Association féminine yamyonkba pour la paix dans le monde : Un panel pour faire de la famille un facteur de cohésion sociale

Photo de famille à l'issue du panel

L’Association féminine yamyonkba pour la paix dans le monde (AFYPM) a organisé le 1er mars 2025, un panel à Ouagadougou, pour explorer le rôle de la famille dans l’édification d’une société de paix. Ce, sous le thème « La famille, cellule de base de la société : quelles perspectives pour un monde de paix ? » C’était en présence des membres de l’association, d’experts, d’autorités administratives et judiciaires, de chefs coutumiers et religieux. A l’occasion, 3 panelistes ont livré des communications sur 3 thèmes prévus et en lien avec le principal thème sus-cité.

La famille, en tant que cellule de base de toute société, joue un rôle fondamental dans la transmission des valeurs, l’éducation des enfants et la cohésion sociale. Au Burkina Faso, cette entité se trouve de nos jours confrontée à d’énormes difficultés pour des raisons complexes et multiformes. C’est pour jouer sa partition face à cette situation que l’association féminine yamyonkba pour la paix dans le monde (AFYPM) a organisé le panel. A travers ce panel, l’association s’est donné la mission de poser le débat autour des causes, conséquences et les défis que pose la délinquance juvénile. Une occasion de mener la réflexion sur les dynamiques familiales et leurs impacts sur la cohésion sociale et la paix dans les familles, au Burkina Faso et même au-delà. Il s’agit concrètement d’analyser les facteurs sous-jacents et d’identifier des solutions adaptées pour prévenir et réduire la délinquance juvénile. La présidente de l’association, Azèta Nana/Nyampa, a d’emblée indiqué dans son mot d’ouverture du panel que « la famille est le creuset dans lequel s’enracinent l’identité, la culture et l’éducation des générations futures ». Et d’ajouter que « c’est en son sein que se forgent les premières expériences de la vie en société, les notions de justice, de dialogue et de réconciliation ».

Le présidium lors du panel

Cependant, dit-elle, la famille est aujourd’hui confrontée à de nombreux défis dont la fragmentation, les mutations des modèles familiaux et la précarité entre autres. « Face à ces enjeux, une question se pose. Comment renforcer la famille pour en faire un véritable levier de paix et d’harmonie sociale ? s’est-elle interrogée, tout en pointant du doigt la responsabilité des parents sur le nombre croissant d’enfants dans la rue et en détention. Avant de souligner que cette question sera examinée sur 3 angles : Comment bâtir une famille paisible, gage d’une société de paix ? Quelles sont les conséquences des crises familiales sur le développement des enfants ? S’interroger sur la responsabilité parentale face au nombre croissant d’enfants dans la rue, dans les unités de police judiciaire et les maisons d’arrêt et de correction.

La présidente de l’association, Azèta Nana/Nyampa

Ainsi, le panel a été initié pour servir d’espace de réflexion et d’échange constructif afin de renforcer le rôle de la famille comme acteur clé de la cohésion sociale et de la paix au Burkina Faso. «Il se veut également une plateforme d’échange et de réflexion pour comprendre la montée de la délinquance juvénile à Ouagadougou et identifier des stratégies efficaces de prévention et de réinsertion», a indiqué Mme Nana qui précise que le panel s’inscrit dans une volonté d’assurer un meilleur avenir aux jeunes et de renforcer la sécurité et la cohésion sociale à Ouagadougou.

« Si la paix commence dans le cœur, elle se construit d’abord dans les foyers »

Pour y parvenir, trois thématiques ont fait l’objet de communication au cours du panel. Pour la première communication, la présidente de l’association, par ailleurs magistrate spécialisée en affaires familiales et la protection de l’enfant, a exploré « la communication au sein de la famille et la construction de la paix». «En réunissant tous les acteurs, nous avons l’opportunité d’enrichir notre réflexion et de proposer des pistes concrètes pour faire de la famille un véritable moteur de paix. Car si la paix commence dans le cœur, elle se construit d’abord dans les foyers », a-t-elle introduit. En effet, selon elle, la communication permet la transmission de valeurs et d’émotions d’une part entre l’époux et l’épouse, et d’autre part entre les enfants et leurs parents. «Cependant, il existe plusieurs obstacles à cette communication, notamment les différences générationnelles et de perception, l’impact des réseaux sociaux, les non-dits et les conflits non réglés », a déploré Mme Nana, au sujet de la communication entre l’homme et la femme dans le foyer.

Une vue des autorités coutumières présentes au panel

Aussi, a-t-elle ajouté, la confiance, qui devrait être la pierre angulaire de toute relation, est de nos jours mise à mal dans les familles. A cela s’ajoute le déséquilibre dans le partage des responsabilités qui crée des disputes, troublant en conséquence la quiétude et la stabilité dans les couples. De même, la réalité montre que la communication n’est pas toujours au beau fixe entre et les parents et leurs enfants. Or, d’après la communicante, le caractère des enfants reflète ce qu’ont été leurs parents. Les enfants apprennent également de ces derniers les valeurs sociales notamment le bon vivre, le respect des aînés et les notions d’intégrité et d’honnêteté. « Les parents doivent comprendre les émotions des enfants et savoir répondre de la bonne des manières. Ils doivent aussi laisser les enfants s’exprimer librement, car cela leur permet de se sentir aimés et respectés », a-t-elle recommandé. Pour l’harmonie dans les familles, Mme Nana préconise l’expression des sentiments et des besoins sans agressivité et la valorisation de la gratitude entre autres. Quant à la gestion des conflits familiaux, elle passe par la culture de la tolérance et du pardon. Azèta Nana invite alors à éviter les réactions impulsives et à être conciliant.

