Suite à une vidéo montrant l’acteur comédien ivoirien Fortuné sortant d’un véhicule de transport en commun, Apoutchou national s’en est ému et a lancé un appel à la solidarité sur les réseaux sociaux. Il n’en a pas fallu plus pour que l’acteur bénéficie d’un concert de soutien national à travers don de villa, parcelles, meubles et don financier pour entreprendre. Si l’élan de solidarité a été largement salué, le chroniqueur et consultant en communication Jacob Koné Katina pense qu’il symbolise aussi la honte nationale en lien avec la défaillance de l’État ivoirien. Lisez ci-dessous !
« Un peuple qui ne connaît pas son histoire, son art et sa culture, est comme un arbre sans racines », disait Marcus Garvey. Permettez-moi de vous raconter une histoire. Une histoire belle, touchante, chaude comme un attiéké frais sorti du feu, et en même temps profondément, scandaleusement, indécemment révélatrice de l’état dans lequel nous nous trouvons en tant que nation. Une histoire qui aurait dû faire rougir de honte les couloirs feutrés d’un certain ministère, mais qui, à en croire le silence assourdissant venu de ces mêmes couloirs, ne semble avoir fait rougir personne d’important. Une histoire que nous avons tous applaudie avec enthousiasme (et c’est là tout le drame) sans nous rendre compte que nous étions en train d’applaudir notre propre faillite collective.
Voilà donc : Akakpo Fortuné, comédien de légende, homme qui a fait rire deux générations d’Ivoiriens, pilier du cinéma populaire de notre pays, acteur dont le visage a traversé nos écrans pendant des décennies comme une lumière familière et rassurante, cet homme-là a été aperçu dans un gbaka, dans un wôrô-wôrô, dans les transports en commun de Bingerville, brinquebalant sur des routes cabossées, parmi la foule ordinaire et compressée du quotidien ivoirien. Et cela a choqué. Cela a indigné. Cela a fait parler. Des gens ont sorti leurs téléphones, ont ri, ont moqué. Et d’autres, plus sensibles, plus reconnaissants, ont décidé d’agir. En moins de quarante-huit heures, la magie ivoirienne a opéré. Apoutchou National a lancé l’appel. Le peuple a répondu. Quarante millions de francs CFA ont afflué, puis davantage. Fortuné lui-même, avec la sagesse de quelqu’un qui connaît ses vrais besoins, a suggéré qu’on pense à une maison plutôt qu’à une voiture car cet homme, comprenez bien, vivait dans une cour commune à Bingerville. Et les Ivoiriens se sont levés comme un seul homme. Résultat : une maison, des terrains, de l’argent pour entreprendre. Une histoire digne d’une telenovela. Les commentaires ont été dithyrambiques. La solidarité ivoirienne ! L’ubuntu africain ! Nous sommes un grand peuple !
Oui. Nous sommes un grand peuple. Indéniablement. Mais permettez-moi, avec tout le respect que je vous dois, d’être le rabat-joie de service. Permettez-moi d’être celui qui, au milieu des youyous et des félicitations, lève timidement la main pour poser une question embarrassante, une question que personne ne semble vouloir poser vraiment : Pourquoi, au nom du ciel et de tous ses saints, c’est à nous, simples citoyens, de financer la dignité de nos artistes ?
L’État, grand absent du festin culturel
Posons les faits froidement, avec la rigueur d’un chirurgien ou d’un Voltaire tropical. En Côte d’Ivoire, la culture existe. Elle existe même magnifiquement. Nous avons des comédiens comme Fortuné, des musiciens qui ont bercé le continent entier, des écrivains dont les plumes ont traversé les océans, des peintres dont les toiles méritent les plus grandes galeries du monde. Nous avons un vivier artistique d’une richesse absolument extraordinaire. Ce que nous n’avons pas (ou plutôt ce que nous feignons d’avoir tout en faisant semblant de ne pas remarquer que ça ne fonctionne pas), c’est une politique culturelle digne de ce nom. Parlons-en, de cette politique culturelle. Parlons-en, sans détour et sans les précautions oratoires que l’on s’impose généralement quand on aborde des sujets susceptibles de froisser les sensibilités officielles. Le Grand Prix Littéraire Bernard Dadié de Côte d’Ivoire (le Grand Prix, attention, pas le petit prix du quartier, pas la récompense du meilleur auteur de la rue x) est doté d’un million de francs CFA. Un million. Cinq cents mille anciens francs, si vous préférez. Le prix de deux billets d’avion Abidjan-Paris en classe économique, à peu près. De quoi vous faire tenir deux mois si vous êtes un peu économe. De quoi vous faire sourire jaune si vous avez passé des années à écrire, à corriger, à publier, à promouvoir une œuvre dans un pays qui ne vous a accordé aucune subvention, aucune résidence d’écriture digne de ce nom, aucune structure de soutien réelle. Et le doyen Tiburce Koffi (monument de la littérature ivoirienne, homme de lettres, voix majeure de notre paysage culturel) a refusé cette récompense. Il l’a refusée parce que, pour reprendre l’esprit de sa pensée, c’est une foutaise. Parce qu’on ne récompense pas une vie dédiée à l’art avec une somme que certains fonctionnaires de troisième catégorie gagnent en un mois. Parce qu’il y a quelque chose de profondément insultant à couronner l’excellence littéraire avec la monnaie qu’on glisse dans la poche d’un enfant le jour de son anniversaire. Est-ce que quelqu’un, dans les hautes sphères de la gouvernance ivoirienne, a trouvé cela problématique ? Est-ce qu’il y a eu une réunion d’urgence, un communiqué, une prise de conscience collective ? Est-ce que quelqu’un a tapé du poing sur la table en criant «Messieurs, nous avons un sérieux problème de considération pour notre culture ! » ? La réponse, hélas, flotte dans l’air comme une évidence : non. La vie a continué. Les artistes ont continué de se débrouiller. Et Fortuné a continué de prendre le gbaka.
