Du 22 février au 1er mars 2025, Ouagadougou vibrera au rythme de la 29e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) placée sous le thème «Cinémas d’Afrique et identités culturelles» et à laquelle prendront part 48 pays à travers les productions cinématographiques de leurs cinéastes… Pendant plus d’une semaine entière, cinéastes et cinéphiles d’horizons divers sillonneront les rues de Ouagadougou et écumeront les salles de ciné de la capitale burkinabè pour magnifier le cinéma africain dont la présente édition enregistre 235 films en compétition dont 81 d’origine burkinabè. Avec au total au programme, 13 catégories différentes, notamment en longs métrages fiction, classics, Burkina films, documentaire, panorama, etc.
C’est dire si à travers la biennale culturelle, le Burkina tout entier sera sous les feux des projecteurs avec une rue marchande qui ne manquera pas de grouiller de monde comme à l’accoutumée. Ce, avec le Tchad comme pays invité d’honneur. Et le comité d’organisation, à en croire le ministre de la Communication et de la Culture, Gilbert Ouédraogo, a mis les petits plats dans les grands pour que l’événement soit une fête réussie. Reste maintenant alors à peaufiner ce qui doit l’être, à accueillir et installer les participants étrangers avec des commodités dignes de ce nom, à ouvrir les salles de cinéma pour les centaines de projections prévues, à coordonner la programmation de celles-ci, etc. Et c’est parfois là où l’organisation pèche avec à la clé, des grincements de dents.
Pour mémoire, l’édition de 2019 a laissé un goût amer chez certains des acteurs concernés : professionnels invités n’ayant pas reçu leurs billets d’avion promis, réalisateurs de la sélection officiels et journalistes bloqués dans leur pays d’origine, certains de ceux-ci contraints de se payer une chambre à l’hôtel le temps que leur billet soit édité, annulation d’une projection suite à la perte du DVD du film, difficultés pour retirer les accréditations, etc. A coup sûr, ces ratés organisationnels avaient affecté l’image du Burkina dont les pères fondateurs – depuis 1969 – penseraient que leur bébé avait atteint l’âge de la maturité. Et quand on concède avec la réalisatrice, actrice et productrice sud-africaine Xolile Tshabalala que « Le Fespaco reste le lieu historique du cinéma africain », il y a un véritable contraste dont il faut se garder d’assurer la perpétuation de façon ad nauseam. Et c’est sans doute ces limites organisationnelles qui ont conduit la productrice et distributrice Claire Diao de Sudu Connexion à affirmer qu’« à l’issue de chaque édition, on se pose la question de la pérennité du Fespaco ».
Dès lors, on peut facilement imaginer pourquoi jusqu’au cinquantenaire de la biennale, la fédération des producteurs de films n’avait pas encore accordé de label au festival plus d’un demi-siècle après la naissance de celui-ci. C’est dire si le festival a encore du chemin à parcourir pour relever les défis qui altèrent son honorabilité.
Certes, les impairs sus-cités relèvent désormais du passé et les éditions qui ont succédé celle de 2019 auraient moins suscité des grincements de dents chez les acteurs concernés, mais il urge de mettre davantage de bouchées doubles dans l’organisation pour donner plus d’éclat à l’événement. Cela y va de l’image tout entière du pays, à commencer par l’attractivité du festival pour les participants internationaux. Fort heureusement, c’est dans cette dynamique que s’inscrit le nouveau ministre de la Culture, Gilbert Ouédraogo, qui est vent debout à cet effet (Lire la rubrique titrée L’homme du mois). Lui qui a laissé entendre que « Tout sera mis en œuvre pour que nos amis et partenaires viennent dans la paix, séjournent dans la sécurité et regagnent leurs pays respectifs dans la sérénité», saura ainsi compter sur le chevronné délégué général du FESPACO, Moussa Sawadogo. Et aussi sur la mémoire du département, par ailleurs président du conseil d’administration du FESPACO, Dramane Konaté. Sans oublier le comité d’organisation fort de 50 membres dont on imagine qu’il a su tirer leçon des erreurs du passé et surtout capitaliser les acquis des éditions précédentes.
Il importe pour les organisateurs du FESPACO de mettre un point d’honneur à ne pas trahir cette confiance
En tout cas, après une telle longévité et des expériences cumulées, on ne saurait tolérer des faits d’amateurisme de la part des organisateurs. Tout au moins, on pourrait être moins rigoureux à leur endroit au regard du contexte sécuritaire national qui engloutit l’essentiel des ressources financières du pays ; affectant ainsi l’allocation suffisante de ressources dans les autres secteurs de développement. Cela dit, l’un des défis majeurs à relever pour la réussite de l’évènement porte justement sur la sécurité. Mais au regard de la longue tradition des Burkinabè qui ont depuis 10 ans, lors des événements d’envergure nationale et internationale, relevé ce défi depuis l’existence du phénomène terroriste sur la terre des hommes intègres, l’on peut parier que les organisateurs du FESPACO vont au charbon de la biennale du cinéma africain avec les faveurs du pronostic voire un capital-confiance du public qui se rendra dans les salles de ciné le cœur léger, la peur loin du ventre. Il importe donc pour les organisateurs du FESPACO de mettre un point d’honneur à ne pas trahir cette confiance pour la mériter continuellement en en entretenant la flamme et prouver ipso facto que le Burkina est bel et bien fréquentable. Bref, il faut donc réussir à tout prix le pari de l’organisation.
Reste à espérer que cette édition soit celle du Burkina à travers l’obtention du graal, notamment l’Etalon du Yennenga, par les cinéastes burkinabè dont les représentants Dani Kouyaté et Chloé Aïcha Boro comptent tirer leur épingle du jeu via respectivement leurs films en long métrage que sont « Katanga, la danse des scorpions » et « Les Invertueuses ». Une chose est sûre, leurs challengers le Marocain Nabil Ayouch (Etalon de Yennenga 2001), le Tunisien Lotfi Achour, le Nigérian Babatundé Apalowo, Mohamed Kordofanit, Baloji, le Somalien Mo Harawé, Sana Na N’Hada, le Brésilien Antiono Pitanga, la Rwandaise Myriam U. Birara, etc. ne se rendent pas à Ouagadougou pour faire de la figuration ou manger du benga, encore moins danser le liwaga. Les Burkinabè sont donc prévenus. En attendant d’en savoir davantage, à l’instar des hôtels, compagnies de transport et autres, le secteur informel à travers les parkeurs, gargotières et autres vendeurs ambulants d’articles, épie l’occasion de la biennale culturelle pour faire des affaires. Ces derniers s’impatient de voir donner le top-départ du FESPACO et se pourlèchent les babines… Bonne fête de cinéma à tous et félicitations d’avance aux différents lauréats.
La Rédaction
Éditorial publié dans la parution du 15 février 2025 du journal La Nation en marche

