DG de Faso Kuna wili : « Nous nous donnons les moyens nécessaires de mettre fin à la pagaille qui existait »

« Plus le montant demandé augmente, plus la garantie demandée augmente. C’est la loi bancaire. Ce n’est pas spécifique au fonds Faso Kuna-Wili », selon le DG de Faso Kuna-Wili, Hamidou Sawadogo

Sur décision prise en conseil des ministres en date du 29 mai 2024, le gouvernement burkinabè mettait fin à l’existence du Fonds d’initiatives des jeunes (FAIJ), du Fonds d’appui au secteur informel (FASI) et du Fonds d’appui à la promotion de l’emploi (FAPE). Par la même occasion, il procédait à la création du fonds Faso Kuna-Wili pour absorber ces fonds. Nous avons rencontré le Directeur général (DG) du nouveau fonds, Pr Hamidou Sawadogo, pour en savoir davantage sur le fonds. Lisez !

La Nation en marche : Pourquoi votre structure a-t-elle été dénommée Faso Kuna-Wili ? Et quelles sont les raisons qui ont prévalu à sa création ?

Pr Hamidou Sawadogo : Faso Kuna-Wili signifie Faso émergence et en mooré, Faso zouzenkré. Ce, parce qu’on avait constaté que les 3 fonds absorbés (FASI, FAPE et FAIJ) pour sa création avaient beaucoup de difficultés dans leur fonctionnement et on a pensé que donner un nom qui va permettre de travailler dans le sens de créer une émergence au Burkina, allait être salutaire. C’est pourquoi on a choisi cette appellation dioula pour valoriser nos langues locales et permettre aux gens de comprendre les langues du terroir. Il y a « Doumoukafa » aussi ; c’est le nom d’un autre fonds. Il y a également « Burkina Yiinwisgr-meta » qui est le nom d’une infrastructure sportive ; sans oublier « Burkina soud-baoré » qui est la maison de compétence. Donc à travers les structures que le gouvernement de la transition est en train de créer, il y a une valorisation des langues locales. C’est dans ce sens que le nom « Faso Kuna Wili » est venu. Maintenant, pourquoi une absorption des trois fonds qui y a donné naissance ? En effet, les trois fonds ne fonctionnaient pas. Par conséquent, il fallait trouver un modèle économique qui pouvait prendre en charge ces trois fonds à la fois et être en mesure de faire mieux que ce que chacun des trois fonds faisait. Et c’est ce qui a prévalu à ce que nous dissolvions essentiellement les trois fonds pour les remplacer par le fonds unique qui est un grand fonds par rapport à ces trois fonds, puisqu’il absorbe ces derniers. Il reprend les attributions de ces trois fonds et crée des améliorations. Désormais tous ceux qui veulent le financement, n’ont plus besoin de connaître quelqu’un ici pour pouvoir en bénéficier. Toutefois, tous ceux qui vont prendre aussi un financement ici, rembourseront aussi sans exception : grand comme petit, politicien comme non politicien, militaire comme non militaire, avocats, magistrats, etc. Bref, tous ceux qui vont contracter un prêt ici, vont le rembourser.

« Si vous prenez les cas du FAPE et du FASI aussi, ils dépensaient autant pour le fonctionnement que pour les prêts octroyés, puisqu’en termes de fonctionnement ils étaient de l’ordre d’un milliard par an et en termes de financement, c’était légèrement supérieur à un milliard ; même pas un milliard 100 millions de F CFA  »

Justement, on a attendu parler de budget de fonctionnement de ces structures qui dépassait largement le budget consacré aux financements des projets des bénéficiaires. Peut-on en savoir davantage ?
Je pense le ministre de la Jeunesse avait donné dans un journal l’exemple d’un des fonds, notamment le FAIJ qui fonctionnait de l’ordre de 600 millions de F CFA par an et qui ne finançait les projets qu’à l’ordre de 100 millions de F CFA. En tout cas, pour l’année indiquée, c’était globalement ça et économiquement, ce n’est pas viable. Si vous prenez les cas du FAPE et du FASI aussi, ils dépensaient autant pour le fonctionnement que pour les prêts octroyés, puisqu’en termes de fonctionnement ils étaient de l’ordre d’un milliard par an et en termes de financement, c’était légèrement supérieur à un milliard ; même pas un milliard 100 millions de F CFA. Donc, c’est globalement dans les mêmes proportions et économiquement, ce n’est pas viable. Aucune institution financière ne peut consommer autant qu’elle ne finance. On ne parle même pas des intérêts générés, on parle du capital placé. Le capital placé était infirme devant le niveau de consommation. Des deux, pour que ce soit vivable, soit vous financez plus et vous arrivez à faire le recouvrement, soit vous diminuez la consommation ; sinon vous ne pouvez pas consommer autant que vous financez et puis survivre. Cela, vous le connaissez ! Dans n’importe quelle économie, on vous le dira.

