Fonds de soutien patriotique : Les Burkinabè prennent fait et cause pour la cause nationale

Placée sous la présidence du Premier ministre, Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambèla, la première session de l’année 2024 du conseil d’orientation du Fonds de soutien patriotique (FSP) s’est tenue le 26 mars à Ouagadougou. Au cours de cette rencontre, le bilan de mise en œuvre du FSP en 2023 a été dressé et révèle une mobilisation des ressources dépassant les prévisions. De façon chiffrée, sur une prévision de 80 milliards de F CFA, c’est 99 milliards et 39 millions de franc CFA qui ont été mobilisés au titre de l’année 2023, soit un taux de mobilisation de 123,80% sur une durée de moins de 12 mois ; l’initiative du fonds ayant été lancée en fin janvier de ladite année pour soutenir les efforts des forces combattantes sur les théâtres des opérations. L’occasion faisant le larron, le Premier ministre a profité révéler la somme mobilisée par les concitoyens pour le compte des 2 premiers mois et demi de l’année 2024. Sur ce point, le bilan établi par le Premier ministre fait ressortir la somme de 31 milliards et 2 millions de francs CFA mobilisés par les Burkinabè, soit un taux de 31% sur une prévision de 100 milliards de F CFA. A y regarder de près, tout porte à croire que les fils et filles du pays ont pris fait et cause pour la cause nationale que constitue la lutte antiterroriste contre laquelle les fonds mobilisés devront servir. C’est donc dire si les Burkinabè se mobilisent davantage en faveur du renforcement de la lutte contre le terrorisme. Cette assertion est d’autant plus plausible qu’à la même période en 2023, c’est la bagatelle de 6 milliards de F CFA que les Burkinabè avaient déboursée pour soutenir l’effort de paix, soit une hausse de 25 milliards de F CFA enregistrée au cours de ce premier trimestre 2024 comparativement à celui de 2023.

Cette performance à mi-parcours constitue un sursaut d’orgueil national sur le plan financier qu’il convient de saluer. En effet, quoi que l’on dise, la mobilisation d’une telle somme n’est pas une mince affaire au regard de la difficile situation économique ambiante que vivent les Burkinabè qui tirent le diable par la queue. Si le contexte ne semble pas à priori favoriser une telle performance, il faut noter qu’il ne manque pas de raisons pour expliquer cette donne et nous pouvons en trouver deux. D’une part, il y a le devoir de redevabilité de la part des autorités de la transition en ce qui concerne le premier exercice marqué par une transparence accrue dans la gestion des ressources octroyées. Cette démarche de reddition des comptes a certainement contribué à assurer davantage les populations donatrices de la destination de leurs dons. Ce qui a sans doute renforcé la confiance de ces dernières envers les autorités à qui elles confient leur argent pour une cause nationale. Et c’est un secret de polichinelle de dire qu’un donateur est stimulé à donner davantage lorsqu’il se rend compte que son don est utilisé à bon escient et que compte lui est rendu régulièrement de la gestion de son obole.

Pour 2024, obligation est faite par les autorités à tous les travailleurs du public et du privé de consentir 1% de leur salaire mensuel

Le second facteur qui pourrait expliquer cette performance est lié au mode de contribution institué pour cette année 2024. A  la différence majeure d’avec 2023, il ne s’agit pas pour les populations de contribuer en 2024 sur la base du volontariat. Pour 2024, c’est le diktat : obligation est faite par les autorités à tous les travailleurs du public et du privé de consentir 1% de leur salaire mensuel. On peut donc au risque de se tromper, affirmer que cette démarche a permis de ratisser large pour obtenir un nombre significatif de contributeurs en incluant notamment les agents qui n’avaient pas contribué l’année précédente avec le moindre kopeck. Ce qui permet de renflouer suffisamment et à une vitesse de l’éclair, la caisse commune dédiée à la lutte antiterroriste. Là encore, si les populations concernées n’ont pas bronché contre la mesure d’obligation à elles faite et ont donné libre à leur patriotisme, il y a fort à parier que la transparence sus-citée dans la gestion des fonds y soit pour quelque chose et qu’elles montrent ainsi qu’elles souscrivent à la démarche. Dès lors, l’on peut déduire que la lutte contre le terrorisme mobilise désormais l’ensemble de la société, avec un engagement financier à la hauteur des enjeux sécuritaires.

En rappel, le FSP permet de couvrir les dépenses sociales des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), à garantir leur équipement individuel et collectif, ainsi qu’à financer leur approvisionnement en carburant. D’ailleurs, c’est grâce audit fonds que la prise en charge des VDP a été portée cette année à 80 000F contre 60 000F en 2023. Sa reconduction par le gouvernement de transition pour une année supplémentaire, celle de 2024, trouve ainsi en partie son fondement. Reste maintenant à espérer que l’adoption en conseil des ministres, le 4 avril 2024, d’un rapport autorisant le recrutement d’une agence de communication pour la mise en œuvre « d’une communication en temps de crise » et de « la stratégie de communication de guerre » à hauteur de 500 millions de F CFA, contribue à donner un coup de fouet à l’élan de la prise de conscience nationale de contribuer financièrement à la lutte antiterroriste.

La Rédaction

Editorial paru dans le support physique du journal La Nation en marche, dans sa parution du 15 avril 2024.

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