Lutte contre le terrorisme : Assécher à tout prix les sources d’alimentation

Depuis 2016, le terrorisme a véritablement installé ses pénates sur le territoire burkinabè dont 35%, de l’avis du Premier ministre Kyélem, est occupé par les fous d’Allah. Si la partie congrue du territoire occupée dès les premières heures a pu grossir au point d’atteindre ce pourcentage de 35%, c’est en partie grâce à la complicité de certains des filles et fils du pays qui alimentent la monstre en ressources dont dépend la survie de celle-ci. C’est dire toute la nécessité d’attaquer le mal à travers ses racines en ayant recours notamment à la prévention. Ces sources ont été établies dans le rapport 2020 du Conseil économique et social (CES) et assorties de recommandations.  

De prime à bord, il convient de saluer le travail remarquable de la 6e légion de la gendarmerie nationale qui a interpellé du 18 au 21 novembre 2021, 288 individus présumés impliqués dans la chaîne de la complicité ou du financement du terrorisme à travers des activités de contrebande de vivres, de carburant, de pièces détachées et de bétail dans les zones de Fada et de Tenkodogo. Avec à la clé, d’innombrables biens saisis : 11 véhicules, 25 engins à deux roues, 150 tricycles, 1 629 sacs de sésame, 111 sacs de mil, 580 litres de carburant, 33 bœufs, 227 petits ruminants, 413 kg de chanvre indien, 3 sacs d’amphétamines, des blocs de moteurs, des produits pharmaceutiques prohibés, etc. Ces interpellations sont d’autant fondées que les activités sus-citées se sont déroulées dans des localités où sévissent les groupes armés terroristes dont on imagine difficilement qu’ils aient accepté le libre exercice du commerce dans les limites de leur « ressort territorial » sans contrepartie, notamment une complicité avec leurs lugubres actions quotidiennes.

Place maintenant à la phase de l’action publique dont le clou serait le procès des présumés coupables de complicité de terrorisme. Le sujet de l’alimentation du terrorisme est une question primordiale à prendre à bras-le-corps si l’on veut réellement anéantir et réduire à leur plus simple expression, les capacités de nuisance de l’ennemi. Et les sources de ladite alimentation sont aussi multiples que les branches terroristes elles-mêmes. A ce propos, le rapport 2020 du CES pointait du doigt la question en passant en revue lesdites sources, notamment le blanchiment des capitaux dont le lien avec le financement du terrorisme a été établi. A titre illustratif, citant le rapport d’évaluation 2018 du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), le rapport du CES note que « de 2015 au 30 juillet 2018, au moins 120 opérations terroristes financés de l’extérieur ont été perpétrés sur le sol national grâce à des fonds générés à l’étranger ». Ce, à travers « les banques » et autres canaux. De manière chiffrée et d’une manière générale en Afrique de l’Ouest, c’est 579 761 719 F CFA, 431 997 967 F CFA, 31 837 988 F CFA, 80 186 906 241 F CFA et  1 244 445 602 F CFA qui ont été générés par le blanchiment des capitaux, respectivement en 2014, 2015, 2016, 2017 et 2018. Les donations et financements extérieurs sont cités dans le rapport qui révèle par exemple que « l’association Ansarul Islam de Malam Dicko semble au début avoir bénéficié de financement d’ONG ou de fondations avant de se radicaliser ». Le développement des micro-financements extérieurs est à surveiller de près, dans la mesure où il constitue le canal par lequel passe le soutien des sympathisants et des familles des terroristes. Car, précise le rapport, afin de « garantir l’anonymat et d’échapper aux contrôles, ces transferts se font essentiellement en dehors du système bancaire ».

Le président Roch Kaboré (à droite) recevant le 23 février 2021, des mains du président du Conseil économique et social, Moïse Napon, le rapport établissant les sources de financement du terrorisme à assécher

« Lutter contre la criminalité, c’est lutter contre le terrorisme »

L’imbrication entre financement du terrorisme et criminalité est également bien mise en exergue dans le rapport. Il s’agit de la participation à des trafics illégaux, des extorsions ou vols à mains armées et de la contrebande. Ce qui permet de se ravitailler en armes sur le marché noir et de recruter des adeptes. « Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) compte parmi ses sources principales de financement les rançons, la contrebande de cigarettes et de drogues, le prélèvement illégal de taxes ou encore les revenus liés au trafic de migrants », illustre le rapport en se basant sur le cas de ce groupe terroriste qui a déjà endeuillé le Burkina à plusieurs reprises, notamment à Djibo. Autre exemple non moindre donné par le rapport, c’est « l’attaque terroriste du 2 mars 2018 contre l’état-major général des armées et à l’ambassade de France qui ont été précédés de vol à mains armées de boutiques orange money et de caisses populaires par les auteurs ». C’est pourquoi, conclut le rapport, « lutter contre la criminalité, c’est lutter contre le terrorisme ».

Une autre source à assécher, c’est celle de l’autofinancement des terroristes à savoir, la mise en place d’un système d’impôts et de redevances dans les localités contrôlées par les terroristes. Ceux-ci, comme le précise le rapport, ont par exemple prélevé « la zakat auprès de population des zones sous emprise, des droits de pâturage dans des forêts abandonnées par les forces de défense et de sécurité, du ravitaillement en vivres par des parents et autres adeptes à leurs causes ou des dons en espèce provenant de ces adeptes ». Il en va de même de l’exploitation minière artisanale dont le rapport note que son exploitation dans la localité de Kabonga dans la région de l’Est a permis au terrorisme de s’y développer, à travers notamment « le recrutement de combattants locaux mais aussi l’enrôlement de mercenaires étrangers et l’acquisition de matériels de combat ». Dès lors, l’on comprend aisément comment lentement et méthodiquement, le terrorisme a pu prendre pignon sur rue au Burkina Faso. Il faut donc assécher à tout prix les sources d’alimentation du phénomène. Mais réussir à tarir les deux sources d’alimentation du terrorisme sus-citées suppose au préalable que le territoire soit sous le contrôle de l’Etat. Ce qui revient à dire qu’il faut mettre les bouchées doubles pour reprendre du poil de la bête en libérant les zones occupées et les occuper durablement. Les recommandations issues dudit rapport ont-elles été suivies par les autorités burkinabè ? Ceci est une question sur laquelle nous nous pencherons plus tard…

Adama KABORE

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Article paru le 16 janvier 2024 dans le journal La Nation en marche

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