C’est devenu une tradition maintes fois annoncée et autant de fois contenue. Le 21 avril 2025, le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, informait l’opinion, à travers les antennes de la RTB Télé, un projet de coup d’Etat déjoué et qui devrait avoir lieu le 16 avril. C’est dire si finalement, depuis l’arrivée aux affaires du président Ibrahim Traoré, le Burkina Faso vit au rythme de putschs déjoués, tant on ne compte plus le nombre de fois qu’une telle annonce télévisée ait été faite. Et comme d’habitude, c’est encore la Côte d’Ivoire qui est pointée du doigt comme base de repli des militaires dissidents animés de velléités putschistes. Accusation que le Premier ministre, Emmanuel Ouédraogo, accentuera en martelant que ce pays « offre le gîte et le couvert » aux détracteurs de la transition burkinabè. Cette situation montre à souhait que ce n’est pas demain la veille de l’appétence d’une partie des militaires pour la chose politique ce, tant que l’armée sera politisée. Aux premières heures de son arrivée au pouvoir, notamment lors de sa rencontre avec les hommes politiques, le président Ibrahim Traoré avait lui-même affirmé sans détour que notre armée a été pendant longtemps politisée. Le président enfonçait ainsi des portes ouvertes, quand on sait que depuis les indépendances du Burkina à nos jours, le pays a pratiquement été régulièrement gouverné par des militaires.

Cette affaire de coup d’Etat déjouée venait ainsi se superposer à une autre affaire brûlante toujours pendante, notamment la sortie le 3 avril du général américain Mickael Langley, commandant du commandement de l’Africom, accusant le président Traoré d’utiliser les réserves d’or du pays pour sa propre sécurité au détriment de la population. La réunion de ces 2 ingrédients, perçus comme une volonté définitive de s’empiffrer réellement du capitaine sur les berges du fleuve Mouhoun, a donc suffi pour faire bouillonner la marmite sociale et politique du capitaine-président que constitue cette grande journée de mobilisation nationale et internationale du 30 avril.

Et si le comité de mobilisation a fonctionné à plein régime, il a fallu que le Premier ministre Ouédraogo y aille de son couplet à travers une interview accordée à nos confrères de la RTB et de Faso7, pour sensibiliser indirectement l’opinion sur le bien-fondé de la journée de mobilisation prévue et réussir ipso facto le pari de cette mobilisation. C’est la guerre de communication à travers laquelle les organisateurs de cette journée n’hésitent pas à lancer que « Les menaces ne passent plus. Pour atteindre le président Ibrahim Traoré, il faut d’abord marcher sur le peuple burkinabè ».

En prenant le risque de se mettre à dos certaines puissances occidentales en se revêtant du costume de la doctrine sankariste, Ibrahim Traoré a dépoussiéré la lutte et la mémoire de Sankara, de Lumumba et autres Nkrumah ; devenant ainsi, auprès d’une certaine frange de la population africaine, afro-caribéenne et afro-américaine, le chantre et l’icône d’un combat inachevé. Et ses détracteurs, tant africains qu’occidentaux, en s’acharnant sur sa personne, ont réussi l’exploit d’en faire un héros, une légende vivante d’une lutte anti-impérialiste qui reste toujours d’actualité et fait recette dans une bonne partie de l’opinion. En témoigne la monstre mobilisation supranationale du 30 avril 2025 pour soutenir le capitaine-président, perçu en Afrique du Sud, au Kenya, au Ghana, etc., comme celui-là qui a su rallumé la flamme de l’espoir éteinte au soir du 15 octobre 1987.

L’aura du capitaine-président s’en trouve bonifier

Au regard de l’omniprésence médiatique supranationale que bénéficie le Burkina depuis les propos de Langley jusqu’au 30 avril, au-delà même du président Traoré dont la popularité a franchi un véritable palier, c’est finalement au Burkina que les détracteurs du président ont rendu service en mettant en orbite un pays qui jouit de plus en plus de la sympathie dans l’opinion internationale suite à une publicité gratuite. C’est véritablement l’effet boomerang d’un acharnement qui aura produit l’effet contraire attendu. Au lieu d’inciter l’opinion nationale et internationale à voir le président Traoré en peste, force est de constater que la sortie du général américain et l’affaire du putsch avorté ont plutôt soudé et tissé davantage les liens du soutien autour du président.

A juger de par la fréquence des putschs manqués au Burkina et l’acharnement des détracteurs étrangers sur la personne du capitaine-président, tout porte à croire que le président Traoré est le président de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) le plus redouté et demeure le chef d’orchestre de l’AES à abattre en premier lieu afin de pouvoir réussir le projet de saborder la confédération du Sahel. Conséquence, l’aura du capitaine-président s’en trouve bonifier ; bonification que viennent de peaufiner les dernières communications du président lors de son récent déplacement à Moscou. Sans nul doute, sa fougue juvénile, ses traits de ressemblance sankariste, notamment son âge, l’emprunt de quelques pas ascétiques de Sankara, contribuent en partie à expliquer cette sympathie dont jouit Traoré dans l’opinion. Sans oublier cette conscience populaire décidée à rattraper son erreur de 1987 consistant à n’avoir pas protégé suffisamment le capitaine Sankara des serres des prédateurs politiques d’alors. A cela s’ajoute la grande opération de communication dont le capitaine lui-même s’est fait l’un des maillons forts pour sensibiliser les masses populaires sur le danger qui guette nos nations en ne repensant pas notre coopération avec certaines puissances réputées parrains de la vermine terroriste.

Finalement, l’hameçon habillé de verbosité a atteint la cible qui avait déjà des prédispositions à refaire du Sankara, du Lumumba, du Mandela, du Kadhafi et autres. Ironie du sort, c’est cette verbosité présidentielle que dénonce le reggaemaker ivoirien Fadal Dey dans sa chanson « Tu parles trop » sortie le 28 avril, qui draine une marée humaine sans précédent 2 jours après, soit le 30 avril. Somme toute, un coup de canon anti-impérialiste qui a fait coup double en servant notamment pour ses auteurs, de pied de nez à l’artiste ivoirien dont la chanson lui a coûté une volée de bois vert sur les réseaux sociaux. La messe est dite, le duel ouvert est sans merci et fratricide…

Adama KABORÉ

Article publié dans le numéro 33 du journal La Nation en marche du 15 mai au 14 juin 2025

 

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