« L’art est le mensonge qui nous permet de réaliser la vérité. » — Pablo Picasso
Il y a en Côte d’Ivoire une philosophie populaire, une sagesse de la rue que tout le monde partage et que personne ne remet en question : on se débrouille. C’est presque une identité nationale, un mode opératoire transcendant les classes sociales, une réponse universelle à toutes les défaillances structurelles. Le système ne fonctionne pas ? On se débrouille. L’État n’accompagne pas ? On se débrouille. La culture ne nourrit pas ? On se débrouille. Et nos artistes, nos musiciens, nos écrivains, nos comédiens, nos peintres, ils se débrouillent. Ils se débrouillent avec une dignité et une résilience qui forcent l’admiration mais qui ne devraient pas, parce que l’admiration que nous leur portons nous dispense de l’indignation que nous devrions ressentir face au système qui les contraint à cette acrobatie permanente. Un musicien ivoirien de talent (et nous en avons des dizaines, des centaines même) passe sa vie à composer, à produire, à se battre contre le piratage qui dévore ses revenus avant même qu’ils existent, à chercher des sponsors, à monter des spectacles auto-financés, à espérer un marché qui n’est structuré pour personne. Les droits d’auteur ? Un vague concept que le Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur gère avec des moyens qui font pleurer. Les cachets des spectacles ? Négociés dans la douleur avec des promoteurs qui ne comprennent pas toujours la valeur de ce qu’ils vendent.
Le soutien de l’État ? Parlons-en. Un peintre ivoirien de génie (et nous en avons, des peintres qui font des merveilles) vend ses toiles sur les trottoirs d’Abidjan, les expose dans des galeries qui n’ont ni la visibilité ni les moyens de vraiment propulser une carrière internationale et finit souvent par déposer les pinceaux pour trouver un travail alimentaire. Parce qu’il faut bien manger. Parce que les enfants ont besoin d’aller à l’école. Parce que la beauté ne remplit pas le frigo. Un écrivain ivoirien (et là, c’est particulièrement cruel) publie avec des maisons d’édition locales qui impriment à compte d’auteur dans la plupart des cas, tire à deux cents, trois cents exemplaires, fait la tournée des librairies qui deviennent de moins en moins nombreuses, et reçoit à la fin de l’année, si le Grand Prix Littéraire daigne le remarquer, un chèque d’un million de francs. S’il ne refuse pas, bien entendu. Et nous, nous regardons tout ça en disant que nos artistes sont courageux. Que notre culture est vivante malgré tout. Que nous sommes un peuple résilient. Ce que nous ne disons pas (ce que nous devrions dire, hurler même), c’est que cette résilience est le cache-misère d’une politique culturelle inexistante. Que le courage de nos artistes ne devrait pas être nécessaire à ce point. Que si l’État faisait son travail, ils n’auraient pas besoin d’être courageux pour simplement exercer leur métier.
