Les postes de péage modernes de Boudtenga, Tintilou et Kotédougou ont été mis en service respectivement les 24, 29 juillet et 2 août 2025. Ces ouvrages flambant neufs, d’un coût global de 18 milliards de F CFA, ont été financés par le Fonds spécial routier du Burkina (FSR-B). Trois semaines après leur mise en service, une équipe de La Nation en marche s’est rendue sur les 2 premiers postes pour constater de visu les nouvelles conditions de travail, recueillir les avis des usagers, connaître les difficultés sur le terrain. Et savoir les mesures palliatives envisagées. Focus sur les postes de péage de Boudtenga et de Tintilou.
Il était 10h quand nous arrivions sur le site du péage moderne de Boudtenga. Situé à l’entrée Est de la capitale Ouagadougou sur la Route nationale n°4 (RN4), l’infrastructure impressionne par son architecture moderne et sa technologie. Après les formalités administratives et sécuritaires, place à la visite du site. Dans les guérites, le préposé délivre un ticket de péage aux usagers après deux étapes : recevoir l’agent, enregistrer le paiement en fonction de la catégorie du véhicule assujetti, et la barrière s’ouvre automatiquement.
Pour Karim Soré, préposé sur place, l’amélioration des conditions de travail est indéniable : «C’est une immense joie d’évoluer désormais dans ce cadre modernisé. Le trafic est plus fluide et le temps d’attente a considérablement diminué : moins d’une minute en moyenne. Les usagers eux-mêmes nous font part de leur satisfaction. C’est une véritable fierté». Soumaïla Valéa, également préposé, partage cet avis : «Il y a une nette amélioration par rapport à l’ancien système. Le cadre est plus agréable. Les interactions avec les usagers sont généralement cordiales». Un autre préposé, Boubacar Alira, estime que la nouvelle organisation facilite considérablement le travail, saluant les nouveaux outils de travail mis à leur disposition.

Même constat au poste de péage moderne de Tintilou : le trafic y est très fluide. Plus d’interminables files d’attente et moins d’agressions des usagers. En avant garde des principaux guichets, trois agents péagistes : Modeste Sanogo, Albert Kabré et Karim Kiebré vêtus de gilets jaunes, orientent les usagers dans la courtoisie. Pour un début de fonctionnement des postes de péage modernes, il ne manquait plus que cet exercice de sensibilisation des usagers. «Actuellement, du fait de la sensibilisation, nous travaillons un peu plus qu’avant pour le moment », nous confie Karim Kiebré.
Un point reste tout de même préoccupant dans les 2 postes de péage : la lancinante question de la monnaie. « Pour un ticket coûtant 200 francs, certains usagers tendent un billet de 5 000 ou 10 000 francs. Cela complique notre tâche, même si nous disposons de monnaie en caisse », déplore Karim Soré à Boudtenga. Idéalement, dit-il, chaque usager devrait se présenter avec le montant exact à payer. « Cela faciliterait grandement le travail et éviterait les files d’attente », a-t-il conclu. Concernant cette préoccupation, tout en invitant les usagers à préparer la monnaie avant d’arriver au péage, M. Valéa soutient que «Le manque de monnaie ralentit parfois le service».