Ça veut dire qu’avec l’absorption, on a au moins une économie de combien qu’on engrange ?
Au lieu de fonctionnement des trois anciens fonds, désormais le fonctionnement se limite seulement au fonctionnement d’un seul fonds notamment Faso Kuna-Wili. Mais nous devons pouvoir faire plus que le travail que les trois fonds faisaient auparavant. En effet, nous avons comme objectif au départ de financer 10 625 personnes sur l’année 2024 et le Premier ministre, Appolinaire Kyélem, nous a demandé de faire davantage d’efforts car il attend plus que ça. Les trois fonds FAPE, FASI et FAPE, s’ils ont financé, au grand maximum, c’est 1000 personnes par fonds. Supposons même qu’on se limite à notre objectif initial de financer 10 625 personnes, alors que chacun des trois fonds finançait au grand maximum 1000 personnes. Je pense que déjà en termes de volume de travail, vous voyez la différence. En termes de consommation, si vous prenez la consommation des trois fonds diviser par trois, vous trouverez la consommation du fonds « Faso Kuna-Wili ».

Côté consommation justement, il avait été aussi envisagé de mettre fin au contrat de l’ensemble des personnels et des discussions devaient être engagées pour leur redéploiement. Quelle est l’actualité de cette question ?
C’est le conseil des ministres qui est habilité à répondre parce c’est le conseil des ministres qui a mis fin au contrat du personnel ; ce n’est pas le directeur général. Du coup, si je réponds à cette question, ça ne serait que de la spéculation. Je pense qu’il y a eu des projets. On nous a demandé de faire des rapports et on a produit des rapports. L’autorité compétente les a examinés, puis amendés et je pense qu’elle les a transmis à qui de droit. Mais au sortir du conseil des ministres, il a décidé de mettre fin aux contrats du personnel. Et instruction nous a été donnée de procéder à un lancement sur concours pour recruter le personnel. Donc, il y aura une bonne partie du personnel de Faso Kuna-Wili qui serait recrutée parmi les ex-travailleurs des trois fonds. Mais il peut y avoir aussi un complément d’effectif des gens qui ont un certain niveau (des profils qui n’existent pas déjà dans le fonds) et qui pourront rejoindre le fonds pour pouvoir impulser la dynamique souhaitée. Mais en ce qui concerne les gens qui ne seront pas recrutés au fonds et qui travaillaient dans les anciens fonds, actuellement nous sommes en train d’explorer les structures d’Etablissements publics de l’Etat au niveau du ministère des Sports, de la jeunesse et de l’emploi pour pouvoir les absorber. On souhaiterait que tout le monde puisse conserver un emploi parce que ce n’n’est pas à 40 ou 50 ans qu’on peut aller postuler aux concours de la Fonction publique ou ailleurs pour obtenir un emploi. Le gouvernement est sensible à cette question et nous a instruit par rapport au sujet.

«L’objectif, c’est de financer la promotion d’emploi. C’est de faire en sorte que les gens puissent avoir de l’emploi mais ce n’est pas des subventions. On ne donne aucune subvention. Tout ce que nous finançons, relève de prêts suivis de recouvrement et le recouvrement peut être à l’amiable ou forcé »

