Les travaux du bouclage de la rocade Nord vont bon train à Ouagadougou. Depuis le règlement de la question liée au dédommagement des personnes affectées par le projet, une véritable pierre d’achoppement a été levée ; permettant désormais au projet routier de voir sa cadence d’exécution améliorer. Pour savoir davantage sur le projet dans son intégralité, nous avons parcouru le tronçon concerné et sommes allé à la rencontre des principaux acteurs. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous avons été édifié sur ce projet aux retombées socioéconomiques multiples pour la capitale Ouagadougou et sa population. Immersion au cœur du projet.
Dans le but de renforcer dans la capitale Ouagadougou, l’offre en voirie urbaine – moteur de l’économie communale –, les autorités ont entrepris de réaliser le bouclage de la circulaire des Tansoba. Ce, en conformité avec le plan d’actions pour la stabilisation et le développement. Projet devant permettre de réaliser une ceinture de Ouagadougou dans les années 80, sa réalisation passe par la construction et le bitumage du tronçon compris entre l’intersection avec la Route nationale 3 (RN3) et l’échangeur du Nord (rocade Nord). Le projet étant dans sa phase opérationnelle, c’est un passage à niveau qui est prévu au niveau de l’intersection du boulevard avec la RN3 et sur la suite du tronçon, la réalisation de 2 x 2 voies avec un terre-plein central. Sans oublier l’aménagement de 3 carrefours, notamment aux intersections avec la voie principale d’accès à l’aéroport de Donssin, l’avenue de la Concorde nationale à Toudwéogo et la rue 23.41 au niveau de Arbr-yaar.

Nous avons parcouru, le 8 août 2024, le tronçon – traversant aussi la zone industrielle – et constaté un imposant ouvrage qui a poussé des terres au niveau de l’intersection avec la RN3. De l’avis de la mission de contrôle, l’ouvrage est un passage supérieur en pont-dalle continu en béton armé d’une longueur de 100m, réparti en 6 travées avec 80 cm, comme épaisseur de la dalle. « Cet ouvrage est constitué de 2 tabliers séparés par un joint de 5 cm. Chaque tablier présente une largeur totale de 12,255 m, sans la corniche. Les fondations de l’ouvrage sont constituées de fondations profondes avec la mise en œuvre de 72 pieux de diamètre 80 cm sur une profondeur moyenne de 14 m », précise Mahamane Ouédraogo, patron de l’Agence d’études d’ingénierie et de maîtrise d’œuvre (AGEIM), structure chargée du contrôle des travaux. Sans oublier 3 voies de 3 mètres chacune au niveau de cet échangeur réalisé par l’entreprise Soroubat. A l’étape actuelle, informe la mission de contrôle, tous les travaux de génie civil sont achevés : fondations, piles, culées, tablier. Et il ne reste que la mise en place des équipements de sécurité et de retenue. « L’essentiel est fait au niveau de l’ouvrage et il reste essentiellement les travaux d’habillage, notamment les garde-de-corps, les corniches, le revêtement en bitume, etc. », entonnent fièrement des agents à notre passage sur le site.

Quant à la chaussée qui attend également son revêtement en béton bitumineux à module élevé d’épaisseur 5 cm, il ressort de l’état des lieux que les principaux travaux de terrassement ont été effectués sur une bonne partie du tronçon déjà revêtue de bitume. Ce, de l’échangeur du Nord jusqu’à la lisière de l’intersection avec la voie principale d’accès à l’aéroport de Donssin en passant par les carrefours avec la rue 23.41 et l’avenue de la Concorde nationale. A cela s’ajoute une partie du tronçon menant de l’intersection avec la voie principale d’accès à l’aéroport de Donssin à l’ouvrage réalisé. « Sur un linéaire total de 10,230 km, on peut estimer à seulement 2,7 km le linéaire restant sur lequel nous sommes en train d’achever les travaux de terrassement », précise Bouba Kanazoé de l’entreprise Globex Construction qui réalise les travaux relevant de la chaussée. Selon ce dernier, la grande partie du tronçon recouverte « de grave bitume » l’est provisoirement en attendant « du béton bitumineux à module élevé » pour donner une réelle consistance à la chaussée ; chaussée dont la couche de fondation prévue initialement en graveleux latéritique lithostabilisé est d’épaisseur 20 cm et une couche de base en grave bitume d’épaisseur 10 cm. Déjà et en attendant les travaux de finition, cette partie de la route désormais carrossable présente une fière allure et fait l’objet d’emprunt régulier par les usagers.

