Onze ans après les évènements d’octobre 2014 qui ont marqué un tournant décisif dans l’histoire politique du Burkina Faso, les blessures physiques et morales de nombreux acteurs de cette insurrection demeurent encore vives. Parmi eux, Kassoum Nikiéma, l’un des blessés de ces journées historiques, porte toujours les stigmates de cette lutte pour la démocratie. Dans cet entretien exclusif, il revient sur les circonstances de sa blessure, l’état de santé actuel des victimes, la prise en charge par l’État, mais aussi son regard sur la situation du pays sous la transition actuelle. Avec des mots simples mais empreints d’émotion, il partage son vécu, ses regrets, ses espoirs et adresse un message fort au président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré. Lisez !

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Kassoum Nikiéma : Je suis l’un des blessés de l’insurrection populaire en 2014.

Dans quelle circonstance avez-vous été blessé lors des évènements de fin octobre 2014 ?
Ce jour-là, on m’a envoyé à la gare pour remettre un colis et c’est au niveau du château d’eau situé non loin de chez Mogho Naaba que j’ai reçu une balle au cou et je suis tombé. Le reste, je ne peux décrire puisque j’ai été transporté inanimé à l’hôpital Yalgado Ouédraogo où j’ai passé trois semaines. J’étais dans le coma durant les 3 semaines.

Quelle est votre situation sanitaire actuelle ?
Je porte toujours les séquelles. Souvent, ça ne va pas. Par exemple, pendant les mois de froid. J’ai souvent des migraines et la tête qui tourne et pire quand j’assiste à un accident, je perds le « contrôle ». Ça me fait rappeler mon infortune de 2014.

Avec les autres blessés, vous vous êtes regroupés au sein d’une association. Quelles sont les nouvelles de santé des autres blessés ? Avez-vous tous bénéficié d’une prise en charge de l’État et la plupart des blessés ont-ils recouvré totalement la santé ?
Effectivement, une association a vu le jour. De temps à autre, on se retrouve pour échanger pour s’enquérir de l’état de santé de tout le monde. Je puis vous assurer qu’il y a d’autres qui traînent toujours avec des balles dans leurs corps. Sinon, on se rencontre mais ces dernières années, ce n’est plus fréquent. Toutefois, on arrive à se voir quand même. A l’époque des faits, on a été pris en charge par l’Etat. Mais après ça, il n’y a plus rien eu. Actuellement, on paye les ordonnances à nos propres frais. Ça vaut deux ans que c’est nous-mêmes qui déboursons nos propres moyens pour l’achat de médicaments. La prise en charge de l’Etat n’a pas couvert nos besoins jusqu’à une période donnée. Pour mon cas précis, c’est moi qui paye mes ordonnances. Il faut dire qu’on a eu l’aide de l’Etat, ça vaut trois ans. Même cette année, il n’y a pas plus de trois mois, je suis allé faire un scanner au niveau de la tête à la clinique, mais c’était à mes propres frais.

Votre association fonctionne-t-elle toujours ? Et quels acquis peut-on mettre à son actif ?
L’association fonctionne mais comme je l’ai dit plus haut, les rencontres ne sont plus régulières comme avant. En termes d’acquis, on peut dire que l’association fait du mieux qu’elle peut. Entre-temps, on nous avait demandé d’envoyer des papiers (casiers judiciaires par exemple) pour des dédommagements. Et nous avons fourni ces papiers. Mais jusque-là, il n’y a pas eu de retour. Aussi, on a été décoré. Et tout ça, grâce à l’association. À chaque cérémonie d’envergure nationale, on nous invite. Cela est aussi à mettre à l’actif de l’association.

« Ils sont nombreux qui traînent toujours avec des balles à la jambe depuis 11 ans »

11 ans après les évènements de fin octobre 2014, quels sont vos sentiments et ceux de vos camarades blessés réunis au sein de l’association ? Quel bilan faites-vous personnellement de votre lutte d’alors contre la modification de l’article 37 de la Constitution burkinabè ?
11 ans après, j’ai des sentiments de regret. Puisque au moment des faits, il avait été dit qu’on va bénéficier de dédommagements pour que chacun puisse se réinsérer. Mais on n’a rien vu venir. Donc, c’est tout ça qui nous ronge. Pour mon cas, je suis tombé sur les coups de feu alors que je partais à la gare pour une commission. Mais de façon générale, ce que j’ai à dire, c’est que c’est un sentiment de regret qui nous anime. Si c’était à refaire, sincèrement, c’est pas sûr qu’on le referait. Au début, la population peut s’aligner derrière une cause pour la démocratie. Après ça, ceux qui devaient profiter ont pu bien profiter ; ceux qui sont blessés n’ont rien eu en retour alors qu’ils portent toujours des séquelles. C’est ça qui est déplorable. Ils sont nombreux qui traînent toujours avec des balles à la jambe depuis 11 ans.

Vous qui êtes un citoyen burkinabè et qui faites partie des blessés de l’insurrection de 2014 qui aspirait à un véritable changement. Quelle lecture faites-vous de la conduite du pays actuellement ?
Sans vous mentir, au tout début j’étais un peu perplexe. Mais avec ce que je vois actuellement, j’y adhère. J’étais vraiment réticent mais avec les résultats que je vois, avec ce qui se fait, j’adhère à l’idéologie des tenants du pouvoir actuellement. Et nous sommes prêts à les accompagner.

Et si vous avez un mot à adresser au président Ibrahim Traoré, qu’est-ce que vous lui direz ?
C’est des encouragements parce que ce qu’il vit au quotidien n’est pas simple. Je lui dirai aussi que le peuple y compris moi-même est derrière lui. Ce que nous voyons en termes de réalisation, nous fait espérer que demain sera meilleur. Malgré l’insécurité, nous voyons des résultats, des acquis. Il est jeune, c’est ce que nous voulions. Il est dévoué à son peuple et c’est ce que nous voulions. Ce que nous demandons à Dieu, c’est une santé de fer et une longévité au président du Faso avec tous ses collaborateurs afin qu’il puisse redresser le Burkina Faso et le mettre sur l’orbite du développement afin que nos enfants et petits-enfants vivent mieux.

Votre dernier mot !
C’est de vous remercier, remercier votre journal pour l’occasion que vous nous offrez de s’exprimer. C’est la première fois qu’un journal vient vers moi. Prions Dieu que la paix vienne au Burkina Faso.

Entretien réalisé par Ousséni OUEDRAOGO

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