Le pont de Poa dans la commune de Kyon, avant et maintenant

Autrefois appelé fonds d’entretien routier avec des missions exclusivement dédiées au financement de l’entretien routier, le Fonds spécial routier du Burkina (FSR-B) a vu ses missions étendues depuis 2016. Depuis lors, le financement de la construction et du bitumage des routes fait partie de ses missions. Dans le cadre des missions du FSR-B, de nombreuses infrastructures de transport ont été réalisées à travers le territoire national. Zoom sur des réalisations emblématiques faites grâce au financement FSR-B depuis la réforme de 2016; lesquelles ont un énorme impact socioéconomique sur la vie des populations.

2016 aura été le tournant. Selon les confidences du directeur technique du FSR-B, Victor Modeste Yanogo, cette année marque le passage du fonds d’entretien routier, d’un fonds de 1ere génération à celui de 2e génération. « D’où l’appellation fonds spécial routier du Burkina avec des missions élargies qui permettent de financer l’entretien des routes, la construction des routes et des voiries. Ça a permis à ce que le fonds puisse se doter d’outils de lever de fonds, notamment 100 milliards de F CFA levés en 1018. Sans oublier 200 milliards de F CFA en 2021 à travers des prêts auprès des pools bancaires et adossés à la Taxe sur les produits pétroliers (TPP) », nous révèle-t-il. Dans le sillage de la réforme en 2016, les besoins en désenclavement des axes routiers en attente de satisfaction sont énormes. Parmi eux, la réhabilitation du pont de la Sirba dans la commune de Piéla, province de la Gnagna. Vu l’état de dégradation de l’ouvrage, il y a urgence : une soixantaine de personnes y sont déjà mortes et les échanges économiques entre Bogandé (chef-lieu de la province) et les communes de Piéla, Bilanga, Fada, Pouytenga et autres sont presque rompus.

La réhabilitation du pont de la Sirba a « éteint » les larmes dans la Gnagna

C’est dans ce contexte que par le truchement du fonds spécial routier du Burkina, 2 milliards 40 millions de francs CFA sont mobilisés pour entretenir l’ouvrage de franchissement, long de 309 mètres et large de 10 mètres. Pont le plus long du Burkina, ce sont des frisons lors de son inauguration intervenue, le 25 septembre 2018. « Hier, nous avons souffert ; nous avons pleuré face à des eaux déferlantes qui avaient fini par nous imposer une tragédie. Je me rappelle encore comme si c’était hier. Je me souviens de cette journée du dimanche 25 juillet 2010, lorsque 13 personnes dont l’embarcation emportée par les eaux, mouraient sous le regard impuissant de tous ceux qui voulaient entreprendre la traversée », témoignait le maire de Piéla d’alors, Hahadou Nadinga. Pour l’actuel Président de la délégation spéciale (PDS) de la commune de Piéla, Boureima Taram, l’importance de l’ouvrage se passe de commentaire. « L’ouvrage est tellement si important que nous mettions les bouchées doubles à assurer bientôt sa protection », affirme-t-il. Avant d’ajouter que l’infrastructure « permet aux commerçants de Bogandé, de Liptoukou et des villages environnants de rallier facilement Pouytenga avec leur bétail à écouler ». Sans oublier des transporteurs en provenance du Niger en direction de diverses localités du Burkina.

Le PDS de Kyon, Harouna Zongo

Cerise sur le gâteau, le FSR-B ne s’est pas limité à faire renaître ce pont de la mort. La construction et le bitumage en cours – de façon timide du fait de l’insécurité – de la route nationale 18, Fada-Bogandé, passant par Piéla et Bilanga et sur le pont de la Sirba, sont aussi le fruit du financement FSR-B, à hauteur de 20 milliards 999 millions de F CFA et entrant en droite ligne de la réforme de 2016.