Il n’y a pas que les travaux de terrassement et la couverture de la chaussée en grave bitume qui relèvent désormais d’un acquis
Mais, il n’y a pas que ces travaux de terrassement et la couverture de la chaussée en grave bitume qui relèvent désormais d’un acquis. Il ressort de notre parcours du tronçon, que des travaux d’assainissement (20 629 ml de réseau d’assainissement et de drainage) sont aussi réalisés le long du tronçon avec des caniveaux couverts par endroits et aussi une rue piétonne déjà pavée ce, de l’échangeur du Nord jusqu’au carrefour avec l’avenue de la Concorde nationale. A notre passage sur les lieux, les agents mettaient les bouchées doubles pour la suite des travaux dans ce sens et aussi le déplacement des derniers réseaux des concessionnaires (ONATEL, SONABEL et ONEA) dont « il ne reste que 2 tranchées sur un linéaire de 100 mètres » à déplacer et relatifs à l’ONEA et la SONABEL. Au terme des travaux et par sens de circulation, c’est sur « une chaussée large de 11 m au total dont 4 m de piste cyclable », que les usagers devront « glisser ». Sans oublier « un trottoir de 2 mètres et une emprise de 60 mètres », selon Mahamane Ouédraogo de la mission de contrôle.

De son côté, le Directeur général (DG) des infrastructures routières, Aimé Grégoire Yaguibou, ajoute que la chaussée bénéficiera aussi d’un éclairage public, sans oublier la réalisation de travaux connexes ; lesquels selon Mahamane Ouédraogo de la mission de contrôle, se résument à l’aménagement de murs de clôture pour le marché, le cimetière de Toudwéogo et de l’école franco-arabe. A cela s’ajoute l’aménagement de portails d’accès de ces infrastructures. Sans compter la réalisation de plantations d’arbres le long du tronçon de route aménagée ou dans les espaces disponibles dans la zone du projet, etc. Dans l’ensemble et de l’avis de la mission de contrôle, les travaux sont à un taux d’avancement physique de 63% à ce jour. Présent sur le chantier le 5 mars 2024, le ministre des Infrastructures, Adama Luc Sorgho, a exhorté le groupement d’entreprises constitué de Globex construction et Soroubat à donner davantage, un coup de fouet aux travaux. « On demande à l’entreprise d’aller rapidement pour livrer la rocade au mois de décembre », avait-il affirmé.

La réalisation de la rocade a été marquée par un processus participatif à travers l’implication des premiers responsables de l’arrondissement 4 de Ouagadougou et des populations affectées par le projet. Ainsi, de l’avis du Président de la délégation spéciale (PDS) dudit arrondissement, Salomon Kambou, la mairie a été associée dès les premiers moments de l’exécution du projet, notamment suite à l’identification du tracé devant servir de chaussée. Phase qui a été suivie d’un recensement fait avec le concours de la mairie, des Personnes affectées par le projet (PAP). « Selon les archives, un bureau d’étude avait été commis pour identifier les PAP ; un recensement de ces PAP a été fait, puis actualisé par la suite. Ces 2 dernières années, il y a eu un travail d’actualisation des données qui a été fait car il fallait repartir sur le terrain pour voir s’il n’a pas de changement de données », détaille le PDS Kambou. Il a poursuivi en relevant que « les nouvelles autorités ont tenu compte de tout ça pour pouvoir compenser tous ceux qui sont affectés par le projet afin que ces derniers puissent libérer les emprises pour les travaux ».

Par ailleurs, s’il précise qu’actuellement, « tout est libéré et il n’y a pas de difficultés particulières », il n’omet pas de noter que la mairie a aussi joué sa partition sur une autre situation pendante entretemps et relative à la question de tombes présentes sur une partie de la route. « Avec le concours de la mairie, on a associé le chef de terre de Yicoudin qui a bien voulu accompagner les autorités. Il y a des rites coutumiers qui devraient être faits et qui ont été faits. Puis, on a invité toutes les familles qui souhaitent déplacer les dépouilles, de le faire. On a associé le service d’hygiène de la commune de Ouaga et à ce jour, les dépouilles ont été déplacées et les travaux se déroulent normalement », révèle-t-il. Au terme de nos échanges, le PDS Kambou a tenu à livrer ses sentiments de joie pour la tenue des travaux routiers aux avantages indéniables. « C’est pour cela que nous nous sommes impliqué dès le début des travaux pour faciliter leur déroulement au niveau de la portion qui concerne l’arrondissement 4 de Ouaga », s’est-il justifié. Avant de renchérir que « C’est une voie secondaire de contournement de Ouagadougou qui a un avantage en termes de décongestionnement de la circulation vers la ville et va faciliter le trafic routier ». Il a terminé en remerciant les autorités qui, malgré le contexte sécuritaire difficile, n’ont pas occulté le volet développement des villes et a invité les populations à la base à jouer leur partition dans les actions du développement du pays.

