mandat ? Je refuse. Il faut refuser hein », a-t-il lancé à ses militants. Avant de soutenir que la Constitution est claire sur la question en interdisant à un citoyen de faire plus de deux mandats. « Et toi, tu es là, tu veux faire 4. Pourquoi tu vas te limiter à 4 ? Si tu fais 4, fais 5, 6, 7, etc. Tu as trouvé des moutons et tu peux t’asseoir sur eux comme tu veux ? « , a-t-il ajouté ironiquement. « Le 3e mandat même qu’il est en train d’achever, est illégal. Je voudrais que vous tous ici présents alliez lui dire qu’il fera pas de 4e mandat », a-t-il martelé.
Selon Gbagbo, le régime d’Abidjan « se vante » d’avoir un bon bilan. Mais lui n’en a cure et ce n’est pas des arguments qui manquent pour justifier son indifférence. « Il y a des gens qui ont fait des choses et qui sont partis. Pendant la seconde guerre mondiale, Churchill a fait résister la Grande Bretagne contre l’Allemagne. Mais quand Churchill a fini son mandat, il est parti », a-t-il justifié avant de renchérir par ce bout de phrase que vont reprendre en chœur et avec emphase ses militants « Quand on finit son travail, on s’en va ». Pour le président du PPA-CI, il n’est pas question de dire « que comme j’ai bien travaillé, je dois rester. Et lui, il a fini son travail ».
Dans son réquisitoire contre le président Alassane Ouattara qu’il ne nomme pas, mais désigne plutôt par les mots impersonnels comme « quelqu’un » ou « monsieur », Gbagbo a décoché : « Qui a trompé ce monsieur ? Qui lui a dit ça ? Il ne faut pas rêver. Il n’y aura pas de 4e mandat ». Dans la foulée, l’ambiance devient électrique dans la foule et les militants, eux, reprennent à nouveau avec emphase les deux derniers bouts de phrase du propos de leur leader. Avant que ce dernier ne tacle encore Ouattara : « Pour être sûr de faire son 4e mandat », Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro ont été « écartés de la liste électorale. « Mais qui lui a dit ça ? Qui l’a blagué ? »

Cette question du 4e mandat a constitué l’essentiel de l’allocution de Gbagbo; lequel n’a pas fait mystère de ce qui adviendra si le RHDP (parti au pouvoir) venait à organiser des manifestations pour soutenir la question. « J’ai appris que le RHDP veut marcher pour dire oui au 4e mandat (…) si c’est comme ça, nous allons marcher tous les jours pour dire NON au 4e mandat, le pays va devenir un pays de marcheurs », a-t-il lancé
Faisant preuve de sagesse, l’ancien président a invité ses partisans à la tempérance dans les propos. « Je n’ai pas aimé quand vous avez dit ceci : On va installer Gbagbo, petit mossi, va chez toi « . Chers amis, ne dites plus ça parce… », affirme-t-il au moment où la clameur de la foule l’interrompt en scandant sans cesse : « On a compris ». Et Gbagbo de poursuivre : « Si vous avez compris, c’est bon, parce qu’il y a beaucoup de pays qui nous ont aidés. Quand on m’a arrêté en 2011, beaucoup de nos camarades étaient en exil au Ghana, Libéria, Burkina Faso, Togo, Bénin. Beaucoup sont partis en France. Donc ça ne ressemble ni au PDCI-RDA, ni au PPA-CI ». Dans la suite de son message, il a laissé entendre qu’il a demandé à son parti de rédiger un communiqué « le lundi et ce sera clos ». « Prochainement, il faut répondre à ceux qui vous attaquent. Mais il faut leur répondre sans citer leur origine, leur ethnie », a-t-il conseillé.
Dans une démarche obsessionnelle empreinte de règlement de compte politique, il a poursuivi en s’attaquant au bilan du président Alassane Ouattara, notamment la construction du 3e pont appelé pont Henri Konan Bédié et situé entre les communes de Marcory et Cocody. Selon Gbagbo, ce projet était déjà dans les tiroirs à son arrivée au pouvoir en 2000. Mais si le projet n’a pu voir le jour durant son règne, il soutient que c’est parce qu’il ne voulait pas « d’un pont payant ». « Vous pouvez demander à tous ceux qui ont eu le projet en main. On était en train de décider de ça quand la rébellion a éclaté. Alors je me suis tourné vers autre chose. J’étais pour qu’on fasse une route sur l’autoroute, vers Adopzé, mais pas entre Marcory et Cocody », s’est-il justifié.

Comme s’il est certain que sa candidature à la présidentielle sera inévitablement validée et se considérant déjà en campagne, Gbagbo a assuré ses soutiens de leur victoire future. Et c’est dans un style anaphorique qu’il fait la prophétie : « Nous allons gagner l’élection pour que les Ivoiriens soient soignés par l’assurance maladie universelle. Nous allons gagner l’élection présidentielle pour que Abobo village soit reconstruit. Nous allons gagner les élections pour que les femmes et les jeunes aient une banque » pour donner du travail (djossi) aux intéressés. Et aussi pour éponger la « digba (grosse) dette » que va laisser le régime de Alassane Ouattara.

Par ailleurs, de son côté, le RHDP a mobilisé ses militants de Séguéla au nord de la Côte d’Ivoire pour soutenir le président Alassane Ouattara. Cette manifestation a également drainé un monde fou. Reste maintenant à savoir si cette manifestation a été organisée pour réussir la bataille de la mobilisation dans la guerre des chiffres à laquelle pouvoir et opposition ont généralement habitué l’opinion. Ou est-ce plutôt une pure coïncidence avec le meeting du PPA-CI tenu le même jour ? Difficile d’y croire, à moins d’accepter de se rendre volontairement dupe. Ainsi, suivant l’actualité politique en ébullition dans son pays, le reggaemaker Alpha Blondy a immédiatement lancé cet après-midi, un appel à la paix à travers sa page Facebook en ces termes : « Arrêtez de dresser le peuple contre le peuple !!! PEACE IS A MUST. Sacrifice électoral ».
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