Toujours dans la Gnagna, un autre torrent de larmes des populations auquel le FSR-B a mis fin, concerne l’emblématique pont de la commune de Coalla, long de 215 mètres et haut de 4 mètres. Débutés en 2019, les travaux d’entretien de celui-ci prendront fin en 2020 grâce à un milliard 280 millions de F CFA mobilisés par le fonds routier. De l’avis des acteurs du projet, c’est une grosse épine enlevée des pieds des usagers. « On assistait à des pertes en vies humaines sur ce pont. Pendant la saison pluvieuse, le bétail était emporté. Le sac de riz de 50 kg qu’on vendait à 19 000F dans la commune de Manni, il fallait débourser entre 35 000 et 40 000F pour se le procurer à Coalla. La raison est que la traversée du pont était si périlleuse qu’il fallait recourir aux piroguiers dont le service se facturait à 5 000F », apprend-on des sources locales. Contacté au téléphone, le responsable des marchés à la mairie de Coalla, Larba Diawari, ne dit pas autre chose quand il nous confie qu’« avant la réhabilitation de l’ouvrage, un prêtre de retour de Manni a péri sur le pont » et qu’il fallait se livrer à un parcours du combattant en cas d’évacuation sanitaire.

Le Directeur régional des Infrastructures du Sud-Ouest, Koumbatian Somé

Il n’y a pas que dans la Gnagna que le financement FSR-B a permis de mettre fin à l’angoisse des usagers

Mais il n’y a pas que dans la Gnagna que le financement FSR-B a permis de mettre fin à l’angoisse des usagers. L’histoire du pont de Poa dans la commune de Kyon, province du Sanguié, est quasi similaire à celle des ouvrages réalisés à Sirba et Coalla, sauf qu’à Poa, nous sommes en présence d’un pont de fortune de 200 mètres réalisé en bois par la population locale depuis 1969 pour rallier la commune de Kyon. Difficultés d’évacuation sanitaire et d’écoulement des céréales d’un village (Poa) réputé grenier en la matière, etc., étaient le lot du quotidien difficile des usagers. Là encore, il a fallu au ministère des Infrastructures de recourir au fonds spécial routier du Burkina à travers une enveloppe de 893 619 882 F CFA pour la réalisation d’un pont moderne afin de sortir la population du ruisseau. Finis donc désormais depuis fin 2020, l’angoisse dans l’emprunt de l’ancien pont où une femme est morte emportée par les eaux en 2015, les 2 000F à débourser en aller-retour en se faisant aider par les passeurs dans la traversée du pont, le détour de 70 km à observer pour rallier Kyon en cas d’évacuation sanitaire contre 15 km en passant par le pont de fortune, etc. Joint au téléphone, le PDS de Kyon, Harouna Zongo, corrobore cette réalité et se souvient qu’un enfant mordu par un serpent a dû rendre l’âme au regard du temps mis pour son évacuation qui a échoué en voulant passer à moto, le pont de fortune où l’enfant et son accompagnateur sont tombés. Il fallut donc faire un détour et croiser une ambulance appelée à la rescousse. « Malheureusement, c’était tard et l’enfant est mort », déplore le PDS Zongo qui salue la réalisation de l’ouvrage moderne. « Sur le plan socioéconomique, l’ouvrage facilite l’écoulement des légumes cultivés à Poa et dans les villages voisins. Sans oublier le bétail avec l’élevage développé dans la zone », se satisfait le PDS Zongo qui souligne de passage que le pont moderne est venu aussi juguler l’insécurité dans les localités concernées qui étaient difficiles d’accès rapide par les forces de sécurité. « Ce qui profitait aux bandits armés et autres », conclut-il.

« On ne pouvait pas rêver mieux à Karpala», affirme l’usager Roch Tapsoba

A Ouagadougou (Gounghin, Zogona, etc.) et Bobo Dioulasso (avenue de l’insurrection populaire), à travers les voiries, c’est aussi la fin du calvaire par endroits routiers grâce à l’action du FSR-B. Ce mardi 29 octobre 2024, nous sillonnons quelques rues du quartier Karpala de Ouagadougou bitumées grâce en partie au financement FSR-B et où 10,6 km ont fait l’objet de travaux de resurfaçage, de construction et de bitumage, selon la direction générale de l’entretien routier. Du prolongement de la rue Inoussa Sankara en passant par les rues 30.660 et 30.986 jouxtant le lycée Thomas Sankara et menant au tribunal de grande instance Ouaga 2, les usagers glissent allègrement sur des chaussées revêtues de bitume. De part et d’autre des voies bitumées en 2020 et 2021, ont poussé d’énormes lieux de commerce suite aux travaux de bitumage. Témoin des travaux réalisés dans ce quartier autrefois appelé « usine de fond de teint », au regard de la nappe poussiéreuse que ses routes dégageaient, Roch Tapsoba y est propriétaire d’une quincaillerie. « Avant, il ne se passait pas quelques jours sans qu’on n’apprenne des actes de cambriolage de lieux de commerce dans le quartier. Maintenant, avec le bitumage des routes suivi de l’éclairage public, il y a en permanence une présence humaine qui dissuade les bandits », confie-t-il. Avant de renchérir : « Avant, tu ne pouvais pas t’habiller venir au travail et repartir à la maison avec les mêmes vêtements toujours propres ce, du fait de la poussière. Du coup, les maladies liées à la poussière se trouvent réduites ».