Quels sont le profil des bénéficiaires de vos financements et les conditions de bénéfice de ceux-ci ?
Les bénéficiaires, c’est tout Burkinabè qui a au moins 15 ans et qui ne dépasse pas 64 ans, qui a une entreprise, qui est jeune ou qui emploie des jeunes dans son entreprise ou qui n’a pas d’entreprise mais qui a une idée, un projet de création d’entreprise. Parce que l’objectif, c’est de financer la promotion d’emploi. C’est de faire en sorte que les gens puissent avoir de l’emploi mais ce n’est pas des subventions. On ne donne aucune subvention. Tout ce que nous finançons, relève de prêts suivis de recouvrement et le recouvrement peut être à l’amiable ou forcé. Et nous nous donnons les moyens nécessaires de mettre fin à la pagaille qui existait. Par conséquent, toute personne que nous allons financer, la première des choses qui doit lui venir en tête, c’est de pouvoir rembourser. Il s’agit de rembourser de gré ou de force. Par rapport aux conditions de bénéfice des financements, elles sont fonction des produits qui sont au niveau du fonds « Faso Kuna-Wili ». Comme types de financement, il y a le financement direct, le préfinancement qui concerne ceux qui ont des marchés ; ils peuvent venir et puis on les préfinance. Il y a le financement des études et de la formation professionnelle. Il y a des gens qui gagnent par exemple des inscriptions dans des grandes écoles, des écoles de métier, des écoles d’ingénieurs qui sont des métiers porteurs, mais n’ont pas de financement. S’ils viennent chez nous, on peut les financer. Aussi, il y a des groupes de personnes qui accèdent à certaines professions comme les notaires, les avocats et autres… On va dire que c’est des métiers plus ou moins réservés à des privilégiés. Mais désormais, celui qui a la tête pensante et qu’il lui manque des ressources, normalement nous on doit pouvoir l’accompagner pour qu’il puisse réaliser ses ambitions. L’installation des professions libérales, le prêt essentiellement des entrepreneurs qui sont des talents révélés lors des concours, des compétitions, on les finance. Il y a aussi les femmes battantes ; vous trouverez des femmes très tôt le matin transporter des fruits et légumes souvent sur plusieurs kilomètres en direction ou en provenance des marchés et yaars ; on doit pouvoir les accompagner. Il y a déjà un fonds FAARF qui est le fonds des femmes, qui les prend en charge mais nous aussi, on les appuie. Il y a les entrepreneurs de métier, maçon, menuiserie et tout ce qui s’en suit. On les finance. Vous avez l’entrepreneuriat juvénile de résilience ou l’entrepreneuriat de masse ; c’est essentiellement pour financer les gens en milieu rural de sorte à ce que les gens puissent être fixés dans leur terroir et éviter l’exode rural qui augmente la démographie dans les villes alors qu’il n’y a pas trop d’emplois. Vous avez ensuite l’économie informelle ; tous ceux qui exercent dans l’informel doivent être appuyés. En la matière, notre structure reprend les attributions de l’ancien fonds FASI. De même, vous avez aussi le financement des handicapés ; on leur crée des conditions favorables. Le taux d’intérêt de leurs prêts ici, c’est 4% alors qu’en banque, vous connaissez globalement les taux. Il y a l’entreprenariat de ceux qui ont fait la diaspora et qui souhaitent revenir au bercail, on peut les appuyer. Et vous avez encore ce qu’on appelle le co-financement, au cas où le montant demandé dépasse 30 millions de F CFA chez nous, puisque nous allons de 200 000F à 30 millions de F CFA. Si le prêt souhaité dépasse 30 millions, nous on doit prendre en charge une partie et on demandera à d’autres structures de prendre en charge le reste.

Donc, en termes de conditions, il y a des garanties qui sont demandées ?
Absolument, il y a des garanties. Les seuls cas de prêts possibles sans garantie concernent ceux avec un montant inférieur à 500 000 F CFA. Cependant, il y a des gens qui demandent un prêt de 500 000 F CFA et on leur demande quand même de venir déposer la garantie de leurs motos ou autres engins. De 500 000F CFA à 1 million jusqu’à 5 millions de F CFA, on accepte comme garantie, les cartes grises de véhicules. Mais le véhicule doit avoir un âge de moins de 10 ans maximum. C’est la date de la première mise en circulation que l’on prend en compte. Si le véhicule est plus âgé que 10 ans, ce n’est pas possible.

« Plus le montant demandé augmente, plus la garantie demandée augmente. C’est la loi bancaire. Ce n’est pas spécifique au fonds Faso Kuna-Wili », selon le DG de Faso Kuna-Wili, Hamidou Sawadogo

Aussi, vous parliez tantôt de pagaille qui existait dans les 3 anciens fonds si nous vous avons bien compris. De quoi s’agit-il ?
Je pense qu’il faut se tourner beaucoup plus vers l’avenir et ne pas s’attarder plus sur le passé. En remuant trop le couteau dans la plaie, on ne guérit pas la plaie.

Y a-t-il un type d’activité exclu du bénéfice de financement par votre structure ?
Non. On finance tout type d’activité, mais avec des conditionnalités. D’ailleurs, imaginez-vous que c’est bien qu’on finance quelqu’un à hauteur de 30 millions de francs CFA sans garantie ? Je pense que ça va poser problème. Plus le montant demandé augmente, plus la garantie demandée augmente. C’est la loi bancaire. Ce n’est pas spécifique au fonds Faso Kuna-Wili.

Votre mot de fin !
Juste vous remercier et vous féliciter pour la démarche !

Propos recueillis par Adama KABORE et retranscrits par Ousséni OUEDRAOGO

Interview publiée dans la parution du 15 juillet 2024 du journal La Nation en marche 

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