Après la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) Maroc 2025 qui s’est achevée entre le Maroc et le Sénégal dans des conditions surréalistes, rocambolesques et ubuesques, s’il y a un sujet qui tient l’opinion en haleine et alimente les causeries dans les salons et gargotes, c’est bien l’extradition de l’ancien président burkinabè Paul Henri Sandaogo Damiba au Burkina ce, depuis Lomé au Togo. 24 heures après que le média Africa intelligence a révélé la nouvelle, les autorités togolaises se sont fendues le 19 janvier 2026 d’un communiqué, confirmant avoir remis le 17 janvier, Damiba aux autorités burkinabè suite à une demande d’extradition formulée le 12 janvier par les autorités judiciaires du Burkina. Avant que les autorités burkinabè ne confirment la nouvelle par communiqué en date du 20 janvier.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les faits se sont déroulés à la vitesse de l’éclair, depuis la dénonciation par les autorités burkinabè dans la première semaine de janvier 2026 d’une tentative de coup d’État déjouée et dont l’un des cerveaux serait Sandaogo Damiba. Énième du genre, on ne compte plus le nombre de fois que le nom de l’ancien président burkinabè, renversé le 30 septembre 2022 par Ibrahim Traoré, a été cité dans des projets de déstabilisation du pouvoir Traoré. Visiblement, tout porte à croire que Damiba, qui a accepté en 2022 à corps défendant son exil togolais sur fond de conditions léonines acceptées par les Burkinabè et de médiation pour une « paix des braves », n’a pas encore digéré sa perte du pouvoir et entendait faire de l’exil togolais un marchepied pour la reconquête du pouvoir. Que nenni ! Ce qui s’apparente là à une boulimie du pouvoir, est l’apanage de tous ceux qui découvrent les délices du pouvoir comme un bébé qui découvre pour la première fois les saveurs du bonbon. Ainsi, le président togolais, Faure Gnassingbé, a décidé à la Ponce Pilate de s’en laver les mains dans cette affaire de tous les péchés « togolais » dont Damiba est accusé.
Avec cette extradition, le boulevard de la procédure judiciaire est désormais grandement ouvert au Burkina pour un procès dont l’issue serait inévitablement la condamnation du tombeur du président Roch Marc Christian Kaboré. Comment celui-là dont des zélateurs ont fait voir à travers la société civile, des vertes et des pas mûres à d’autres membres de la société civile burkinabè, en est-il arrivé à cette déchéance ? Comment celui-là dont certains zélateurs présentaient comme l’envoyé de Dieu pour libérer le Burkina de son malheur terroriste, en est-il arrivé à se retrouver dans ce cul-de-sac politique ? Comment celui-là qui était apprécié à son arrivée au pouvoir par des diplomates français qui ont fini par se rendre à l’évidence d’une erreur de casting, en est-il arrivé à faire le vide autour de lui, au point de ne pas trouver de parrains politiques qui auraient pu empêcher son extradition au Burkina ? Ces questions-là, celui-là dont les errements langagiers pendant la présidence à Kossyam ont fait douter à certains la paternité de son livre publié et ont fait les choux gras des réseaux sociaux où la galerie a été amusée, se les pose actuellement dans son for intérieur, avec certainement la conviction d’avoir été trahi par certains puissants de la terre qui devraient lui servir de parapluie et seraient les premiers à jubiler en cas de retour au pouvoir de Damiba.
Duel politique par activistes interposés et parfois empreint de sarcasmes
L’histoire a toujours montré qu’en politique, seuls les intérêts comptent et il y a fort à parier que Damiba était devenu un colis encombrant à rendement à nullité absolue pour nécessiter des efforts diplomatiques tendant à l’absoudre des turpitudes dont il est accusé par Ouagadougou. D’ailleurs, les puissances ou États qui ont maille à partir avec le régime de Ouagadougou et qui pouvaient servir de bouclier pour Damiba, trouvent dans leur inaction dans ce dossier une opportunité d’assoir les bases du retour progressif du dégel de leurs relations avec le pouvoir du capitaine Traoré. L’heure est donc à un profond examen de conscience pour Damiba qui se désole de la nature énigmatique de l’homme politique mais n’a plus l’opportunité paradoxale de l’âne de Buridan d’hésiter entre faire ou pas un coup d’État contre l’ancien président Roch Kaboré, point de départ du prélude d’un chemin de croix à poires d’angoisse infinies qu’il avale sans cesse depuis fin 2022. Qui sait ? Peut-être que Damiba, à son tour et au cours d’un procès retentissant, décidera de faire des déclarations fracassantes éclaboussant certains de ses anciens soutiens ou parrains supposés. Le temps nous le dira…
Pour les partisans de l’ancien président Kaboré qui n’ont pas oublié le coup de Jarnac porté à la marche de la vague orange au pouvoir, Damiba paie là le prix d’une trahison politique après avoir été placé par le régime Kaboré au cœur du dispositif sécuritaire du régime d’alors. L’extradition de Damiba n’est alors ni plus ni moins que la rançon de la félonie et de la trahison politique, au moment où Roch Kaboré dont il a arraché le pouvoir en fin janvier 2022 se la coule douce à Ouaga, partageant son temps entre sport, voyages et participation à des activités sociales. Sans nul doute, à l’instar de ses partisans, l’enfant de Tuiré qui a grandi dans une famille à la foi chrétienne à toute épreuve, a dû se dire, à l’annonce de cette extradition, qu’il tient là une énième preuve de l’existence de la justice divine.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cet épisode est celui-là qui produit conjointement la joie dans le cœur des partisans des présidents Roch Kaboré et Ibrahim Traoré, lesquels partisans pourraient pour l’une des rares fois trémousser ensemble au rythme du liwaga, donnant à l’événement un caractère fédérateur et de réconciliation momentanée des cœurs. En attendant cette perspective atypique et pendant que Damiba boit le calice de ses ambitions politiques, ce sont les soutiens du président Traoré qui font étalage sur les réseaux sociaux de leur joie au grand dam de la portion congrue des soutiens de Damiba restée fidèle à celui-ci et qui suppliait sur la toile le président togolais de ne pas livrer leur champion au pouvoir de Ouaga. Maintenant que celui-ci a été livré manu militari, c’est la volée de bois vert sur Faure Gnassingbé de la part des soutiens Damiba en guise de désapprobation de l’extradition. Le duel politique par activistes interposés et parfois empreint de sarcasmes se poursuit donc sur les réseaux sociaux entre les soutiens des présidents Damiba et Traoré dont la lune de miel du 22 janvier 2022 ayant porté au pouvoir Damiba, s’est vite transformée en lune de fiel politique par la suite. Qui l’eut cru ? Comme le dit un proverbe africain, « La vie est une immense forêt pleine d’inconnus ».
La Nation en marche