« Batié est une zone de forte production en tubercules. Faute de route pour leur écoulement à Gaoua, ces tubercules pourrissaient parfois »

A l’intérieur du pays, les mêmes actions ont été menées par le FSR-B. Ainsi, la réhabilitation, la construction et le bitumage des tronçons Sapaga-Pouytenga-Kalwartenga, Zorgho-Méguet sont aussi à mettre à l’actif de la structure, selon la direction générale des infrastructures de transport. Tout comme les travaux de resurfaçage du tronçon Gourcy-Ouahigouya ou ceux de renforcement-construction du tronçon Gounghin-Fada.

La réalisation de voiries au quartier Karpala de Ouagadougou a littéralement transformé le visage du quartier

A l’inverse, les tronçons Bobo-Moami, Pâ-Dano-Diébougou, Dandé-Kourouma, Gaoua-Batié, Kalwartenga-Boulsa, des voiries à Ouagadougou (Nagrin, Bassinko, Tampouy, etc.) et Bobo Dioulasso (voie d’accès au CMA de Dafra, etc.), etc., sont en cours de construction et de bitumage grâce au bras financier du ministère des Infrastructures que constitue le FSR-B. Nous nous sommes appesanti sur le cas de la RN11, tronçon Gaoua-Batié d’un linéaire de 68,5 km, pour découvrir davantage les retombées positives de ce projet d’un coût de 19 095 978 955 F CFA. Pour ce faire, nous avons contacté les autorités locales. Selon le directeur régional des Infrastructures du Sud-Ouest, Koumbatian Somé, « la forte délégation venue de Batié à Gaoua lors du lancement des travaux routiers, le 27 avril 2023, témoigne à elle seule l’intérêt » pour ce projet routier longtemps attendu. « Batié est une zone de forte production en tubercules. Faute de route pour leur écoulement à Gaoua, ces tubercules pourrissaient parfois ; exception faite de quelques rares camions qui arrivaient à ramener souvent ces tubercules à Gaoua », révèle-t-il. Comme parade, « les populations de Batié n’hésitaient pas souvent à emprunter une pirogue pour traverser le fleuve et rallier le Ghana d’où elles se ravitaillaient en biens précieux qu’elles auraient pu s’adjuger à Gaoua », renchérit le PDS de Batié, Issouf Sori. Selon M. Somé, au terme du projet, les évacuations sanitaires de Batié à Gaoua jadis difficiles seront désormais un lointain souvenir avec « une route donnant accès à 2 frontières (celle avec la Côte d’Ivoire et le Ghana) et où le fret est très important ».

Le pont de Poa dans la commune de Kyon, avant et maintenant

Enfin, à noter que la structure a participé à la réalisation en cours du programme de 5 000 km de pistes rurales en 5 ans ; programme dont la 1ere phase portant sur 1 000 km a été lancée vers fin 2017. C’est dans ce cadre, nous assure-t-on à la direction générale des pistes rurales, que le FSR-B a financé à 2 reprises, l’aménagement de 200 km de pistes rurales dans 4 et 5 régions du pays. Sans oublier 478 km dans 10 régions et 53 km de pistes dans la commune de Siglé, dans la province du Boulkiemdé. A cela s’ajoute le financement d’études techniques de 1 000 km de pistes rurales à 2 reprises (soit 2 000 km) ; lesquelles études sont en cours. De façon unanime, les usagers rencontrés et contactés apprécient les actions de désenclavement du pays menées par le ministère des Infrastructures à travers le financement FSR-B ; lesquelles bonifient le quotidien des Burkinabè. N’eût été l’insécurité dans certaines localités où des travaux routiers (Tougan-Lanfiéra-N’Di, Solenzo-Koundougou, etc.) financés par le FSR-B sont suspendus, ces actions auraient été plus éclatantes à travers ces 2 sources de mobilisation des ressources du FSR-B : les taxes de péage et celle sur les produits pétroliers.

Adama KABORE

Article publié dans la parution du 15 novembre 2024 du journal La Nation en marche 

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