Lutte antiterroriste : Les artistes-musiciens jouent leur partition musicale

Dans le contexte sécuritaire actuel du Burkina Faso, la culture est dans doute une alternative pour galvaniser les troupes au combat. Aussi, elle sert de catalyseur pour remonter le moral des populations meurtries dans leur chair. Sous nos tropiques comme sous d’autres cieux, les arts notamment ceux vivants sont comme une drogue pour stimuler l’esprit de résilience des populations victimes de guerre. Cela fait maintenant 10 ans que le pays subit de plein fouet les attaques terroristes avec une mobilisation nationale contre le phénomène. De leur côté, les artistes-musiciens jouent leur partition à travers leur art.
Face aux incursions des terroristes sans foi ni loi, la culture dans ses multiples variantes, contribue à recoudre le tissu social, voire redonner vie aux populations qui souffrent le martyre. Depuis le début de la crise sécuritaire à nos jours, les artistes-musiciens se sont dressés en véritables sentinelles de l’âme nationale, en insufflant courage, espoir et résilience à travers leurs œuvres. Leur engagement transcende les frontières de l’esthétique pour se muer en un levier puissant de mobilisation et de cohésion sociale. Victimes collatérales de cette crise, puisque nul n’ignore que les activités culturelles et touristiques sont touchées par la crise, les acteurs culturels font des mains et pieds pour « survivre » à travers des créations qui s’adaptent au contexte. Aussi, il convient de noter que certains artistes-musiciens non des moindres dans le sérail musical ont libéré leur génie créateur pour sortir des œuvres de haute facture. Nourat par exemple, connue pour être l’une des figures emblématiques de la reggae music, s’est muée en défenderesse de la cause nationale en incarnant l’engagement patriotique. En effet, c’est elle qui reprend et réadapte à la fin de la décennie 2010, la célèbre rythmique « Buffalo Soldier » de Bob Marley ; une chanson devenue comme un hymne de soutien aux Forces de défense et de sécurité (FDS). Cette version revisitée, chantée avec une intensité, continue de résonner dans les cœurs des Burkinabè comme un appel au courage et à la détermination face à l’adversité. Sa voix, portée par des paroles puissantes, apparaît telle une arme de résistance et rappelle à tous combien la musique peut être un bouclier contre le désespoir. « Burkina soldats, nous vous saluons. Tout le monde est avec vous et compte sur vous. Vous avez laissé femmes et enfants pour aller défendre la patrie au front. Dieu se mêlera à vous dans la bataille et vous récompensera. Nous lui demandons de vous protéger », dit-elle dans cette chanson largement utilisée en fond sonore lors des montages de spots de sensibilisation ou de lancement d’activités dans le cadre de la lutte antiterroriste.

Nourat, la coqueluche du reggae burkinabè

Si le Burkina a enregistré ses premières attaques terroristes en 2015, l’artiste reggaemaker Zedess, en pionnier de la cause, tirait déjà en 2014, la sonnette d’alarme à travers l’album Résistances : «Les barbus frappent à nos portes ; c’est pour ça que je m’emporte. Au Pakistan, en Afghanistan (…). Après le Maghreb, au Nigeria, ils sont au Mali». Puis, la gangrène s’installa et se métastasa au Burkina. Parallèlement, Floby, la coqueluche de la musique burkinabè, a récemment touché une corde sensible avec sa chanson « Burkina Faso ». Un titre savamment orchestré dans un rythme varié de sonorités locales. Sans aucune hyperbole, l’on concède que cette chanson est une véritable ode à la résilience du pays des Hommes intègres ; un tube repris en chœur par une multitude de fans, en ce qu’il porte un symbole d’unité et d’espoir. Les paroles vibrantes et l’énergie contagieuse de la mélodie évoquent un Burkina qui, malgré les tempêtes, reste debout et fier. « Si tu veux connaître des hommes et des femmes dignes, rends-toi au Burkina Faso», chante Floby. A travers son art, le «Baba national » parvient à capter l’essence de la résistance burkinabè, en insufflant à la population une dose d’énergie collective nécessaire pour surmonter les épreuves comme cela a toujours été l’une des grandes marques de sa musique.

