Le 19 août 2017 décédait le président de l’Assemblée nationale pour la 7e législature 2015-2020, Salifou Diallo, l’un des 3 pères fondateurs du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Depuis lors, ses camarades Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré ont dû faire sans Salif pour maintenir à flot le navire battant pavillon MPP. 7 ans après son décès, l’on est tenté de s’interroger sur ce qui reste de cette formation politique qui a réussi l’exploit de conquérir le pouvoir en 2015 moins d’un an après sa formation et aussi en 2020, même si pour le second mandat, il a été de courte durée. Gorba, faiseur de présidents, etc. ; tous ces sobriquets collaient à la peau de Salifou Diallo. Connu pour sa fougue et son franc-parler, Diallo était considéré comme un vrai stratège politique et par certains comme l’un des principaux artisans de l’élection du président Kaboré en fin 2015. Au point que des oiseaux de mauvais augure prédisaient la défaite du président Kaboré à l’élection présidentielle de fin 2020. Que nenni ! Les camarades de Diallo ont su lui rendre hommage en assurant et en relevant le défi de la réélection de Roch avec 57% des suffrages exprimés. L’incertitude qui pointait à l’horizon, ne semblait ainsi pas fondée.

Ce second exploit électoral s’est produit au moment où le parti était au creux de la vague, en proie à l’hydre terroriste parfois contenue, souvent en « bonne santé » sur le terrain. Dès lors, le véritable défi qui restait à relever par les camarades de Diallo, était la victoire contre le terrorisme qui existait d’ailleurs à l’époque où le baroudeur politique quittait définitivement la scène politique. 4 ans et 5 mois plus tard après la mort de Diallo, soit 1 an et 1 mois après la réélection de Roch Kaboré, le parti enregistre sa véritable tempête, notamment le coup d’Etat de Damiba du 22 janvier 2022. Entre contradictions internes et velléités disparates de succession au pouvoir, le 3e larron a surgi pour s’emparer du « butin » politique au grand dam des ambitieux du parti; avec comme facteur idéal, le pourrissement de la situation sécuritaire entretenu à dessein sur fond d’instrumentalisation des réseaux sociaux et de la rue. La bourrasque de l’insécurité et de la rue venait ainsi de secouer les fondements du parti. Il n’était donc plus question de relever le défi de maintenir à flot le navire MPP après la mort de Gorba, mais plutôt de sauver le nez de chaque membre de l’équipage. Et le dernier communiqué du MPP sur l’anniversaire du décès de Salif reconnaît expressément et à demi-mot cette tempête vécue par le parti.

C’est véritablement à partir de cet instant que le parti de Salif Diallo va expérimenter la vraie vie politique dans l’Opposition. Lui qui n’a goûté aux affres de ladite vie qu’en 11 mois seulement avant d’accéder au pouvoir, se voyait désormais condamné à en vivre plus longtemps. Premier épisode de ce chemin de croix, la saignée dans les rangs du parti. La vague de démissions de Mossé, Ousmane Nacro, Alpha Barry, de Béchir Ouédraogo, Madiara Sagnon et compagnie va fortement laisser un grand vide à l’intérieur du parti qui, malgré tout, se dira serein dans l’attente de futures échéances électorales pour prouver sa résilience.

Le parti de Salif Diallo est au milieu du gué

Mais c’était sans compter avec un coup de théâtre, notamment le coup d’Etat du 30 septembre 2022 du capitaine Ibrahim Traoré qui allait rebattre davantage les cartes politiques. Depuis lors, les activités politiques sont littéralement suspendues sur le territoire national. Conséquence : à l’instar des autres partis politiques, le MPP est dans l’hibernation totale. Plus d’activités, plus de leaders du parti dans les médias, etc. C’est le profil bas et le silence radio, à l’exception de la production des communiqués dictés par l’actualité en lien avec le parti ; communiqués signés par le premier vice-président du parti, Clément Sawadogo, en l’absence du président Bala Sakandé porté disparu et dont l’arrivée à la tête du parti aura été controversée et ouvertement désavouée par des jeunes militants après la perte du pouvoir. Cette situation que vit l’ensemble des partis a amené Alexandre Sankara du parti Progressistes unis pour le renouveau à affirmer dans les colonnes du journal « Le Pays » que « Les partis politiques ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes ». C’est dire si tous les partis politiques avalent actuellement des poires d’angoisse. Seule la traditionnelle permanence au siège du parti MPP avait encore droit de cité, jusqu’à cette interpellation en novembre 2023 de Stanislas Ouaro et d’autres militants du parti en pleine permanence. Il n’en avait pas fallu plus pour que l’ancien ministre Ouaro rejoigne le rang des démissionnaires du parti, le 4 décembre 2023 suite à sa libération. On peut donc imaginer que c’est cette suspension des activités politiques qui a empêché au parti de rendre un hommage digne de ce nom à Salif Diallo à l’occasion de cet 7e anniversaire de son décès.

Tout comme les autres partis, le parti de Salif Diallo est au milieu du gué après la disparition de celui-ci, dans l’attente tour à tour fiévreuse de la levée de la mesure de suspension des activités politiques, de la fin du terrorisme au pays ou de l’organisation des élections anticipées ou pas. Cette actualité remet au goût du jour, ce propos de Gorba qui avait eu la présence d’esprit d’interpeller le gouvernement de sa famille politique en ces termes : « Je demande au gouvernement d’avoir un peu d’audace et d’imagination et de répondre aux aspirations du peuple. Sinon, croyez-moi, nous n’aurons pas la même chance que Blaise Compaoré ». Et même si ses camarades n’ont pas été contraints à l’exil suite à la perte du pouvoir comme Compaoré car n’ayant pas forcément le même passé que celui-ci, force est de reconnaître que Diallo avait tiré très tôt la sonnette d’alarme quant au risque de perte du pouvoir par le MPP et les conséquences qui en découleront. Depuis le 22 janvier 2022, son propos prend les allures de prophétie à la Cassandre. Une prophétie qui avait bien inspiré Simon Compaoré qui avait martelé ceci au début de la décennie 2020 : « Si nous continuons comme ça, we shall disappear together (nous disparaîtrons ensemble) ». Et pour ne pas « disappear », on imagine que l’heure est certainement à l’introspection sincère et sans complaisance au sein du parti… Pour une réelle renaissance du parti qui, selon certaines indiscrétions, a survécu à une véritable cabale de liquidation orchestrée par des mains extérieures.

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La Rédaction

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