Par communiqué en date du 27 juillet 2025, le procureur de la république près le tribunal de première instance d’Abidjan annonçait la mort de Alino Faso survenue le 24 juillet 2025 à l’école de la gendarmerie. Selon le communiqué, le défunt « s’est pendu à l’aide de son drap de lit, après avoir tenté sans succès de s’ouvrir les veines du poignet ». Il n’en a pas fallu plus pour que l’information inonde les réseaux sociaux où se sont entremêlés onde de choc, condoléances, condamnations, menaces de represailles, scepticisme et rejet des circonstances dans lesquelles le Burkinabè a rendu l’âme.
Pour bon nombre d’internautes, l’argument officiel avancé pour expliquer les causes du drame passe mal et relève du pur mensonge cousu de fil blanc. Morceaux choisis : « Si c’est avéré, c’est que c’est un assassinat », « Sur le cas Alino, vous avez trop tiré loin le bouchon », « Il était détenu à la MACA. Comment se fait-il qu’il se retrouve à l’école de la gendarmerie ? Donnez des explications claires. Ce n’est pas bon pour les deux pays déjà en tension et cette mauvaise nouvelle vient s’ajouter », « C’est faux et archi faux. Pour nous, il a été assassiné. C’est clair et net », » Il a fallu plus de 3 jours pour trouver une histoire à raconter que personne ne croit », « Vous arrivez à vous convaincre vous-même de votre propre déclaration ? En tout cas, merci, bravo et félicitations à vous », « Vous devez savoir qu’on est fort pour un temps et le reste du temps, on devient faible », « Il a été assassiné. Ko ! Suicide, juste pour énerver le capitaine », « Ayez honte souvent », « Il faut savoir mentir. Repose en paix Alino Faso », « Même un étudiant de première année peut produire un communiqué plus convaincant et plus lucide », etc. C’est la volée de bois vert. Comme on peut le constater à travers ce florilège de réactions des internautes, ceux-ci refusent d’avaler les couleuvres d’Abidjan qu’ils rejettent en chœur. Pour l’opinion publique notamment burkinabè, la thèse de la pendaison n’est ni plus ni moins qu’un prétexte destiné à lui dorer la pilule en maquillant avec euphémisme ce qu’elle considère comme un « assassinat ».
Pour qui connait les réalités des conditions de détention des prisonniers « politiques » dans les milieux carcéraux africains à la surpopulation notoire, l’on peut aisément comprendre l’incrédulité de cette opinion publique qui bat en brèche le narratif ivoirien dans cette affaire autant surréaliste, abjecte que scabreuse. De Johannesburg à Ouagadougou en passant par Yaoundé, Conakry, etc., les prisons africaines ont traîné l’image de mouroir et de lieu de torture pour les prisonniers dits politiques. Le Sud-africain Steve Biko, le Burkinabè Dabo Boukary, le Guinéen Diallo Telli et plus récemment Foniké Menguè et Billo Bah, les Camerounais Remy Ngono et Valsero, etc., sont des exemples concrets dont les conditions de détention illustrent à souhait la face hideuse de nos établissements pénitentiaires. Si les tristement célèbres locaux du conseil de l’entente au Burkina et du camp Boiro en Guinée où ont péri respectivement Dabo et Diallo ne sont plus d’actualité, le bagne de Fotoba en Guinée et la prison centrale de Kondengui au Cameroun perpétuent aujourd’hui l’image peu honorable du Guantanamo et des bagnes de Cayenne et de Tataouine où les geôliers avaient le droit de vie et de mort sur les prisonniers.
Le président ivoirien a intérêt à s’impliquer personnellement dans ce dossier d’enquête
Sur cette question loufoque et rébarbative, les tortures – suivies ou pas de mort – comme moyen d’extorquer des aveux compromettants de la part des prisonniers, sont le plus souvent l’œuvre de personnes zélées qui croient rendre service au régime en place dont elles vivent au crochet et qui les biberonnent au frais du contribuable. Comme ce fut le cas de Floribert Chebeya assassiné en RD Congo, de Martinez Zogo torturé à mort au Cameroun, du rappeur togolais Aamron arrêté le 26 mai dernier à Lomé avant d’être torturé et libéré, etc. Dès lors, désormais cultivée sur ces pratiques inhumaines ambiantes dans les milieux carcéraux africains et prévenue du sort peu enviable généralement réservé aux prisonniers dits politiques, l’opinion publique africaine devient difficile à mener en bateau dans une entreprise informationnelle même savamment montée dans les amphithéâtres de la Sorbonne. C’est pourquoi dans cette affaire Alino, elle refuse mordicus d’être le dindon de la farce en balayant du revers de la main les motifs avancés pour justifier la mort en détention du Burkinabè.
En véritables tortionnaires ou criminels, ces personnes zélées qui mettent ainsi leur président devant le fait accompli, ne rendent nullement service à ce dernier et à son régime. Bien au contraire, c’est une contre publicité qu’ils font à leur pays en le cataloguant au rang de nécropole à ciel ouvert. À l’instar des cas sus-cités qui s’apparentent à celui Norbert Zongo, il n’est pas exclu que le président ivoirien, Alassane Ouattara, ait été mis devant le fait accompli dans le triste épisode Alino Faso. L’innommable qui vient de se produire à Abidjan, dessert à plus d’un titre le président ivoirien et son gouvernement dont le porte-parole avait laissé entendre en mi-janvier dernier que la Côte d’Ivoire est un pays « démocratique » où il n’y a ni « exécution sommaire », ni « torture » et où « la transparence » a droit de cité. Notre affirmation est d’autant plus fondée que depuis l’annonce de la mort de Alino Faso, la toile s’est répandue du propos sus-cité dudit porte-parole; des publications actualisées en dédain de ce qui est considéré comme de la poudre aux yeux lancée à l’opinion.
Enfin, l’eau versée ne pouvant plus être ramassée, il ne reste au président ivoirien qu’une seule porte de sortie honorable : mettre un point d’honneur à diligenter une réelle enquête judiciaire devant permettre d’identifier les probables bourreaux et les châtier à la hauteur de leur forfait. Mais le président ivoirien pourra-t-il se mettre à la hauteur de ce défi pour le relever ? That’s the question. Dans un continent où les enquêtes ont toujours accouché d’une souris en pareille circonstance, bien des observateurs pensent que les enquêtes annoncées par le procureur ne sont qu’une autre poudre aux yeux visant à faire baisser le thermomètre du mécontentement palpable chez les Burkinabè et les organisations des droits de l’homme. Dans tous les cas, le président ivoirien a intérêt à s’impliquer personnellement dans ce dossier d’enquête pour son réel aboutissement. Il importe de mettre le holà et de sonner la fin de la récréation au moment où le parti PDCI dénonce des enlèvements de certains de ses militants en Côte d’Ivoire. Sinon, c’est le boulet d’une république bannière que la Côte d’Ivoire risque de trainer dans cette affaire. Pourtant, la Côte d’Ivoire ne mérite pas ça. Autant, Alino Faso ne mérite pas une telle fin tragique dans une affaire dite de déstabilisation où le prévenu bénéficie de la présomption d’innocence et de conditions de traitement idoines en prison avant le procès…
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