Un an avant les premières attaques terroristes au Burkina, Zedess avait déjà joué les Cassandre en annonçant en 2014, l’imminence de l’arrivée du phénomène terroriste au pays

« Ils disent de fuir le Burkina, mais on ne bouge pas d’un iota »

Dans un autre registre musical mais tout aussi percutant, Privât et Kayawoto insufflent une vigueur nouvelle aux jeunes « mano » à travers « Nagodé», une trouvaille musicale reprise en chœur par les Burkinabè. En effet, la collaboration des deux artistes, marquée par une fusion audacieuse de styles, offre une musique qui passe la rampe de toutes les bartoutes. Cette œuvre discographique galvanise les esprits et apporte une dynamique de détermination collective. Ce titre, porté par des rythmes enflammés et des paroles incisives, se veut aussi un appel à l’engagement et à la combativité. « La patrie ou la mort, nous vaincrons, n’est pas qu’une devise ou de simples mots dans nos lèvres. La combativité se trouve dans notre sang », chante le duo. Les FDS, à travers ces mélodies, trouvent une motivation à persévérer et à contribuer activement au retour de la paix. Nabalum, quant à elle, n’est pas en reste. Sa voix sublime et ses chansons empreintes d’émotion ajoutent une dimension spirituelle au soutien national. Chaque note qu’elle égrène, est un baume pour les âmes éprouvées, une invitation à l’espérance et à la persévérance. Nabalum réussit à créer un lien émotionnel fort avec son public ; toute chose qui, inéluctablement, transforme les douleurs en espoir à travers ses mélodies envoûtantes. « Ce que nous voulons, c’est d’élever la renommée de notre pays afin que le monde entier découvre notre Faso », c’est le refrain de sa chanson « Faso » qui passe en boucle sur les réseaux sociaux. Le 6 janvier 2025, au sortir de son audience avec le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, elle déclare : « Notre pays traverse une situation difficile qui met à rude épreuve nos FDS. Certains de nos frères tombent au front pour assurer notre sécurité. Il était donc de notre devoir de créer une chanson qu’ils pourraient écouter, même au front, et qui les rendrait fiers d’être Burkinabè ».

Nabalum (à gauche), lors de son audience avec le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana

De son côté, Osman, avec sa chanson « Kalogde », s’inscrit également dans cette dynamique de résilience et de résistance. Ce morceau, véritable classique musicale distille des ondes positives dans la lutte contre les attaques terroristes, et démontre si besoin en était, que le peuple burkinabè résiste face aux assauts des ennemis. « Kalogde » conquiert les cœurs des mélomanes burkinabè, à en croire les réseaux sociaux où le public danse et jubile en compagnie de l’artiste en reprenant ce refrain de la chanson : « Ils disent de partir, mais on ne va pas partir. Ils disent de fuir le Burkina, mais on ne bouge pas d’un iota, car le Burkina tout entier nous appartient». Véritable cri du cœur, une déclaration de foi en la capacité d’un peuple à surmonter les obstacles. Osman, à travers cette œuvre, montre à quel point l’esprit indomptable des Burkinabè demeure ; malgré les épreuves, la lumière de l’espoir ne s’éteint jamais.

L’artiste Osman, l’auteur de « Kalogde » devenu un tube

Le Burkinabè reste debout en scrutant un horizon des plus meilleurs. Pour sa part, Timp Saloul va au-delà du Burkina à travers sa chanson « Peuple de l’AES » pour inviter à l’unité, les masses populaires de la confédération des Etats du Sahel face au défi commun du moment. « Peuple de l’AES, comme un seul homme, uni comme un essaim d’abeilles, lève-toi et marche. L’heure du rassemblement a sonné. Combattons l’impérialisme et les valets », chante l’artiste, par ailleurs garde de sécurité pénitentiaire.
Cet engagement des artistes-musiciens ne se limite pas à l’expression individuelle. Les artistes-musiciens burkinabè participent activement à des initiatives communautaires à travers des organisations de concerts de solidarité et en soutenant des campagnes de sensibilisation. Leur influence, s’étendant bien au-delà des frontières du pays, attire l’attention de l’international sur les réalités du Burkina Faso en suscitant un élan de solidarité des Burkinabè de l’étranger.

Au-delà du Burkina, l’artiste Timp Saloul invite le peuple de l’Alliance des Etats du Sahel à s’unir contre le terrorisme

L’impact de cet engagement sur la société est profond. Il inspire les jeunes à s’impliquer davantage dans la construction de la paix, renforce la confiance des populations dans les capacités des FDS et contribue à maintenir un esprit de résilience face aux défis sécuritaires. Par leurs œuvres, les artistes insufflent une énergie nouvelle, rappelant à tous l’importance de la culture comme vecteur de résistance et de cohésion. Alors que le Burkina Faso continue de faire face à des défis complexes, la culture reste un pilier essentiel de sa résilience. Les artistes, par leur créativité et leur engagement, jouent un rôle déterminant dans la consolidation d’une société plus forte et plus unie. En somme, la partition des artistes-musiciens burkinabè dans le contexte sécuritaire actuel, est une démonstration vibrante de la puissance de la culture comme arme de survie de la nation.

Ousséni OUEDRAOGO

Article publié dans le numéro 29 du journal La Nation en marche du 15 janvier au 14 février 2025

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