Mon opinion sur le post Facebook M. Adama Siguiré Officiel, philosophe et écrivain professionnel de renom sur l’intérêt pédagogique des « évidences » en eveil.
J’ai lu avec grand intérêt la réflexion du frère Adama Siguiré, éminent philosophe et écrivain, qui interroge avec justesse notre système éducatif, notamment sur la pertinence d’enseigner aux enfants ce qu’ils semblent déjà savoir, comme dire que « le mouton est un animal domestique ». Il propose que l’on réoriente l’enseignement vers des contenus plus contemporains et technologiques, en lien avec les aspirations du monde moderne. Cette position a le mérite d’ouvrir un débat salutaire sur la nature et les finalités de l’éducation.
Cependant, tout en saluant la force de cette pensée, je voudrais proposer une nuance, en m’appuyant sur les apports des sciences cognitives et de la pédagogie du développement global de l’enfant.
Ce que nous appelons des évidences, comme la leçon sur le mouton, ne sont pas aussi anodines qu’elles paraissent. Ce sont des tremplins cognitifs. Elles permettent de structurer la pensée de l’enfant, de stimuler ses sens, d’affiner son observation, et de nourrir en lui l’éveil à la complexité du réel. Le rôle de l’éducateur n’est pas simplement d’informer, mais de transformer une connaissance apparente en un processus actif de questionnement. En cela, il est plus méritoire de découvrir le mystère dans la lumière que dans l’ombre.
L’éveil scientifique ne jaillit pas spontanément. Il résulte d’un long travail de maturation de l’esprit, qui passe par des étapes simples, mais fondamentales. Observer un mouton, comprendre son comportement, son rôle dans la société, son importance économique, c’est déjà développer une pensée méthodique. Ce type de leçon contribue à l’éveil affectif, psychomoteur et cognitif de l’enfant. Elle forge sa curiosité, affine son sens critique, et prépare le terrain à des raisonnements plus complexes.
La pédagogie de l’éveil est une pédagogie de la liberté, de l’expérimentation, de la parole partagée. Une leçon sur le mouton peut devenir une porte d’entrée vers des problématiques environnementales, économiques ou culturelles. Elle permet à l’enfant de faire des liens entre son vécu et le savoir, entre l’observation et la réflexion. C’est ainsi que l’on cultive les fondations de l’esprit scientifique.
Il ne s’agit pas d’opposer tradition et modernité, mais de les articuler avec intelligence. L’élevage, dans notre contexte socio-économique, est un domaine vital, porteur de savoirs locaux, de technologies appropriées, et de perspectives de développement pour notre pays. Le reléguer sous prétexte qu’il est familier, c’est négliger l’un des leviers les plus sûrs de transformation.
En définitive, ces « évidences » enseignées aux enfants ne sont pas des savoirs stériles, mais des germes de pensée. Elles donnent à l’enfant des instruments pour penser, pour comprendre son environnement, et pour se projeter dans un monde où science et humanité doivent cohabiter.
Avec tout mon respect et ma plus grande admiration
Ali Kologo Ouinoaga
Inspecteur de l’enseignement primaire