Le commissaire principal de police, Djibril Hié, paneliste

Sur le plan psychologique, la famille est définie comme étant le lieu par excellence où se développent l’amour et la haine. Cette relation ambiante affecte la vie de l’enfant dans un sens ou un autre. Dans ce sens, le deuxième paneliste, le psychologue Mahamoudou Sawadogo, s’est penché sur « les conséquences des crises familiales sur le développement psychoaffectif des enfants ». Dans sa présentation, il ressort que les crises familiales sont monnaie courante dans plusieurs familles. Celles-ci ont des impacts très nuisibles sur la cellule familiale notamment les meurtres, les divisions et les ruptures (divorces) qui exposent les enfants à toute sorte de souffrances. Aussi, les enfants, très souvent accusés d’être la cause des difficultés dans la famille, sont victimes de maltraitance. Les conséquences de ces crises sur les enfants sont entre autres, l’abandon et l’échec scolaire, l’insolence, la consommation de stupéfiants. «N’ayant plus personne à qui se confier au niveau de la famille, certains enfants peuvent s’attacher à des personnes extérieures. Ce qui les expose très souvent à des situations parfois dramatiques», a déclaré le spécialiste en santé mentale et soutien psychosocial. De son point de vue, les crises familiales sont aussi à l’origine des traumatismes transgénérationnel et transfamilial. En sus, certains parents perdent leur autorité sur les enfants du fait des crises incessantes dans la famille.

Le psychologue Mahamoudou Sawadogo, paneliste

Quant à la 3e communication, elle s’est tablée sur le thème « la recrudescence de la délinquance juvénile dans la ville de Ouagadougou : causes, défis et perspectives ». Elle a été présentée par le commissaire principal de police, Djibril Hié, qui a présenté des statistiques très peu reluisantes sur la capitale burkinabè et en lien avec le thème. A l’entendre, la brigade régionale du Centre en charge de la protection des enfants a enregistré 161 cas de vols ces cinq dernières années impliquant des enfants. Pour les cas d’agression sexuelle, la brigade a comptabilisé trois cas en 2023 et deux en 2024. « Sur 55 interventions en lien avec les cas d’atteinte aux bonnes mœurs, le rapport 2023 de la police municipale indique que la majorité concerne des mineurs », a précisé Djibril Hié, tout en signifiant que des cas de vols aggravés notamment dans les marchés, transports publics et domiciles ainsi que des cas de destruction de biens publics ont été signalés et impliquant des enfants.

La nécessité pour les acteurs d’œuvrer à une synergie d’actions

Les raisons, à ses dires, sont aussi bien d’ordre socio-économique, familial qu’environnemental. Pour le premier cas, il s’agit de la pauvreté et l’accès limité à l’éducation entre autres. Quand au deuxième, il est lié aux crises familiales, au manque de suivi parental ainsi qu’à l’oisiveté des enfants du fait de l’abandon ou de l’échec scolaire. Le dernier facteur, a-t-il poursuivi, s’explique par la mauvaise compagnie dont la plupart conduit à la consommation de la drogue, d’alcool ou de tout autre stupéfiant. A l’entendre, les nouvelles technologies de l’information et de la communication jouent un rôle déterminant sur le comportement des enfants. C’est pourquoi, de son avis, il est urgent de trouver des solutions pour sauver la vie des plus jeunes, ceux-là qui constituent l’avenir du pays. Parmi celles-ci, le commissaire principal de police, par ailleurs spécialiste de la protection de l’enfant, suggère que tous les acteurs soient fortement impliqués dans la lutte contre la délinquance juvénile, notamment en sensibilisant à l’adoption des valeurs citoyennes. « Il faudra aussi renforcer les politiques publiques en investissant dans la formation technique et professionnelle. Cela permet non seulement de mettre fin à l’oisiveté des jeunes, mais surtout de leur ouvrir des perspectives d’emplois», a-t-il recommandé.

Photo de famille à l’issue du panel

Dans sa présentation, il a également souligné la nécessité pour les acteurs d’œuvrer à une synergie d’actions pour plus d’efficacité dans la prévention de la délinquance qui ronge la jeunesse burkinabè. Par ailleurs, il a invité les acteurs à renforcer les systèmes d’alerte et à centraliser les données issues des différentes études et actions menées sur le phénomène.

Au sortir de ce panel, l’Association féminine yamyonkba pour la paix dans le monde espère contribuer au renforcement des valeurs familiales et à la cohésion sociale ainsi qu’à une meilleure compréhension du rôle de la famille dans la construction de la paix. Les discussions ont regroupé des leaders religieux et coutumiers et d’Organisations de la société civile ainsi que des ONG, des acteurs judiciaires, élèves et étudiants, sociologues et psychologues, éducateurs spécialisés entre autres.

Léon YOUGBARE

Dans la même catégorie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *