Au Burkina Faso, s’il y a une pratique qui a pignon sur rue depuis l’avènement du MPSR2, c’est bel et bien l’enlèvement de citoyens; pratique qui dessert fortement l’image du pays et de ses autorités. Dans la ligne de mire des auteurs de ces enlèvements, on note des personnalités politiques, acteurs de la société civile et autres. Le bal des arrestations est ouvert avec l’arrestation de l’ex-député maire de Komsilga et membre du Bureau politique national de l’Union pour le progrès et le changement, Issouf Nikiéma, enlevé le 21 juillet 2023 par des hommes encagoulés avant de recouvrer plus tard la liberté, puis de faire à nouveau l’objet d’une tentative d’enlèvement. S’en suivra l’enlèvement de Sansan Anselme Kambou au sujet de qui, la décision du tribunal administratif rendue le 6 novembre 2023, a jugé « l’enlèvement illegal » et « ordonné l’Agence nationale de renseignements de mettre immédiatement fin à la detention et lui permettre de regagner son domicile ». Aussi, dans la nuit du 4 décembre 2023, c’était au tour d’une vingtaine de militants du Mouvement du peuple pour le progrès d’être interpellés à Ouagadougou par la brigade anticriminalité de la Police au siège du MPP où ces derniers assuraient la traditionnelle surveillance dont celle du soir était présidée par l’ancien ministre Stanislas Ouaro. Ce, avant que les concernés ne soient libérés 3 jours plus tard. Puis, comme par effet de boule de neige, l’avocat Me Guy Hervé Kam est enlevé dans la nuit du 24 au 25 janvier à l’aéroport de Ouagadougou par des hommes en tenue civile. Là encore, les juridictions ont, en premier et second ressort, ordonné la libération de Kam au motif que l’Etat a été incapable de prouver l’existence d’une procédure pénale contre le mis en cause.
Et ce n’est pas tout. Parmi les dernières arrestations, on peut citer celle ayant eu lieu le 19 mars 2024, à Ouagadougou, du secrétaire général du Mouvement Sauvons la Kossi, Gérard Ismaël Sanou; arrestation rocambolesque au détour d’une convocation à se rendre à Ouaga pour des raisons administratives. Sans oublier l’enlèvement à Saaba, le 20 avril 2024, du principal animateur de la plateforme facebook Infos de la Tapoa en temps réel, Lompo Soambouala Abrahama connu sous le nom Jagbabili Bemba, qui aurait été arrêté par deux individus armés et vêtus en civil qui l’ont embarqué vers une destination inconnue. Comme on peut le constater, c’est une quasi entorse aux libertés publiques sur fond de violence qu’il est donné de voir. Et comme une pieuvre insatisfaite dans sa nature, la pratique se métastase et prend de l’ampleur. Ce qui intrigue dans cette affaire, c’est le mode opératoire de «l’interpellation » des mis en cause et la suite judiciaire quasi identique donnée aux dossiers introduits en justice. D’une part, aucun des mis en cause n’a été régulièrement interpellé à travers une convocation en bonne et due forme à répondre aux autorités compétentes pour des faits les concernant; comme le suggèrent l’ordonnement juridique du pays toujours en cours. D’autre part, les dossiers de ces enlèvements qui ont pu pour le moment passer devant le prétoire, ont connu le même dénouement marqué par une injonction faite à l’Etat de libérer les personnes arrêtées. Tout porte à croire que l’Etat s’y prend maladroitement et ne réunit pas au préalable, toutes les preuves nécessaires pouvant lui permettre de remporter la bataille judiciaire dans les griefs qu’il reproche à ses vis-à-vis.
Le bon sens aurait voulu que l’on convoquât au préalable dans les règles de l’art, les mis en cause
Dans cette demarche qui frise l’amateurisme, l’Etat joue gros, notamment sa crédibilité et serait bien inspiré d’y mettre un terme si tant est qu’à chaque fois, il est désavoué par la Justice. Ce qui écorne sans nul doute, son image suite à ces revers judiciaires devenus cycliques; même s’il nous revient que les voies de recours n’auraient pas encore été épuisées dans le dossier Kam. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le bon sens aurait voulu que l’on convoquât au préalable dans les règles de l’art, les mis en cause et que la Justice fît le reste du travail jusqu’à la libération ou condamnation de ces derniers. Ce, à l’image de la convocation adressée aux personnes objet de la mesure de réquisition. Enfin, pour les dernières arrestations sus-citées dont on semble ignorer pour le moment les auteurs, la question même de ces arrestations soulève la lourde responsabilité de l’Etat à protéger ses propres citoyens en interne, tout comme à l’extérieur du pays. Et en attendant d’en savoir davantage dans les jours à venir, il ne serait pas étonnant d’apprendre que le seul crime commis par Jagbabili Bemba et Gérard Ismaël Sanou a été de demander plus de sécurité pour leurs provinces respectives de la Tapoa et de la Kossi ce, quand on connait leur forte inclination sur la question.
La Rédaction
Article publié le 15 mai 2024 dans le support physique du journal La Nation en marche

