Crise sécuritaire en RDC : De l’eau sur les plumes du canard Kagamé

Dans notre parution du 15 février 2024, nous titrions ceci : «Regain des combats en RDC : Le fleuve Congo débordé du torrent de sang versé ». Nous ne croyions pas si bien dire, tant l’évolution de la situation achève d’attester que nous n’exagérions pas les faits avec une titraille hyperbolique dont certains lecteurs pourraient penser qu’elle est dictée par des impératifs commerciaux. Nous aurions finalement joué les Cassandre. En effet, à la faveur de la reprise en fin janvier 2025 des hostilités entre l’armée régulière congolaise et les rebelles du M23 qui ont conquis de façon fulgurante la ville de Goma à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le bilan provisoire établi sur 5 jours de combat (du 26 au 30 janvier 2025) par l’ONU faisait état d’au moins 700 morts et 2 800 déplacés. « J’ai vu des corps empilés comme des sacs de riz du PAM. C’était extrêmement difficile de regarder ; l’horreur de la scène nous frappait de plein fouet.

La cour de l’hôpital général était complètement pleine de ces corps et l’odeur de la mort était partout », témoigne une habitante de Goma. Ce, avant que le ministre-porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, n’enfonce le clou le 3 février 2025 après une réévaluation du décompte macabre : «Il y a plus de 2 000 corps à enterrer dans la ville de Goma ». Sans compter les charniers qui continuent d’être découverts dans la région. Sans compter aussi les sauve-qui-peut que constituent les images insoutenables de populations en détresse qui, saut en mains, qui sacs en bandoulière pour des destinations inconnues. A cela s’ajoutent les crimes de viol devenus monnaie courante sur cette terre honorable de Patrice Lumumba depuis que les rebelles du M23 ont décidé de troubler le sommeil de Kinshasa. Et de tirer dans les abysses du sous-développement, cette RDC que l’ancien président Joseph Kabila entendait faire de « la Chine de l’Afrique ». Que nenni !

Après les combats sanglants et meurtriers, Goma a dû enterrer le 4 février 2025, ses centaines de morts dans des fosses communes

Et pour l’une des rares fois, toutes les couches socioprofessionnelles du pays se sont mobilisées : des chefs des églises soumettant au président Tshisekedi leur « pacte social pour la paix », le parlement obligé de convoquer une session extraordinaire pour le 4 février 2025, conseil des ministres extraordinaire, etc. Témoignage du summum de l’innommable au pays et du degré de gravité du problème… C’est dans ce contexte cauchemardesque où, fustigeant l’inertie de Paris et des autres puissances occidentales, les populations civiles avaient déjà pris d’assaut la rue de Kinshasa pour incendier les ambassades de France, des Etats-Unis, de Belgique et du Rwanda. Avant que l’Allemagne ne décide d’arrêter son aide au Rwanda alors que la Grande Bretagne menaçait de son côté d’emboîter le pas à Berlin si Kigali ne procède pas à l’arrêt de son soutien aux rebelles et au retrait de ses troupes sur les terres congolaises.

«Tout le monde sait ce qui se passe en République démocratique du Congo. Ça fait 20 ans qu’il y a des guerres et des massacres. On a fait passer le message qu’on voulait. L’Union européenne va voir. On a montré qu’il y a beaucoup de massacres au Congo », s’était déjà fendu le capitaine de l’équipe congolaise, Chancel Mbemba, le 7 février 2024 au terme de leur match perdu contre la Côte d’Ivoire en terre ivoirienne pendant la dernière Coupe d’Afrique des Nations, pour interpeller la communauté internationale. 12 mois après, force est de reconnaître que l’on assiste à un retour à la case-départ voire à du surplace dans un conflit où la seule évolution tangible a toujours été les répits temporaires et précaires constatés par moments. Et les débuts d’année 2024 et 2025 auront porté le même dénominateur avec comme noms, exactions et désolation pour les populations civiles.

Si certaines puissances jouent sur le terrain économique pour espérer faire plier le Rwanda, il en faut plus pour dissuader l’homme mince de Kigali qui semble ne pas disposer à écouter l’argument du dialogue. Si ce n’est pas la première fois que tous (rapports de Human rights watch, experts de l’ONU…) pointent du doigt l’implication dans la crise de Kigali malgré sa dénégation, ce n’est pas non plus une seule fois que la piste du dialogue a été empruntée pour tenter de résoudre l’équation congolaise en passe d’être banalisée avant que le récent regain des tensions marqué par la furie incendiaire des populations civiles sur les installations des chancelleries occidentales ne fasse sortir celles-ci de leur apathie en bandant les muscles contre Kigali. On se souvient des initiatives de paix de Luanda et de Nairobi qui ont tous connu la bérézina ; achevant ainsi de convaincre que ce qui manque le plus dans cette crise politico-sécuritaire est l’absence de volonté des parties prenantes.

Mais où est finalement entrée cette force régionale de l’EAC composée de 3 000 militaires ?

Il est maintenant temps de mettre le holà pour abréger voire mettre un terme à la souffrance des pauvres civils qui paient le plus lourd tribut sur les rives du fleuve Congo où larmes et pleurs ont remplacé le coassement des crapauds. Sinon, les sanctions économiques envisagées contre Kigali ne sont que des mesurettes aux allures de l’effet de l’eau versée sur les plumes du canard. Kagamé n’en a cure… Il en faut plus pour le dissuader. Et seul l’argument de la force peut le faire comprendre qu’il est temps de mettre fin à la politique prédatrice que sous-tend cette guerre sur une terre aux immenses ressources naturelles – le coltan et le cobalt – prisées par les industries de téléphonie occidentales, sources d’une véritable manne financière et dont l’exploitation constitue le véritable enjeu de la chienlit rwandaise en cause sur le territoire congolais. Ce n’est pas non plus les conclusions du sommet extraordinaire du 8 février 2025 en Tanzanie entre les chefs d’Etat de la Communauté de développement d’Afrique australe et ceux de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) – qui appellent à un « cessez-le feu immédiat » et au retrait des forces étrangères – qui pourront raisonner Kigali. En attendant de voir l’effet des mesures qui seront proposées par les chefs d’état-major de l’armée des 2 communautés sus-citées, l’enlisement de la situation sécuritaire en RDC est le témoignage patent de l’échec de la communauté internationale tout entière, à commencer par l’ONU, les organismes sous-régionaux et tous ces Bula Matari (surnom donné à tous ceux qui ont dirigé le pays par le pire) qui ont été incapables d’instaurer une paix durable dans ce pays continent. Mais où est finalement entrée cette force régionale de l’EAC composée de 3 000 militaires dont l’installation a débuté le 6 janvier 2023 et qui était censée « imposer la paix aux groupes récalcitrants » pour reprendre les propos du président kenyan, William Ruto ? Est-on tenté de s’exclamer… Décidément, cette belle initiative endogène de recherche de paix dont l’on avait salué la prise, n’a pas tenu les promesses des fleurs du fait de contradictions entre l’EAC et le président congolais. A l’instar de sa consœur qu’est la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo (MONUSCO) qui lui avait filé la patate chaude… Au moment où nous tracions ces lignes, le Parlement européen venait de demander aux Etats membres de l’Union européenne de suspendre l’accord minier et de toute aide avec le Rwanda. Ces mesures produiront-elles les effets escomptés ? Les jours à venir nous situeront…

La Rédaction

Article publié le 15 février 2025 dans le numéro 30 du journal La Nation en marche 

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