Ce que font les États sérieux du monde
Permettez-moi un détour géographique, un petit voyage dans des contrées où l’on a compris, depuis longtemps, quelque chose d’essentiel : la culture n’est pas un luxe. C’est une infrastructure. Comme les routes. Comme les hôpitaux. Comme les écoles. Et comme toute infrastructure, elle exige un investissement public sérieux, régulier, et assumé. En France, le Centre national du cinéma soutient financièrement des centaines de productions chaque année. Un acteur français reconnu peut, à des moments difficiles de sa carrière, bénéficier de fonds de solidarité du spectacle, de couverture sociale spécifique, d’intermittence du spectacle, un statut juridique qui reconnaît la nature discontinue du travail artistique et y adapte la protection sociale. Des gens payés pour avoir fait de l’art, même quand ils n’en font pas, parce que l’État a compris que la création est un travail qui ne se mesure pas à la continuité de la prestation. Au Sénégal, et là, ça doit nous faire encore plus mal, parce que c’est à côté de chez nous, des efforts réels ont été faits pour structurer le secteur culturel, créer des fonds dédiés aux arts, valoriser le patrimoine immatériel, appuyer les artistes dans leur développement professionnel. Avec des résultats imparfaits certes, mais avec une volonté politique qui se voit. Au Maroc, en Égypte, dans des pays qui ont décidé que la culture était une question de souveraineté nationale et de rayonnement international, les artistes bénéficient de structures de soutien, de salaires pour certains, de résidences, de bourses de création, de prix dont les montants ne sont pas une insulte déguisée en récompense. Et nous ? Nous avons la cagnotte d’Apoutchou National. Et nous nous en félicitons. C’est beau, certes. C’est touchant, sans aucun doute. Mais ce n’est pas une politique culturelle. Ce n’est pas un système. C’est un pansement sur une hémorragie, et nous faisons la fête autour du blessé en admirant l’ingéniosité du pansement.
« La première chose que la civilisation enseigne, c’est à respecter ceux qui créent. » Albert Camus
Revenons à Fortuné. Revenons à cette image, cette image qui a tout déclenché : un grand comédien, une icône de notre cinéma populaire, serré dans un wôrô-wôrô, peut-être debout, peut-être transpirant sous le soleil de Bingerville, peut-être sujet aux regards, aux rires, aux commentaires déplacés de ceux qui ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre. Cette image. Je vis à Bingerville. Je l’ai vu. Et j’ai ressenti quelque chose de difficile à nommer exactement : un mélange d’affection pour l’homme et de honte pour nous tous. Parce que cet homme a donné. Il a donné de ses nuits, de ses journées, de son talent, de sa créativité, de son corps même (parce que jouer la comédie, c’est aussi un travail du corps) pour nous offrir du rire, de la légèreté, des moments de communion collective devant un écran. Et nous, collectivement, institutionnellement, structurellement, nous lui avons rendu quoi ? Une cour commune. Il y a quelque chose de vraiment bouleversant dans cette équation. Hegel parlait de la reconnaissance comme fondement des relations humaines, nous nous construisons dans le regard de l’autre, dans la reconnaissance que l’autre nous accorde. Nous n’avons pas reconnu Fortuné. N’avons pas reconnu ses pairs. N’avons pas dit, par des actes concrets et durables : vous êtes importants, vous comptez, votre travail a de la valeur, nous allons vous protéger. Finalement, ce sont des citoyens ordinaires, des fans, des gens touchés par un élan de générosité spontané, qui ont comblé ce vide. Et c’est magnifique. Et c’est honteux. Les deux en même temps. Simultanément et sans contradiction.
Accusés, levez-vous : Le réquisitoire contre le ministère de la Culture
« Les nations qui n’investissent pas dans leur culture s’achètent une mort lente. » Wole Soyinka
Madame le ministre de la Culture, permettez-moi de vous adresser quelques questions d’une simplicité déconcertante.
Combien d’artistes ivoiriens reconnus bénéficient aujourd’hui d’une couverture maladie liée à leur activité professionnelle ? Combien de comédiens, une fois leur carrière derrière eux, touchent une retraite décente au titre de leur contribution au patrimoine culturel national ? Combien de musiciens peuvent faire valoir des droits sur leur œuvre sans se retrouver dans un labyrinthe administratif kafkaïen où leurs droits se perdent entre les mailles d’un système sous-financé et sous-équipé ? Combien d’écrivains ont accès à des résidences de création, à des bourses significatives, à des structures d’accompagnement vers l’édition et la diffusion internationale ? Et surtout : quand avez-vous, en tant qu’institution, dit aux artistes ivoiriens, non pas en paroles mais en actes budgétaires, en lois, en décrets, en politiques publiques durables, quand avez-vous dit : vous êtes importants pour ce pays, nous allons vous traiter en conséquence ? Parce que la réponse, si l’on se fie aux faits disponibles, Fortuné dans le gbaka, Tiburce Koffi refusant un million d’insulte, des peintres inconnus mourant dans l’anonymat, des musiciens piratés en silence, la réponse, c’est : jamais vraiment. Pas suffisamment. Pas sérieusement. Et ça, c’est une honte. Une honte nationale, profonde, structurelle, une honte que les cagnottes, aussi généreuses soient-elles, ne peuvent pas laver.