«Nous saluons le ministère des Infrastructures qui a su bien mener l’opération de compensation du début à la fin. C’est un exemple à implémenter »
Après la mairie, nous avons cherché à rencontrer l’une des personnes affectées par le projet, en l’occurrence le Dapoya Naaba Koanga de Polesgo, pour savoir davantage sur le processus qui a conduit au dédommagement de ces dernières. D’entrée de jeu, note-t-il, le processus a été le plus participatif possible du début à la fin. « Il y eut d’abord une assemblée générale informative qui a réuni toute le population qui était impactée par le projet afin de lui porter l’information », se rappelle-t-il. Tout comme le PDS Kambou, il argue que la liste des PAP a été régulièrement actualisée avec notamment le concours « des chefs coutumiers qui ont désigné des représentants au sein de la population pour suivre et accompagner le recensement». Aussi, l’autorité coutumière relate qu’une 3e rencontre s’est tenue, mais entre les personnes recensées et le ministère des Infrastructures pour porter à la connaissance de celles-ci, les modalités de compensation. Après quoi, un entretien individuel avec les PAP a permis aux différentes parties d’accorder définitivement les violons et « un accord a été signé ». Ce qui a ouvert la porte à l’entrée en possession par les PAP, de leur chèque de compensation pour les biens affectés qui se résument globalement à des maisons d’habitation, des usines, des boutiques, etc.

Mais les compensations n’étaient-elles pas en deçà des biens affectés ? A cette question, le Dapoya Naaba Koanga de Polesgo répond : « Les populations que nous avons approchées, ont noté que les compensations étaient à la hauteur de leurs attentes, car celles-ci leur ont permis de se reloger. Elles ont aussi relevé que le délai de paiement a été respecté ». En conséquence, il a salué les conditions dans lesquelles le processus s’est déroulé sans problème. « Pendant tout le processus, nous avons été associé. Ce qui a fait qu’à la fin du processus, nous n’avons pas enregistré de plaintes. Nous saluons le ministère des Infrastructures qui a su bien mener l’opération de compensation du début à la fin. C’est un exemple à implémenter, car tout au long du processus, il y a eu la transparence et la franchise. Ce qui a permis l’adhésion de la population », apprécie-t-il.

Pour sa part, le directeur général des infrastructures routières, Grégoire Aimé Yaguibou, a relevé que le ministère des Infrastructures et du désenclavement assure la maîtrise d’ouvrage du projet, tandis que celle déléguée est faite par sa structure. « Le maître d’ouvrage recrute la mission de contrôle qui est son représentant et qui lui rend compte. Mais à travers la maîtrise d’ouvrage déléguée, notre structure supervise à la fois les travaux et la mission de contrôle. On vérifie la présence de celle-ci conformément aux termes de référence qui ont servi à son recrutement », explique le DG Yaguibou. Dans ce cadre, poursuit-il, il y a une cellule projet qui a été créée à la direction générale des infrastructures routières et regroupe un certain nombre d’ingénieurs qui font la supervision sus-citée. Dans son fonctionnement, cette cellule tient une réunion chaque deux semaines pour le suivi du chantier. « Lors de cette réunion, non seulement on fait le point sur l’avancée des travaux, mais aussi sur le déplacement des réseaux des concessionnaires ce, en présence de ceux-ci qui participent aussi à la réunion », précise le DG.

«C’est désormais finie la poussière qu’on respirait avant avec son corollaire de maladies respiratoires qu’on contractait »
Le DG Yaguibou a terminé son propos en passant en revue, les avantages du projet routier qui vise entre autres, à permettre le trafic des poids lourds dans de meilleures conditions, minimiser les pertes de temps de déplacements, améliorer le confort des usagers et des riverains par l’aménagement et la mise en place d’un éclairage public adéquat, réduire les suspensions poussiéreuses objet de problèmes de santé publique et de nuisances de toutes sortes, réduire les coûts de transport et d’exploitation des véhicules, etc. « En somme, c’est le bien-être de la population qui sera garanti à travers ce projet », a-t-il renchéri. Des propos qui font écho à celui du ministre des Infrastructures selon qui, « Aujourd’hui dans la ville de Ouagadougou, la circulation est un peu difficile, compte tenu du fait qu’on a beaucoup d’engins. On a beaucoup de véhicules et si nous avons pu réaliser cette rocade, on verra, la fluidité du trafic va s’augmenter. Il y aura moins d’accidents ; le problème de sécurité routière sera réduit ».

Déjà, c’est le satisfecit chez les usagers. Pour Véronique Kazinenga que nous avons rencontrée au niveau de l’avenue de la Concorde nationale, la réalisation de ce projet routier constitue un ouf de soulagement. « Avant, c’était une route exiguë que nous empruntions avec des nids-de-poule qui rendaient inconfortable le déplacement. Mais maintenant, c’est une voie bien élargie et c’est désormais finie la poussière qu’on respirait avant avec son corollaire de maladies respiratoires qu’on contractait. Certes, les travaux ne sont pas encore terminés, mais nous roulons déjà confortablement sur du bitume. Nous sommes content de ce projet qui a transformé le visage de notre localité », confie-t-elle. Avant d’ajouter que ce projet est un facteur de rapprochement des localités situées de part et d’autre de la route. A noter que les travaux sont financés à plus de 21 milliards de francs CFA par la Banque ouest-africaine de développement et l’Etat burkinabè pour une durée initiale de 2 ans prolongée de 8 mois au regard des contraintes rencontrées pendant l’exécution des travaux.
Adama KABORE
Dossier publié dans la parution du 15 août 2024 du journal La Nation en marche

