Le 27 juin 2023, décédait à Paris en France, Mme Hortense Dermé/Diatto, fondatrice du complexe scolaire L’Aurore. L’histoire entre la défunte et Me Titinga Pacéré est toute particulière et débute en 2013 où Me Pacéré s’était rendu à L’Aurore lors de la cérémonie de remise des prix du concours littéraire Les 8e Merveilles organisé par le Club littéraire de L’Aurore (CLITA). Puis, en 2016, lors de son élévation à la dignité de Chevalier de la Légion d’honneur par le président français Hollande, Me Pacéré a tenu à inviter Hortense Dermé à Manega où s’est tenue la fête populaire entrant dans le cadre de la distinction ; invitation qu’avait honorée la défunte fondatrice en compagnie de ses collaborateurs. Me Pacéré, qui n’a appris la nouvelle du décès que le samedi 9 mars 2024 à la faveur d’une interview avec votre journal La Nation en marche, profite de l’occasion pour adresser ses condoléances à l’époux de la défunte, Issaka Dermé. Comme d’habitude, c’est tout un cours d’histoire que livre Me Pacéré. Lisez !

« Je voudrais profiter de votre journal vous remercier pour la considération que vous avez eue pour moi en me rencontrant pour l’interview. Je voudrais profiter de votre présence pour présenter mes condoléances à Mr Issaka Dermé dont l’épouse, Hortense, est décédée en fin juin 2023 ; décès que je viens d’apprendre grâce à vous Mr Adama Kaboré à la faveur de notre interview pour votre journal La Nation en marche. La raison est simple car je suis un peu lié à la famille Dermé. Les Dermé sont les grands artisans bronziers du quartier Gnong-sin de Ouagadougou. L’histoire a voulu qu’à l’intronisation de chaque Mogho Naaba, on prenne un artisan bronzier de Gnong-sin et tous les matins, il va saluer le nouveau Mogho Naaba. Mais en fait, il n’est pas venu pour saluer, c’est pour regarder le visage. Au bout de quelques semaines voire des mois, il aura fini de faire l’effigie du Mogho Naaba et à partir de là, il doit quitter Ouagadougou et ne doit plus jamais voir le Mogho Naaba parce qu’il a fait le visage, la façade du Mogho Naaba. Puis, on envoie cet élément de bronze de l’effigie du Mogho Naaba à Loumbila au quartier traditionnel… C’est là où sont gardées les effigies des Mogho Naaba.

J’ai connu ces Gnongsé par la reine (la grande Dermé…), une des deux plus grandes cantatrices du Larlé Naaba Ambga. Ces deux cantatrices sont : Dermé Mariam et Atto qui est de Boulsa (Namantenga). Dermé m’a beaucoup marqué car elle chantait et surtout, elle avait une connaissance multidimensionnelle. Elle a quitté la troupe du Larlé Naaba Ambga et a créé sa troupe de 5 membres maximum. C’est la troupe des amours, des chants de la nuit ; ce qu’on appelle « sonsga » avec une guitare. Elle est venue plusieurs fois chanter chez moi. Un jour, elle est venue et m’a demandé de l’enregistrer. Je lui ai demandé pourquoi et elle m’a dit : « Je veux te chanter un chant et si je meurs, tu diffuses le chant ». Je lui ai dit que si c’est pour cela, je ne le ferai pas. Elle m’a dit : « Titinga, tu es trop jeune par rapport à moi, mais tu ne vois pas loin ». Et je l’ai amenée dans mon bureau avec sa troupe. Elle a tourné un premier chant en disant : « L’étranger qui arrive, a pour nom le fardeau ». Puis, elle a entonné le second chant : « Moi Dermé, je n’ai pas peur de mourir vite. Ce que je ne veux pas, c’est qu’on entende que l’ennemi de Dermé a été heureux parce qu’elle est morte en déconfiture ». Et elle a développé. Je l’ai écoutée calmement parce que c’était mystérieux pour moi, je ne comprenais pas. Et je lui ai dit : « Dermé, et si moi je meurs avant toi, qu’est-ce que tu feras ? » Elle m’a répondu : « Me, si tu meurs avant moi, c’est sur ta tombe que je vais lancer ce chant ». On s’amusait comme des parents à plaisanterie.

