Depuis quelque temps, la gestion du foncier fait des grincements de dents suite à des démolitions d’habitats dans la commune de Saaba et autres. A Saaba, les victimes furieuses ont suspendu l’action de l’engin démolissant les constructions qui fut accompagné à la mairie sous la bronca. Plus que jamais, la question fait des tiraillements avec comme protagonistes, propriétaires terriens, demandeurs et l’administration publique accusée de n’avoir fait aucune communication en amont sur le sujet. L’inexorable effet boomerang de décisions précipitées et non concertées de l’État s’abat sur les acteurs de ce drame foncier. Ce dernier, telle une bombe à retardement, met le feu à la poudrière dont les victimes se comptent par centaines. Ainsi donc, l’épée de Damoclès, suspendue au-dessus de leurs têtes, accentue la détresse et les lamentations, d’autant plus poignante qu’elle est vécue dans le dénuement le plus absolu. En effet, le drame qui se joue actuellement dans la ville de Ouagadougou, plus précisément dans les quartiers périphériques, n’est pas sans rappeler les prédictions funestes de la mythique Cassandre. En tout cas, si rien de sérieux n’est fait pour désamorcer la bombe, il serait trop tard pour entreprendre une alternative ou trouver un modus vivendi qui mette d’accord les parties prenantes.

Face à la montée fulgurante des ventes de terrains morcelés illégalement autour de Ouagadougou, l’Office national du contrôle des aménagements et des constructions (ONC-AC) a tiré la sonnette d’alarme. Le message est clair : acheter ces parcelles, c’est risquer de jeter son argent par la fenêtre. Le Directeur général de l’ONC-AC, Yacouba Siko, n’a pas mâché ses mots, le 31 juillet 2024, lors d’une récente rencontre avec les responsables des communes du Grand Ouaga. « N’investissez pas votre argent dans des choses qui ne sont pas certaines », a-t-il lancé. À bien y croire, les occupations illégales entravent sérieusement le projet du Grand Ouaga qui concerne les communes de Saaba, Pabré, Komsilga, Komki-Ipala, Tanghin Dassouri et Loumbila ; un plan ambitieux visant à structurer le développement territorial en distinguant les zones d’activités agricoles, économiques et résidentielles. Mais le constat est alarmant : des milliers de citoyens se retrouvent à investir dans des terrains qui ne sont pas prévus pour l’habitation dans le plan directeur. Toute chose qui compromet la réalisation d’infrastructures essentielles. Face à cela, les autorités ne comptent pas rester les bras croisés. Une feuille de route est en cours d’élaboration pour identifier et sanctionner les contrevenants, en application des nouvelles lois.

Le DG a exhorté les acheteurs potentiels à faire preuve de prudence : investir dans ces parcelles, c’est s’exposer à l’insécurité foncière. En effet, sans une régularisation rapide et une communication claire, le chaos foncier risque de prendre des proportions encore plus inquiétantes, avec des conséquences graves pour l’avenir du développement territorial de la ville de Ouagadougou. Pendant ce temps, on note que des cas dommageables suite à la mauvaise gestion du foncier sont à profusion déjà enregistrés. L’exemple de la rencontre tumultueuse à Saaba, le 2 août 2024, entre les agents du ministère de l’Habitat, la délégation spéciale et les personnes affairées au morcellement clandestin des terrains non lotis dans la commune de Saaba, vient rappeler l’impérieuse nécessité de prendre à bras-le-corps cette question. Dans cette partie de Ouagadougou, la colère a atteint son paroxysme chez ceux qui voient leurs investissements partir en fumée sous la férule de décisions intransigeantes et brutales. Pour s’en convaincre, le cynisme atteint des sommets quand on réalise que ni les propriétaires terriens, ni les revendeurs de parcelles, ni les populations lésées n’ont été avertis des mesures draconiennes appliquées sans discernement. Les décisions imposées, dans une opacité totale, viennent s’ajouter à l’incompréhension générale et renforcent un sentiment d’injustice. Que d’infortunés ! Certains propriétaires terriens et acquéreurs de parcelles ont été expulsés de leurs propres terres et se retrouvent submergés dans un océan de désespoir sans nom. Leurs espoirs de se trouver « gîte » et « couvert » s’étiolent face à l’inhumanité de décisions administratives qui semblent ignorer la dimension humaine dans la gestion des parcelles non loties.

Désamorcer la crise avant qu’elle ne devienne inextricable

Le foncier, au Burkina Faso, est un terrain miné où la moindre erreur peut avoir des conséquences dévastatrices. Il est impératif d’adopter une approche plus intelligente, basée sur le dialogue et la concertation, pour démêler cet écheveau complexe. Il est temps de faire entendre raison, de reconsidérer l’urgence humanitaire qui se profile à l’horizon et de restaurer une justice équitable pour ceux dont la vie a été bouleversée par une machine administrative dépourvue de toute empathie. Seule une prise de conscience collective, conjuguée à une volonté politique véritable, pourra prévenir les blessures béantes de la tragédie foncière qui plane. Le manque de communication claire et de solutions alternatives des plus probantes a un grand risque d’aggravation de la situation. Tant les frustrations s’enchevêtrent, tant la défiance des autorités pourrait croître et exacerber ipso facto un climat déjà tendu et une situation sociopolitique marquée par la lutte contre le terrorisme. La prévention étant l’une des caractéristiques importantes dans la gouvernance, le régime de la transition doit agir avec diligence et transparence pour désamorcer la crise avant qu’elle ne devienne inextricable. La mise en place de mécanismes d’indemnisation et de régularisation est urgente pour apaiser les esprits et éviter une tentative de déstabilisation supplémentaire.

En ces temps critiques, le dialogue entre les parties prenantes doit être privilégié dans la perspective de trouver des solutions concertées et équitables. Il est impératif de restaurer la confiance des citoyens envers leurs institutions. Sans quoi, cette crise foncière pourrait être le prélude à des turbulences politiques aux conséquences imprévisibles. Ce, au regard de la tension qui commence à diviser les populations des non lotis parmi lesquelles certaines victimes déversent déjà leur bile contre les « Wayiyans » connus pour être des soutiens inconditionnels de la transition. Nicolas Machiavel dans Le Prince, nous avertissait qu’il faut « appréhender la crise non comme une anomalie, mais comme une opportunité, voire comme la nature même de l’action politique ».

La Rédaction

Publié le 15 août 2024 dans le journal La Nation en marche 

Dans la même catégorie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *