À 81 ans, et au pouvoir depuis 1986, le président Yoweri Museveni vise un septième mandat jeudi 15 janvier. Son contrôle total du pays laisse peu de place à l’opposition. Une tension familière s’empare de Kampala, la capitale de l’Ouganda, à l’approche du 15 janvier, jour des élections générales. Dans les rues où les « drones » — ces véhicules banalisés utilisés par les services de sécurité devenus synonymes d’enlèvements — patrouillent dans l’ombre, l’issue du scrutin semble déjà gravée dans le marbre des institutions. Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, ne se contente plus de sa longévité ; il a transformé l’État en une extension de sa propre lignée pour garantir sa survie politique. Pour l’ancien maquisard, l’élection n’est pas un débat d’idées, mais un test de loyauté orchestré par une nébuleuse d’organisations dévouées à sa cause.

Une dynastie au cœur du dispositif

Le pouvoir, en Ouganda, est une affaire de famille. Pour cette campagne de 2026, la Première dame Janet Museveni, également ministre de l’Éducation, ne quitte plus le flanc de son époux, rompant avec une tradition de discrétion lors des précédents scrutins. À leurs côtés, ses filles occupent des positions stratégiques : Natasha Karugire supervise la communication et l’archivage présidentiel, tandis que Patience Rwabwogo, pasteure influente, mobilise les réseaux évangéliques autour d’une « mission divine » prêtée à l’Ouganda et à travers elle à son père.

Mais c’est l’ombre du général Muhoozi Kainerugaba, fils du président propulsé à la tête de l’armée en mars 2024, qui inquiète le plus. Bien que discret depuis le début de la campagne officielle, il anime via la Patriotic League of Uganda (PLU) un réseau de mobilisation parallèle capable de rajeunir la base du régime et de quadriller les zones urbaines traditionnellement acquises à l’opposition. Ce dispositif hybride, mêlant armée et politique, assure à Museveni une emprise totale sur le secteur de la sécurité, pilier de son maintien au pouvoir.

L’appareil d’État : un rouleau compresseur financier

La machine NRM (National Resistance Movement) fonctionne comme un organisme vivant, irriguant chaque village et chaque district. Richard Todwong, secrétaire général du parti, et Rose Namayanja, secrétaire générale adjointe souvent décrite comme celle qui détient les clés du coffre-fort, verrouillent le terrain et les financements. L’influence du régime s’étend jusqu’au Parlement, où la présidente Annet Anita Among contrôle un budget massif de 300 millions de dollars, dont une partie significative est injectée dans la campagne pour s’assurer de l’alignement des députés et des électeurs de l’Est du pays. Cette force de frappe financière et administrative réduit l’espace politique à sa plus simple expression. Le régime présente la candidature de Museveni comme l’unique rempart contre l’incertitude, forçant le choix entre la stabilité — même coercitive — et un saut dans l’inconnu que représenterait une transition démocratique.

Une opposition sous silence et sous les verrous

Pendant que la machine d’État tourne à plein régime, l’opposition subit une « brutale campagne de répression », selon les termes d’Amnesty International. Plus de 300 personnes ont été arrêtées depuis septembre 2025, et au moins 400 partisans de la Plateforme d’unité nationale (NUP) de Bobi Wine sont actuellement détenus. Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, Volker Türk, s’est alarmé d’un climat marqué par une intimidation généralisée et l’usage de lois restrictives pour faire taire les voix dissidentes.

Le sort de Kizza Besigye, figure historique de l’opposition enlevée au Kenya en novembre 2024 pour réapparaître devant une cour martiale ougandaise, illustre la portée transfrontalière de cette répression. À quelques jours du vote, la crainte d’une coupure totale de l’accès à Internet plane, alors que le gouvernement a déjà restreint l’importation de technologies de communication par satellite comme Starlink en décembre 2025. Dans ce huis clos sécuritaire, le duel entre Museveni et Bobi Wine ressemble moins à une élection qu’à un exercice de force brute visant à pérenniser un système qui refuse de passer la main.

Le Point Afrique

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