C’était la même réalité à Tintilou lors de notre passage sur les lieux. Indiquant la voie aux usagers, Albert Kabré lance : «Préparez la monnaie s’il vous plaît ». L’usager lui hoche la tête en guise de compréhension avant de demander au chef d’équipe, Barthélémy Bouda : «Y-a-t-il abonnement ?» « Non ! Payez deux cents francs et au retour, vous payez encore la même somme ! Si vous veniez à rencontrer un autre poste de péage, payez à nouveau ! », lui répond-on avec un sourire qui fait éclater de rire l’usager en partance pour Bobo Dioulasso. Certains usagers, tout en s’approchant de plus près de la petite fenêtre vitrée du chef d’équipe Bouda, interpellent sur l’urgence de sensibiliser tous les usagers sur la nécessité de la préparation de la monnaie.
«Je suis fier de voir que le Burkina se dote aussi de telles infrastructures. Je souhaite qu’on en construise davantage»
Fait notable, certains usagers jugent le tarif de 200 F CFA « trop bas », estimant qu’un prix plus élevé aurait permis d’éviter les problèmes de monnaie. « Il arrive que des conducteurs de véhicules légers s’étonnent du tarif appliqué », nous témoigne M. Valéa à Boudtenga. Séance tenante, un conducteur de véhicule léger se pointe, tendant un billet de 1 000 francs. «C’est 200 francs monsieur. Avez-vous la monnaie pour nous, s’il vous plaît ?», lance l’agent péagiste M. Alira. « Euh! Je m’attendais à payer plus», répond l’usager, visiblement surpris.
La plupart des usagers sont partagés entre satisfaction et recommandation. Conducteur de citerne en route pour Cotonou, Ousseni Sawadogo que nous avons rencontré à Boudtenga, salue les efforts des autorités : «Avant, le péage était étroit et les embouteillages fréquents. Aujourd’hui, c’est le jour et la nuit. J’encourage le gouvernement à poursuivre sur cette lancée». Pour cet usager, c’est plus qu’une fierté de voir de telles infrastructures ultra-modernes chez soi. Même son de cloche chez Hamidou Ouédraogo, camionneur se rendant à Lomé. «J’avais souvent le cœur serré en voyant les péages modernes dans d’autres pays. Maintenant, je suis fier de voir que le Burkina se dote aussi de telles infrastructures. Je souhaite qu’on en construise davantage», lance-t-il, ajoutant que cette infrastructure vient soulager les conducteurs. Quant à Seydou Compaoré, conducteur d’un véhicule léger, il se dit plutôt étonné du tarif appliqué aux véhicules poids légers, notamment 200F. « Je m’attendais à plus. Ce serait pertinent d’introduire des moyens de paiement numérique, comme le mobile money, pour éviter les problèmes de monnaie », suggère-t-il.

Du côté de Tintilou, les usagers ne disent pas autre chose. Ainsi, Hamado Ganamé, usager en destination de Sabou, considère que la réalisation des nouveaux postes de péage constitue une innovation majeure et une opportunité à saluer. Même sentiment chez le chauffeur Zakaria Ilboudo en partance pour la ville de Bobo Dioulasso : «C’est propre. Je suis très content ». Chauffeur d’un camion d’une société de construction métallique, Ousmane Dao vante plus la fluidité du trafic routier.
Les responsables des 2 postes de péage ne tarissent pas aussi d’éloges sur les nouvelles infrastructures. Cheffe de poste du péage de Tintilou, Mariatou Lamizana/Compaoré fait savoir que les conditions de travail se sont nettement allégées. «C’est la machine qui fait le travail», lâche-t-elle, ajoutant que le mode de tarification a changé et est fonction du nombre d’essieux pour les véhicules poids lourds. Selon ses explications, dès que les véhicules s’approchent du guichet, les capteurs transmettent à l’écran du caissier tout comme à celui de l’usager, le nombre d’essieux ainsi que le prix correspondant. « Il n’y a plus cette histoire de se tirailler. Désormais, tout le monde connaît le prix et sait que tant qu’on ne paie pas, la barrière ne s’ouvre pas », assure-t-elle. Pour Rasmata Zoungrana, cheffe de poste du péage de Boudtenga, la digitalisation du système marque une avancée majeure. Grâce aux nouveaux outils de travail, finies les quittances manuelles ! «Tout est informatisé. Le ticket ne sort qu’après paiement et la barrière ne s’ouvre que si la transaction est validée. Le processus est plus sécurisé et plus rapide », se réjouit-elle. En plus, Mme Zoungrana supervise l’ensemble des opérations depuis son bureau, grâce aux caméras de surveillance. A l’en croire, cette modernisation est un véritable gain en termes de contrôle et de transparence. Cependant, si elle réitère les défis de monnaie persistants, elle évoque également des cas d’incivilité avec certains usagers irréductibles, obligeant à faire intervenir la sécurité. Elle explique qu’un automobiliste ayant coupé un ticket aller-retour sur le tronçon Ouaga-Ziniaré, a voulu entrer à Ouagadougou par la RN4. «Or, le nouveau système n’admet plus de ticket payé à l’avance qu’il faut présenter pour passer. Il faut donc forcément payer à nouveau ou aller passer par le tronçon concerné par le ticket qu’il détenait », a détaillé Rasmata Zoungrana. Et face au refus catégorique de l’automobiliste de payer les 200 francs nécessaires pour passer, la circulation a été bloquée momentanément. «C’est finalement un autre usager qui a payé les 200 francs au nom de l’intéressé, parce qu’à cause de ce dernier, la file d’attente s’était allongée », indique la cheffe de poste, qualifiant de « sabotage » de la part de quelques brebis galeuses qui refusent de se plier aux règles établies.