Arrêtons-nous un instant. Parce que l’indignation sans propositions est une posture, et nous avons assez de postures dans ce pays. Ce qu’il faut, c’est d’abord un salaire. Un statut. Une reconnaissance juridique de l’artiste professionnel en Côte d’Ivoire, comme il en existe dans des pays qui ont compris que créer est un métier. Un comédien qui a trente ans de carrière ne devrait pas finir dans une cour commune. Un musicien qui a rempli le PALAIS DE LA CULTURE ne devrait pas mendier ses droits. Un écrivain primé ne devrait pas refuser son prix parce qu’il est indécent. Ce qu’il faut, c’est un fonds national de soutien à la création, abondé sérieusement, géré avec transparence, accessible à de vrais créateurs sur des critères de qualité et non de connections. Ce qu’il faut, ce sont des prix littéraires, cinématographiques, musicaux, plastiques dont les dotations seraient un message clair : votre art vaut quelque chose dans ce pays. Pas un million. Pas une poignée de main. Quelque chose de réel. Vingt millions. Cinquante millions. De quoi financer des années de création supplémentaires. Ce qu’il faut, c’est une politique de promotion du cinéma ivoirien dans les salles ivoiriennes parce qu’il est symptomatique et tragique que nos comédiens soient plus vus dans les cours communes que sur des écrans de cinéma multiplex. Ce qu’il faut, c’est une protection sérieuse des droits d’auteur, avec un bureau doté de moyens humains et financiers suffisants pour réellement collecter, réellement redistribuer, réellement protéger. Ce qu’il faut, enfin, c’est une décision politique de haut niveau : la culture ivoirienne est une priorité nationale. Pas une déclaration d’intention glissée dans un discours du 7 août. Une vraie décision, traduite en budget, en lois, en structures, en emplois. Des emplois culturels. Des emplois dans les musées, dans les bibliothèques, dans les centres culturels qui doivent fleurir dans chaque région du pays. Des emplois qui disent aux jeunes Ivoiriens que l’art est une carrière possible, respectable, viable.
La leçon du gbaka
« La grandeur d’une nation se mesure à la façon dont elle traite ses artistes. » Mahatma Gandhi
Fortuné a maintenant une maison. Des terrains. De quoi recommencer. Et c’est une bonne nouvelle, une très bonne nouvelle, et je suis sincèrement heureux pour lui, heureux pour sa dignité retrouvée, heureux que les Ivoiriens aient su répondre présent dans ce beau mouvement de solidarité. Mais je voudrais, en guise de conclusion, vous soumettre une pensée qui devrait nous tenir éveillés quelques nuits. Si Apoutchou National n’avait pas fait la demande, si la vidéo n’avait pas fait le tour des réseaux sociaux, si l’indignation n’avait pas été suffisamment virale pour déclencher une cagnotte, où en serait Fortuné aujourd’hui ? Dans la même cour commune. Dans le même gbaka. Et l’État ivoirien, le ministère de la Culture, les structures supposées veiller sur les artistes, ils en sauraient quoi ? Ils se préoccuperaient de quoi ? La réponse flotte dans l’air, légère et terrible comme un couteau qui ne saigne pas tout de suite : rien. Ils ne feraient rien. Ce n’est que grâce à la générosité populaire que le problème a trouvé une résolution partielle et individuelle, pendant que des dizaines, des centaines d’autres Fortuné anonymes continuent de vivre des situations identiques sans que personne ne filme, sans que personne ne lance de cagnotte, sans que personne ne crie au scandale. C’est ça, le vrai scandale. Pas le gbaka. Le gbaka, c’est le symptôme. La maladie, c’est l’indifférence institutionnelle. L’abandon structurel. La conviction, tacite, non formulée, mais agissante dans chaque ligne budgétaire, chaque politique publique, chaque prix littéraire à un million, la conviction que la culture est un ornement, un supplément d’âme pour les jours de fête nationale, pas un pilier de la société, pas un investissement stratégique, pas une dette que l’État a contractée envers ceux qui lui donnent son âme et sa mémoire.
Nous sommes un pays qui aime ses artistes le dimanche et les abandonne le lundi. Un pays qui les ovationne debout quand ils se produisent et les laisse debout dans les transports en commun le reste du temps. Un pays qui trouve beau le mouvement de solidarité mais ne trouve pas scandaleux qu’il soit nécessaire. Il faut que ça change. Il le faut vraiment. Pas par bonté d’âme. Pas par sentimentalisme. Par intelligence politique. Par compréhension de ce qu’est une nation. Par respect de ce que sont la beauté, la mémoire, la créativité, l’identité, tout ce que nos artistes portent chaque jour dans leurs œuvres et dans leur chair, souvent aux frais de leur propre dignité. La prochaine fois qu’un grand artiste ivoirien prendra le gbaka, que ce soit par choix et non par nécessité. Ce jour-là, nous serons un État sérieux. En attendant, nous avons les cagnottes. Et la honte.
Écrit depuis Bingerville, avec admiration pour nos artistes et colère pour ce qui leur est fait.
Jacob Koné Katina
Chroniqueur
Consultant en communication

