Dans un contexte où le terrorisme sévit depuis plus d’une décennie au Sahel, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) semble finalement sortir de son inertie et décider à prendre des mesures tangibles pour soutenir dans la lutte antiterroriste, les États affectés par le phénomène, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger. En effet, la CEDEAO a décidé d’apporter un soutien de 1,9 million de dollars US à chacun desdits pays membres de l’AES (Alliance des Etats du Sahel). L’annonce en a été faite, le 30 novembre 2023, par le président de la commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, alors qu’il présentait le rapport général sur l’organisation régionale, aux parlementaires de l’institution sous-régionale. À en croire ce dernier, le Burkina Faso recevra 1 million de dollars supplémentaires à cause du nombre plus élevé de ses déplacés internes. Mieux vaut tard que jamais ! Est-on en droit de s’exclamer quand on imagine le temps mis par l’institution pour se décider à accompagner véritablement les pays membres de l’organisation à sortir du bourbier terroriste.
Même si l’institution avait déjà ouvert la brèche des réflexions et soutiens pour une sortie de crise sécuritaire au Sahel en adoptant à sa 56e session ordinaire tenue le 21 décembre 2019 à Abuja au Nigeria, le plan d’actions prioritaires 2020-2024, force est de reconnaître que la CEDEAO a trainé les pas avant de dépoussiérer la question lors d’une autre session tenue le 4 décembre 2022 à Abuja où les chefs d’Etat se sont engagés à nouveau « à verser de toute urgence leurs contributions de un milliard de dollars au fonds régional de lutte contre le terrorisme créé à cet effet ». Pendant ce temps, les populations des pays affectés par le terrorisme continuaient de souffrir le martyr.
La CEDEAO a fait preuve de manque de volonté
A contrario, suite au coup d’Etat intervenu le 26 juillet 2023 au Niger contre le président Bazoum, quand il s’est agi d’activer la force militaire en attente de l’institution contre les autorités putschistes pour rétablir Bazoum dans ses fonctions de président, la CEDEAO a réussi l’exploit maladroit de mobiliser en un temps record les ressources financières nécessaires à l’activation et au déploiement des soldats de ladite force. Ce, avant de faire profil bas devant la désapprobation générale de l’opinion tant nationale qu’internationale de cette initiative. C’est pourquoi nous sommes fondé à croire que sur la question du soutien financier à apporter dans la lutte antiterroriste, la CEDEAO a fait preuve de manque de volonté politique et que son présent acte de solidarité s’inscrit dans une logique de se donner bonne conscience. Cela est d’autant plus plausible qu’elle sait qu’elle sera jugée par l’histoire. Aussi, son action est annoncée au moment où les Etats bénéficiaires de son soutien sont résolument engagés dans une dynamique de mutualisation des forces à travers l’AES, capitalisent des soutiens populaires marqués par une mobilisation endogène des ressources financières et engrangent de façon concertée, des victoires sur les théâtres d’opérations. Mieux vaut donc avoir, lors du festin d’après-victoire des Etats d l’AES, son nom cité parmi les acteurs qui ont participé à l’exploit que d’être dans la liste des spectateurs ! Et la CEDEAO voudrait éviter ce scénario qu’elle ne s’y prendrait autrement à un moment où sa crédibilité continue de fondre comme du beurre dans l’opinion africaine. En somme, l’acte de la CEDAO contribue à redorer peu son blason largement terni en Afrique.
Ousséni OUEDRAOGO
Article paru dans le journal La Nation en marche du 16 janvier 2024