Le présent de la fondatrice de L’Aurore (centre) est transmis à Me Pacéré par Awa Bikinga, ex-maire du 12e arrondissement de Ouaga, en 2013 dans l’enceinte de L’Aurore

Quelques jours après, sa famille vient très tôt le matin et dit : « Me, hier nuit, Dermé était à Zogona dans le cadre de funérailles et de chant de deuil. Elle chantait, elle dansait, riait et criait et puis, elle est tombée et elle est morte ». Voilà comment Dermé est morte.

« Les adresses de condoléances peuvent se faire à tout moment »

J’ai fouillé mes archives et j’ai pris les deux chants et j’ai été à la radio et la télévision nationale. J’ai demandé l’autorisation de diffuser immédiatement les deux chants. On me trouve un créneau et j’ai dit : « Peuple du Burkina Faso, peuple de Ouagadougou, je suis un étranger, je porte un lourd fardeau sur la tête, écoutez le chant. J’ai diffusé le premier chant où elle dit « le nom de l’étranger c’est le fardeau ». Après, j’ai dit peuple du Burkina Faso, peuple de Ouagadougou, le fardeau que je porte est lourd sur ma tête, Dermé est morte la nuit dernière. Elle était à Zogona et c’était des funérailles et elle chantait, dansait et elle est tombée et elle ne s’est pas réveillée. Dermé n’a pas souffert et personne ne peut dire qu’un ennemi de Dermé l’a vue triste et malheureuse. Je demande à la population de ne pas pleurer, parce qu’elle me l’a demandé, car c’est son destin. Elle a voulu mourir dans la joie. Que cela soit celle de son peuple et de son pays ! Je viendrai à la maison mortuaire vers telle heure ». Et je suis parti.

Sur scène avec l’artiste Finfou en 2013 à L’Aurore, la fondatrice laisse éclater sa joie devant Me Pacéré qui l’applaudit

Je me suis changé à la maison et je suis parti à la maison mortuaire. Dès mon arrivée à l’avenue de la liberté, j’ai été surpris car une foule m’a dit de m’arrêter et de couper le moteur. Cette foule, je n’ai jamais pensé et vu. Elle a soulevé ma voiture et m’a porté ainsi jusqu’à la maison de Dermé et je n’ai pas pu dire quelque chose à la famille parce que depuis, je ne faisais que pleurer. J’ai dit à tout le monde que je ne veux pas que quelqu’un pleure la mort de Dermé, car c’est son destin et elle me l’a dit. Elle a voulu la joie pour son peuple, son pays, sa famille et pour moi-même. Elle a dit qu’elle veut que son peuple soit heureux, mais je vous demande pardon car je vous ai demandé de ne pas pleurer, mais j’ai pleuré. Sachez qu’en même temps que je suis un homme. L’homme est 9 mais il n’est pas 10 ; cela veut dire qu’on a des limites.

C’est pour cela que je voudrais adresser mes condoléances à Mr Dermé Issaka et à toute sa famille. Nous ne nous connaissons peut-être pas physiquement, mais sachez que je suis en quelque sorte membre de votre famille. Je n’ai pas pu adresser mes condoléances au moment du décès de la fondatrice de L’Aurore, mais comme on le dit, les adresses de condoléances peuvent se faire à tout moment ce, dès qu’on en est avisé. C’est pour cela que j’ai voulu profiter de votre présence (Mr Adama Kaboré) pour me permettre de vous demander de transmettre à Mr Issaka Dermé et à sa famille mes condoléances les plus attristées et l’assurance de mes modestes prières pour le repos de notre fille qui nous a devancés ».

Propos recueillis par Adama KABORE

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