Le 11 juillet 2024, le président du Faso, Ibrahim Traoré, a rencontré à Ouagadougou au palais des sports, les forces vives de la nation. A l’occasion et comme en mi-février 2024 au même lieu, le président Traoré qui n’a pas fait dans la dentelle pour donner libre cours à ses sentiments, a livré un discours d’une heure 20 mns qui fera date. En termes d’analyse, on peut dire que le discours s’est essentiellement articulé autour de 3 points : sensibilisation du public, communication sur les actions en cours ou envisagées par le gouvernement et diatribes à l’encontre des détracteurs de celui-ci. (Lire page 11, l’article-synthèse de l’allocution du président Traoré).A

Après avoir prêché dans la pédagogie pour sensibiliser le public sur les politiques hégémoniques des puissances dites impérialistes qui créent et soutiennent le terrorisme pour enfoncer dans les abysses certains pays, il a déploré que des nationaux notamment des intellectuels puissent accepter de se laisser embarquer par ces puissances dans ce projet funeste contre leur pays. «Vous pouvez ne pas m’aimer, mais vous devez aimer votre pays », a-t-il déclaré d’ailleurs. Puis, il a passé en revue les projets sportif, agricole, commercial, énergétique, éducatif, etc., de son gouvernement pour un réel développement. Ce, sous les vivats du public. Enfin, en faisant entorse aux règles diplomatiques, il s’est livré à des accusations contre la Côte d’Ivoire et le Bénin de vouloir déstabiliser son pays. Si la réaction des autorités béninoises ne s’est pas fait attendre, celle d’Abibjan ne s’est point manifestée ce, pour la énième fois.

A y regarder de près, il n’y a rien de nouveau à décortiquer dans le message du président qui renouvelle sa volonté à réaffirmer la souveraineté de son pays, à œuvrer de sorte à faire sortir celui-ci de l’ornière en termes de développement, son style farci de diatribes, son inclination pour une justice sociale marquée par une prospérité partagée qui passe nécessairement par la lutte contre la corruption. C’est dire si le président a opté de communiquer de façon emphatique afin d’effectuer en permanence une mise à jour des informations à distiller aux masses populaires ; véritables sentinelles de la république pour une assurance-vie du régime. « Si quelqu’un continue dans cette logique, à chaque instant, nous serons devant le peuple pour lui expliquer pourquoi nous avons violé telle décision de justice », lance le président aux magistrats. Sans être Prothée, cet avertissement semble préfigurer l’institution désormais d’une tradition qui consistera à convoquer régulièrement, au besoin, le peuple pour lui mettre au parfum de certaines décisions prises par le régime ou des stratagèmes de l’ennemi. Les Anglais ne disent-ils pas d’ailleurs qu’ « Information is the power » ? Le message est alors on ne peut plus clair : le régime a opté de communiquer intensément. Les signaux avaient d’ailleurs été donnés en mi-février au même palais des sports où le capitaine-président avait martelé que « Lorsqu’on ne parle pas, c’est la manipulation qui prend le terrain. Le père de la révolution (Sankara) communiquait beaucoup ».

Mais, il n’y a pas que le projet de communication intensive que l’on décèle de l’allocution présidentielle ; il y a surtout l’affirmation du choix assumé pour une politique empreinte d’une démarche iconoclaste. Procède de cette démarche littéralement sankariste, l’annonce de rejeter la « diplomatie mensongère » ou d’hypocrisie pour « une diplomatie de vérité » qui consiste à dire les choses de façon crue ; quitte à hérisser le destinataire du message avec cette manière peu protocolaire qui a été la marque de fabrique de Sankara. C’est ainsi que les dirigeants ivoiriens et béninois se sont vus publiquement accuser de manœuvrer contre la transition burkinabè. Cette adresse du président Traoré achève de convaincre qu’il a décidé de mimer Sankara sur toute la ligne diplomatique.

Il y a une grande similitude entre les allocutions de mi-février et du 11 juillet au palais des sports

Mais le président Traoré avait-il la possibilité de s’y prendre autrement ? L’on peut, au risque de se tromper, affirmer que cette démarche s’impose même par la ligne de conduite politique adoptée qui a froissé les relations entre le pays et bon nombre de pays non des moindres et qui n’hésiteront pas à se venger le cas échéant de manière directe ou indirecte. Et le capitaine-président le sait mieux que quiconque ; lui dont le régime a déjà traversé des rivières kafkaïennes, notamment des coups d’Etat déjoués. Il urge alors dans ce contexte, de tenir le peuple en permanence informé de tout projet contrariant la nouvelle marche de la nation avec comme dividendes à engranger, l’espoir que le peuple mis au parfum de tout saura défendre lui-même « son régime » le cas échéant. De quoi booster la veille citoyenne.

Comme quoi, toute communication poursuit un but et n’est jamais anodine. Enfin, il y a lieu de relever qu’il y a une grande similitude entre les allocutions du président de mi-février et du 11 juillet au palais des sports : pédagogie pétrie de révélations fracassantes et diatribes auront été les dénominateurs communs, avec toujours un palais incandescent. C’est donc du remake avec un discours au contenu constant. Ce qui nous fait croire que dans cette perspective mal dissimulée d’instituer une communication permanente avec le peuple à travers une rencontre, le palais des sports sera toujours le réceptacle de cette tradition en vue ; l’infrastructure offrant d’ailleurs des commodités adaptées. C’est tout bénef…

La Rédaction

Éditorial publié dans la parution du 15 juillet 2024 du journal La Nation en marche qui paraît chaque 15 du mois 

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