Suite aux différentes préoccupations soulevées et suggestions formulées, nous avons échangé avec le Directeur général (DG) du Fonds spécial routier du Burkina (FSR-B), Théodore Ouédraogo. Interrogé sur le sujet de l’abonnement, objet d’une question posée par l’un des usagers à Tintilou, le premier responsable du FSR-B laisse entendre que l’abonnement demeure possible, les cartes étant disponibles. Toutefois, relève-t-il, «Le souci est qu’à l’heure actuelle, si l’usager opte pour l’abonnement, c’est pour un poste de péage bien déterminé. Alors, si on prend par exemple l’abonnement pour le poste de péage de Boudtenga, il n’est valable que pour ce poste ». Selon lui, l’idéal est de faire en sorte que « même si l’usager prend l’abonnement depuis Fada, que cela puisse le servir même s’il se retrouve à Bobo Dioulasso ; puisqu’il s’agit de crédit qu’on charge sur la carte d’abonnement ». D’où, selon lui, cette innovation qui est en cours d’opérationnalisation pour corriger les insuffisances de l’ancien système d’abonnement valable pour un seul axe : «Nous sommes en train de mettre en place un dispositif complémentaire pour permettre à tout usager qui prend la carte d’abonnement, de passer dans n’importe quel poste de péage moderne avec la même carte».
«Nous sommes en train de concevoir des modules complémentaires pour rendre opérationnel le paiement mobile»
Concernant la proposition faite de recourir au paiement mobile pour pallier la question de la monnaie, DG Ouédraogo a laissé entendre que son service est déjà engagé dans cette dynamique. Il a noté que hormis l’aspect paiement, il y a aussi l’aspect facturation à prendre en compte. « Nous sommes en train de concevoir des modules complémentaires pour rendre opérationnel le paiement mobile », a-t-il assuré. Avant de préciser : « Si l’usager le désire, il pourra ainsi payer son ticket depuis son domicile avant de démarrer. Dès que l’usager prend la route et arrive au niveau de la guérite, il y a un lecteur (une caméra) qui lit la plaque d’immatriculation. Puis, le message du paiement mobile effectué est envoyé systématiquement au niveau du système qui, après lecture de la plaque d’immatriculation du véhicule, fait lever la barrière pour permettre à l’usager de passer». Quant à la campagne de sensibilisation suggérée, la question est prise en compte par le FSR-B et son lancement est prévu pour bientôt, selon M. Ouédraogo. «Nous avons rencontré les acteurs de la faîtière des transporteurs routiers. Nous envisageons d’instituer un cadre de concertation avec eux afin de sensibiliser convenablement les acteurs sur la nécessité de disponibiliser la monnaie avant d’arriver au péage», a-t-il précisé.

Enfin, si les usagers apprécient la réalisation des postes de péage modernes et recommandent d’en construire davantage, le DG du FSR-B déclare que cette recommandation entre en droite ligne de la vision des plus hautes autorités du pays. Pour preuves, a-t-il souligné, des travaux de semi modernisation des 4 postes de péage de Boromo, Ziniaré, Tenkodogo et de Bindé ont été engagés et sont en cours de réalisation. Il a poursuivi en révélant que la modernisation et la semi-modernisation d’autres postes de péage sont prévues par les autorités.
Achille ZIGANI, Léon YOUGBARE et Adama KABORE
Publireportage publié dans la parution du 15 août au 14 septembre 2025

