Depuis 2016, le terrorisme a véritablement installé ses pénates sur le territoire burkinabè. Si la partie congrue du territoire occupée dès les premières heures a pu grossir au point de flirter avec le pourcentage de 35% début 2024, c’est en partie grâce à la complicité de certains des filles et fils du pays qui alimentent la monstre en ressources dont dépend la survie de celle-ci. C’est dire toute la nécessité d’attaquer le mal à travers ses racines en ayant recours notamment à la prévention. La saisie de matériels roulants d’une valeur de 750 millions de F CFA le 7 avril 2025, par des éléments des forces de sécurité, relance la question de l’assèchement des sources d’alimentation du terrorisme. Ces sources ont été établies dans le rapport 2020 du Conseil économique et social (CES) que nous passons en revue.
Dans le cadre de la lutte antiterroriste, le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, annonçait le 23 mai 2025, la saisie par la compagnie républicaine de sécurité, de 900 motos et 164 tricycles d’une valeur de 750 millions de F CFA. Un acte hautement préventif qui n’est pas isolé et vient rappeler d’autres faits d’armes entrant dans le cadre de la prévention du malaise sécuritaire au Burkina. Parmi ces faits d’armes préventifs, figure à titre d’exemples, l’interpellation faite du 18 au 21 novembre 2021 par la 6e légion de la gendarmerie nationale, de 288 individus présumés impliqués dans la chaîne de la complicité ou du financement du terrorisme à travers des activités de contrebande de vivres, de carburant, de pièces détachées et de bétail dans les zones de Fada et de Tenkodogo. Avec à la clé, d’innombrables biens saisis : 11 véhicules, 25 engins à deux roues, 150 tricycles, 1 629 sacs de sésame, 111 sacs de mil, 580 litres de carburant, 33 bœufs, 227 petits ruminants, 413 kg de chanvre indien, 3 sacs d’amphétamines, des blocs de moteurs, des produits pharmaceutiques prohibés, etc.
Des interpellations d’autant fondées que les activités sus-citées se sont déroulées dans des localités où sévissent les groupes armés terroristes dont on imagine difficilement qu’ils aient accepté le libre exercice du commerce dans les limites de leur « ressort territorial » sans contrepartie, notamment une complicité avec leurs lugubres actions quotidiennes.
Le sujet de l’alimentation du terrorisme est une question primordiale à prendre à bras-le-corps si l’on veut réellement anéantir et réduire à leur plus simple expression, les capacités de nuisance de l’ennemi. Et les sources de ladite alimentation sont aussi multiples que les branches terroristes elles-mêmes. A ce propos, le rapport 2020 du CES pointait du doigt la question en passant en revue lesdites sources, notamment le blanchiment des capitaux dont le lien avec le financement du terrorisme a été établi.

À titre illustratif, citant le rapport d’évaluation 2018 du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), le rapport du CES note que « de 2015 au 30 juillet 2018, au moins 120 opérations terroristes financées de l’extérieur ont été perpétrées sur le sol national grâce à des fonds générés à l’étranger ». Ce, à travers « les banques » et autres canaux. En chiffres et d’une manière générale en Afrique de l’Ouest, c’est 579 761 719 F CFA, 431 997 967 F CFA, 31 837 988 F CFA, 80 186 906 241 F CFA et 1 244 445 602 F CFA qui ont été générés par le blanchiment des capitaux, respectivement en 2014, 2015, 2016, 2017 et 2018. Les donations et financements extérieurs sont cités dans le rapport qui révèle par exemple que « l’association Ansarul Islam de Malam Dicko semble au début avoir bénéficié de financement d’ONG ou de fondations avant de se radicaliser ». Le développement des micro-financements extérieurs est à surveiller de près, dans la mesure où il constitue le canal par lequel passe le soutien des sympathisants et des familles des terroristes. Car, précise le rapport, afin de « garantir l’anonymat et d’échapper aux contrôles, ces transferts se font essentiellement en dehors du système bancaire ».
« Lutter contre la criminalité, c’est lutter contre le terrorisme »
L’imbrication entre financement du terrorisme et criminalité est également bien mise en exergue dans le rapport. Il s’agit de la participation à des trafics illégaux, des extorsions ou vols à mains armées et de la contrebande. Ce qui permet de se ravitailler en armes sur le marché noir et de recruter des adeptes. « Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) compte parmi ses sources principales de financement les rançons, la contrebande de cigarettes et de drogues, le prélèvement illégal de taxes ou encore les revenus liés au trafic de migrants », illustre le rapport en se basant sur le cas d’un groupe terroriste qui a déjà endeuillé le Burkina à plusieurs reprises, notamment à Djibo. Autre exemple non moindre donné par le rapport, c’est « l’attaque terroriste du 2 mars 2018 contre l’état-major général des armées et à l’ambassade de France qui ont été précédées de vol à mains armées de boutiques orange money et de caisses populaires par les auteurs ». C’est pourquoi, conclut le rapport, « lutter contre la criminalité, c’est lutter contre le terrorisme ».

Une autre source à assécher, c’est celle de l’autofinancement des terroristes à savoir, la mise en place d’un système d’impôts et de redevances dans les localités contrôlées par les terroristes, comme ce fut récemment le cas dans le premier semestre de 2024 dans bien des communes de la province de la Tapoa. Ces terroristes, précise le rapport, ont par exemple prélevé « la zakat auprès de population des zones sous emprise, des droits de pâturage dans des forêts abandonnées par les forces de défense et de sécurité, (…), ont bénéficié de ravitaillement en vivres par des parents et autres adeptes à leurs causes ou des dons en espèce provenant de ces adeptes ». Il en va de même de l’exploitation minière artisanale dont le rapport note que son exploitation dans la localité de Kabonga dans la région de l’Est a permis au terrorisme de s’y développer, à travers notamment « le recrutement de combattants locaux mais aussi l’enrôlement de mercenaires étrangers et l’acquisition de matériels de combat ». Dès lors, l’on comprend aisément comment lentement et méthodiquement, le terrorisme a pu prendre pignon sur rue au Burkina Faso. Il faut donc assécher à tout prix les sources d’alimentation du phénomène. Mais réussir à tarir certaines de ces sources d’alimentation du terrorisme suppose au préalable que le territoire soit impérativement sous le contrôle de l’Etat. Ce qui revient à dire qu’il faut mettre les bouchées doubles pour reprendre du poil de la bête en libérant les zones occupées et les occuper durablement…
Adama KABORÉ
Article publié le 15 juin 2025 dans le support papier du journal La Nation en marche

