C’est devenu une tradition non écrite au Burkina Faso depuis l’avènement du terrorisme en 2015. Chaque région, province ou commune touchée par la vermine terroriste s’organise à l’échelle communautaire pour pallier la situation sécuritaire préoccupante. C’est dans cette dynamique que du 4 au 6 juillet 2025, les forces vives de la province de la Tapoa ont tenu à Ouagadougou, un forum sur la province dénommé « O taapua diema hamu po » (Pour le bien-être de la province de la Tapoa) avec comme thème, « Valeurs et potentialités de la Tapoa, comme socle de cohésion sociale et de développement durable dans un contexte de crises sécuritaire et humanitaire ». Au menu des 72 heures, des panels ayant porté sur ces thématiques : « La province de la Tapoa dans le contexte sécuritaire et humanitaire actuel au Burkina Faso : état des lieux et analyse », « Préservation et valorisation des ressources naturelles comme levier pour un développement inclusif et durable », « Contribution des fils et filles de la Tapoa pour une sécurisation durable et une cohésion sociale parfaite entre communautés : posture et action à entreprendre ». A cela s’ajoutent des expositions, des prestations culturelles et une collecte de fonds au profit des personnes déplacées internes qui vivent dans la précarité.
Comme on peut le constater, l’initiative qui a mobilisé plus de 400 personnes, est fort louable de par la noblesse de ses finalités ; lesquelles visent à permettre à la province de recouvrer la sécurité et partant, de relancer la vie économique très éprouvée dans les 8 communes composant la Tapoa avant le dernier découpage administratif. Déjà, dans notre parution de janvier 2024, nous faisions l’état des lieux peu reluisant de la situation dans ladite province. « Beaucoup de travaux routiers ont été suspendus depuis longtemps : Kantchari-Botou, Diapaga-Namounou, Namounou-Logobou et Kantchari-frontière du Niger. Sans oublier la destruction d’ouvrages de franchissement (ponts) et la résiliation du contrat de bitumage du tronçon Diapaga-Tansarga-frontière du Bénin sous le régime Kaboré », avions-nous écrit en ce qui concerne le secteur routier. Sans oublier le coût élevé des denrées de première nécessité et la pénurie de certaines d’entre elles, le ravitaillement en vivres jugé irrégulier par la population, l’irrespect par les commerçants des prix des denrées convenus, la situation des élèves n’ayant pas pu participer aux concours de la fonction publique, le drame de Partiaga, etc.
Cet état des lieux avait été fait dans un contexte marqué par l’enregistrement de victoires antiterroristes sur le terrain (neutralisation de terroristes, ravitaillement en vivres, etc.) et la décision du gouvernement d’allouer 40% du budget 2024 du ministère des Infrastructures et du désenclavement à la région de l’Est dont dépend la Tapoa. « Les filles et fils de la région sont donc interpellés à s’impliquer davantage dans la bataille antiterroriste pour accompagner la volonté gouvernementale d’en finir avec l’hydre », avions-nous conclu à l’époque, en guise d’appel lancé à l’endroit des populations concernées. C’est dire si le jeu de l’initiative du forum portée aujourd’hui par les forces vives de la Tapoa en vaut réellement la chandelle, d’autant plus qu’elle permet à chaque participant de vider son sac et d’envisager de façon sincère les perspectives qui s’imposent.
Les ressortissants de la Tapoa savent aller au-delà des marches-meetings et lettre ouverte
Si le forum est la première du genre, il n’occulte en rien les efforts déjà fournis par les concernés qui, courant 2024, ont volé au secours des personnes déplacées et des forces combattantes, à travers vivres, carburant et matériels de combat d’une valeur de près de 24 millions de F CFA mobilisés avec la contribution de la diaspora. Ces gestes achèvent de convaincre que les ressortissants de la Tapoa savent aller au-delà des marches-meetings de mars et d’octobre 2023, et lettre ouverte de novembre 2023 faites pour interpeller les plus hautes autorités du pays dans leurs responsabilités à garantir la sécurité des populations. Somme toute, un changement de fusil d’épaule face à une problématique nationale dont la résolution dépasse la compétence des seuls pouvoirs publics.
Quoi qu’il en soit, il reste à espérer que les propositions de solutions à sortir des entrailles du forum contribuent efficacement au retour de la sécurité devenu la véritable arlésienne nationale depuis 10 ans. Il importe surtout d’éviter qu’elles ne fassent flop à l’instar de la poudre de perlimpinpin qu’a constitué finalement l’engagement en 2021 des jeunes de la province qui, réunis à Ouaga en conférence de presse en qualité de « nouveaux soldats engagés pour la Tapoa », s’étaient engagés à aller au charbon contre la bête immonde pour pacifier la localité à travers la stratégie suivante : « Nous nous engageons dans cette guerre. Cette fois-ci, non pas derrière les FDS, mais devant les FDS. (…) Nous avons infiltré le camp de l’ennemi. Nous savons où ils sont, nous savons où ils ont construit leur forage. Maintenant, nous allons les affronter ».
Après les effets probants et le flop de l’opération Otapuanu de 2019 dont le service après-vente n’avait pas été assuré, les forces vives de la Tapoa, qui ont bénéficié de la création d’un bataillon d’intervention rapide en janvier 2025, devront mettre un point d’honneur à tirer les leçons du passé et assurer le suivi de la mise en œuvre des propositions de solutions faites par le forum. On croise les doigts…
Adama KABORÉ
Article publié dans la parution du 15 juillet au 14 août du journal La Nation en marche

