Soutenance de thèse à l’Université Ki-Zerbo : Idrissa Kaboré éclaire les troubles externalisés chez l’enfant

Idrissa Kaboré a soutenu, le 26 décembre 2025 à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, une thèse de doctorat consacrée aux trajectoires développementales des enfants présentant des troubles externalisés en milieu préscolaire burkinabè. Un travail jugé recevable par le jury, avec la mention très honorable, et qui met en évidence l’importance d’une prise en charge précoce et adaptée.

Dans un contexte marqué par des défis éducatifs et sociaux croissants, la compréhension précoce des troubles du comportement chez l’enfant apparaît comme un enjeu majeur pour la qualité du capital humain. L’étude des troubles externalisés en milieu préscolaire permet ainsi d’anticiper des trajectoires à risque et d’orienter des réponses éducatives et sociales adaptées. Dans ce sens, Idrissa Kaboré a soutenu avec succès sa thèse de doctorat unique en Sciences de l’homme et des sociétés, le vendredi 26 décembre 2025, à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Son travail a porté sur le thème « Trajectoires développementales et besoins spécifiques des enfants avec troubles externalisés en milieu préscolaire burkinabè », sous la direction du Pr Sébastien Yougbaré, professeur titulaire de psychologie.

La soutenance s’est déroulée devant un jury de quatre membres, présidé par le Pr Koueta Fla, professeur titulaire de pédiatrie à l’Université Joseph Ki-Zerbo et pédiatre au centre hospitalier universitaire Yalgado. Le jury comprenait également le Pr Bawala Léopold Badolo, professeur titulaire en psychologie, le Pr Ati-Mola Tchassama, professeur titulaire à l’Institut national des sciences de l’éducation d’Atakpamé au Togo, ainsi que le Pr Boussanlègue Tchablé, professeur titulaire à l’Université de Kara au Togo en qualité d’examinateur. À l’issue de la présentation et des échanges, le jury a jugé le document, riche de plus de 400 pages, recevable et a décerné au candidat la mention « très honorable ».

Entouré des membres du jury, le désormais Dr Idrissa Kaboré (2e à partir de la droite) a vu son travail apprécié à travers la mention « Très honorable »

Dans son exposé, Idrissa Kaboré a souligné le caractère inédit de son travail qui porte sur une problématique cruciale pour les enfants. « C’est un thème original parce qu’il n’a pas été exploré en contexte africain, encore moins burkinabè », a-t-il expliqué, précisant qu’il revêt aussi un enjeu social important. Selon lui, une prise en charge précoce des troubles externalisés contribue à la formation d’un capital humain de qualité. A l’en croire, les résultats de l’étude montrent que les troubles externalisés n’évoluent pas de manière uniforme chez les enfants suivis. « Les trajectoires sont individuelles et les réponses à apporter aussi doivent être différenciées. Il n’y a pas de prise en charge prêt-à-porter. Il faut analyser la trajectoire de chaque enfant et adapter les réponses », a-t-il souligné, avant d’ajouter que ces trajectoires sont souvent liées à des carences affectives précoces, parfois dès la grossesse ou durant la petite enfance, en lien avec des désorganisations ou une instabilité du cadre familial. Pour le désormais Dr Idrissa Kaboré, ces troubles traduisent avant tout des besoins développementaux non satisfaits. « Les troubles externalisés sont l’expression de besoins développementaux et de transactions dysfonctionnelles entre ces enfants et leur milieu de vie, que ce soit en famille ou en milieu scolaire. Le cadre n’est pas suffisamment contenant pour favoriser le développement de ces enfants. Tout se résume globalement à une question de liens », a-t-il affirmé.

Le président du jury a salué la pertinence scientifique et sociale du travail

L’étude met aussi en avant la nécessité d’un changement de regard sur ces enfants. « Mon appel, c’est d’inviter à un changement de notre manière de voir les troubles externalisés. Parce que très souvent, nous regardons les troubles externalisés sous l’angle comportemental. Nous disons que l’enfant est indiscipliné, mal éduqué, etc. Et nous cherchons à contrôler le comportement », a déclaré Dr Kaboré. Il insiste sur l’importance de la sensibilisation et de la formation des parents et des acteurs du milieu scolaire, ainsi que sur le renforcement des structures préscolaires. En effet, les troubles externalisés regroupent, selon le chercheur, plusieurs manifestations visibles : hyperactivité, agressivité, irritabilité, crises de colère, opposition ou comportements provocateurs. Ces troubles, dit-il, perturbent la scolarité de l’enfant, celle des autres et peuvent, à long terme, conduire à des trajectoires de délinquance si rien n’est fait.

Une vue du public présent à la soutenance

Le président du jury, le Pr Koueta Fla, a salué la pertinence scientifique et sociale du travail, touchant à la fois à la pédiatrie et la psychologie. A ses dires, c’est un travail digne d’intérêt, car il analyse l’évolution des troubles depuis la petite enfance et identifie des facteurs influençant ces trajectoires. Il a souligné que si certains facteurs sont propres à l’enfant, beaucoup relèvent de l’environnement notamment l’encadrement, l’affection, l’attention et la qualité de l’éducation précoce qui sont autant de facteurs modulables pouvant prévenir l’apparition de ces troubles. Le Pr Koueta Fla a également évoqué les mutations sociales actuelles. « Malheureusement, la société a quitté le mode où on vivait en communion avec l’ensemble de la famille. Nous sommes devenus ce qu’on appelle des familles nucléaires, se résumant à maman, papa et les enfants », a-t-il regretté, appelant à un retour à une plus grande implication familiale dans l’éducation des jeunes enfants. Pris par le travail, poursuit le Pr Koueta, le rôle éducatif est confié aux écrans de télévision et de smartphone.

Léon YOUGBARÉ

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