Les combats entre la rébellion du M23 et les forces gouvernementales se sont intensifiés mercredi 7 février 2024 et ont fait au moins 6 morts, dans l’est de la République démocratique du Congo autour de Sake, cité considérée comme stratégique sur la route de la grande ville de Goma.
Ces derniers jours, les affrontements dans le territoire de Masisi, à l’ouest de la capitale provinciale du Nord-Kivu, ont provoqué de nouveaux déplacements de populations et fait des dizaines de blessés acheminés dans des centres de santé débordés. Selon des sources médicales et sécuritaires, au moins six personnes ont été tuées dans les bombardements de mercredi à Sake et, tout au long de la journée, des milliers de personnes fuyant les combats sont arrivées à Goma, à une vingtaine de km de là.
« Nous nous sommes réveillés ce matin sous le bruit des détonations. Nous nous sommes rendu compte que nous allions tous mourir et avons décidé de fuir », déclare à l’AFP Patrick Manga, 35 ans et père de 4 enfants, en fuite avec deux matelas sur la tête. Comme lui, Florence, qui ne donne que son prénom, a fui Sake. Cette mère de 9 enfants affirme avoir perdu certains d’entre eux dans la fuite et réclame la paix.
« Je n’arrive pas à retrouver mes enfants. D’autres enfants sont peut-être morts, dites à (Félix) Tshisekedi (le président congolais) de nous ramener la paix, s’il vous plait », crie-t-elle. Dès le début de la matinée, des habitants interrogés par téléphone décrivaient la panique.

« Je suis présentement à Kimoka, à 2 km de Sake, c’est la débandade, mes frères et sœurs qui ne supportent pas les détonations prennent en ce moment la direction de Goma », déclarait l’un d’eux. Un responsable administratif précisait que les affrontements s’intensifiaient dans les collines autour de Sake, qui se vidait de ses habitants. « Mes administrés fuient vers Goma », indiquait-il. « Ce soir, les choses semblent se calmer », a déclaré un habitant en fin de journée. « Nous entendons des détonations, mais pas de la même ampleur que ce que nous avons vécu toute la journée… On ne sait pas si l’accalmie va durer », a-t-il dit.
« C’est notre fin »
Lors d’un point de presse mardi soir, le porte-parole des forces armées de RDC (FARDC), le général Sylvain Ekenge, avait indiqué que d' »intenses combats » avaient lieu « autour du contrôle de la partie de la route nationale 2 entre Sake et Minova », dans la province voisine du Sud-Kivu.
Des territoires du Nord-Kivu, Rutshuru et Masisi, sont en proie depuis fin 2021 à un conflit qui oppose la rébellion du M23 (« Mouvement du 23 mars »), appuyée par des unités de l’armée rwandaise, aux FARDC associées notamment à des groupes armés se présentant comme des « patriotes ». La plupart des voies d’approvisionnement de Goma, ville de plus d’un million d’habitants située à la frontière rwandaise, sur la rive nord du Lac Kivu, sont coupées par la rébellion. Vendredi dernier, une « bombe », à la provenance non identifiée, était tombée dans un quartier périphérique de l’ouest de Goma, faisant deux blessés. Selon des témoins, deux autres sont tombées mercredi, dont une a explosé, sans faire de victime, non loin d’une université, créant la panique parmi les étudiants présents sur le campus. Les déplacés arrivant à Goma ne cachent pas leur inquiétude sur la suite des événements.

« Regardez le nombre de personnes qui arrivent ici… On se retrouve au milieu des combats, Sake est sur le point de tomber, qu’allons nous faire maintenant ? », s’interroge Bahati Kito, 25 ans. « Il ne reste que le lac comme lieu de refuge ? C’est notre fin maintenant! ». Face au risque de « déflagration régionale », le chef des opérations de paix de l’ONU, de retour d’une visite dans l’est de la RDC, a appelé à Kinshasa à une reprise urgente des « efforts diplomatiques » pour régler le conflit.
Concernant l’action sur le terrain des Casques bleus, dont Kinshasa, qui les juge inefficaces, a demandé le départ « accéléré », Jean-Pierre Lacroix a assuré qu’ils « travaillaient très étroitement » avec les FARDC. En novembre dernier, la Monusco (Mission de l’ONU en RDC) avait annoncé le lancement avec l’armée congolaise d’une opération conjointe, appelée « Springbok », destinée à empêcher les rebelles de prendre Goma.
La Nation en marche
Source : TV5 Monde

