Des Burkinabè ont pris position lors de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 contre le pouvoir de Blaise Compaoré contraint à s’enfuir en direction d’Abidjan. Si les uns ont été grièvement blessés, d’autres ont connu le sacrifice suprême en y laissant leur vie pour la Nation burkinabè. 10 années plus tard, les insurgés ont-ils eu raison de se révolter contre le régime d’alors ? Les attentes des insurgés ont-elles été satisfaites ? Difficile d’y répondre. L’insurrection populaire avait pour but un changement de régime politique conduisant à la mise en place d’un système plus démocratique pouvant aboutir à des réformes sociales importantes, telles que les améliorations des droits civils ou des travailleurs, ou des politiques plus équitables en matière de santé et d’éducation. Elle avait également pour but l’élargissement de la liberté d’expression et la protection des droits de l’homme, garantissant ainsi la possibilité pour les citoyens de s’exprimer sans crainte de répression. Bref, l’insurrection avait pour credo la restauration d’une justice sociale. 10 ans après, force est de noter que des acquis existent.
On peut d’ores et déjà citer la tenue des procès sur les dossiers Thomas Sankara et Dabo Boukary sous les présidents Kaboré et Damiba, comme étant des acquis emblématiques. Sans oublier l’intangibilité désormais, de l’article constitutionnel ayant trait à la limitation des mandats présidentiels dont le projet de révision pour permettre à Compaoré de régner ad vitam aeternam a précipité le déclin de celui-ci. La mesure de gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans prise sous le président Roch Kaboré, même si elle comporte des limites, soulage énormément bien des familles démunies et peut être citée comme un acquis majeur de l’insurrection populaire. A y regarder de près, les acquis ne sont pas innombrables au point que l’on est souvent tenté de déchanter. 10 ans après, les autorités continuent de déposer une gerbe en hommage aux martyrs de l’insurrection populaire. Et certains blessés dudit événement continuent eux de souffrir le martyr, notamment ceux qui n’ont pas encore recouvré la plénitude de la santé.
L’après-insurrection aura été marquée par des périodes d’instabilité, à commencer par le coup d’Etat de Gilbert Diendéré dont l’échec a permis de mettre fin au Régiment de sécurité présidentielle (RSP) mis en place par le régime Compaoré pour sécuriser celui-ci et son pouvoir. Quant au pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, démocratiquement élu en fin 2015, son initiative de rétablir une justice sociale à travers la remise à plat des salaires chez les agents publics aura été mort-née au grand dam des insurgés. Deux autres faits sont venus doucher les espoirs des insurgés : le terrorisme et la mal gouvernance. Sur le 1er sujet, les régimes Kaboré, Damiba et Traoré qui se sont succédé, n’ont jusque-là pas encore trouvé la thérapie au mal terroriste qui gangrène le corps social et paralyse l’économie nationale en quête toujours d’un nouveau souffle. Conséquence, l’amélioration des conditions de vie des populations qui a constitué l’un des leitmotivs de l’insurrection, se fait toujours attendre avec une cherté de vie liée en grande partie au terrorisme : pléthore de taxes sur des produits au nom de l’effort de guerre, augmentation du prix des denrées (céréales) du fait d’une production agricole en baisse provoquée par l’exode des populations des campagnes qui ont abandonné domiciles et champs pour fuir les exactions terroristes, etc.
L’insurrection populaire aura trahi sur certains points
Quant à la mal gouvernance, à l’exception de quelques-uns qui ont été élucidés, les scandales notamment financiers qui ont défrayé la chronique sous les régimes Compaoré, Kaboré et Damiba et leur non élucidation sur le plan judiciaire ne sont pas sans contrarier les attentes des insurgés. Sur cette même question judiciaire, le dossier Norbert Zongo reste toujours marqué par la non extradition de François Compaoré toujours en cavale, au même titre que Blaise Compaoré, au grand désarroi des insurgés ; tout comme la question de la réconciliation nationale reste toujours en l’état.
Toutefois, l’avènement du MPSR 2 avec à sa tête le capitaine Ibrahim Traoré, est venu remettre les pendules à l’heure sur le plan de la gouvernance où les scandales financiers se font de plus en plus rares dans l’opinion. Aussi, la réduction du train de vie de l’Etat pour l’amélioration des conditions de vie des populations participe des attentes de celles-ci. Seul bémol, les libertés d’expression et d’opinion – notamment sur la question terroriste – qui ont contribué à l’avènement de cette insurrection, sont vigoureusement mises à rude épreuve au point que certains desdits insurgés grincent les dents et déplorent un recul démocratique. Au chapitre de la rupture des relations avec la puissance colonisatrice, la dénonciation des accords léonins entre le Burkina et la France à travers lesquels les ressources du pays étaient pillées, entre indubitablement en droite ligne des desideratas des insurgés pour qui, Paris est en partie responsable de leur malheur. Ce n’est donc pas le fait du hasard si on assiste à un soutien des masses populaires à l’endroit du capitaine Traoré considéré comme le symbole de la renaissance de Sankara avec ses prises de décisions contre l’impérialisme et ses valets locaux.
Bref, avec le terrorisme qui affecte la société burkinabè dans tous ses secteurs depuis bientôt 9 ans, on peut sans risque de se tromper affirmer que l’insurrection populaire marquée par la chute de Compaoré aura précipité l’avènement du terrorisme au Burkina dont l’hydre toquait la porte depuis des années ; affectant ainsi la fragile paix sociale sous l’ère Compaoré où gîtes et couverts étaient offerts aux terroristes à Ouagadougou au nom de cette paix fragile qui a laissé place à une société qui compte désormais sans cesse ses cadavres sous le joug du terrorisme. C’est dire que d’une manière générale, les fruits de l’insurrection populaire n’ont véritablement pas tenu totalement la promesse des fleurs et que l’insurrection aura trahi sur certains points. En attendant…
La Rédaction
Article publié dans la parution du 15 octobre 2024 du journal La Nation en marche

