Le président américain affirme s’être entendu avec la République islamique sur l’arrêt des combats et la réouverture du détroit d’Ormuz, laissant la question du nucléaire à plus tard. La guerre opposant les États-Unis et la République islamique d’Iran est officiellement terminée. L’annonce a été faite par le Premier ministre du Pakistan, médiateur entre les deux pays ennemis. « Les deux parties ont déclaré l’arrêt immédiat et permanent des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, a indiqué Shehbaz Sharif, dans un message sur X (anciennement Twitter). La cérémonie officielle de signature aura lieu le vendredi 19 juin en Suisse. »

Confirmé dans la foulée par Donald Trump sur son réseau Truth Social, l’accord doit entraîner, selon le président américain, la réouverture du détroit d’Ormuz, paralysé par la République islamique depuis le 2 mars dernier, sans perception de droits de péages par l’Iran, ainsi que la fin du blocus des États-Unis sur les ports iraniens décidée en retour. En réalité, le texte, qui n’a pas encore été rendu public, constitue davantage un protocole d’entente sur la fin des combats et la libre circulation maritime dans le golfe Persique qu’un accord complet mettant fin aux contentieux entre les deux pays ennemis. Dès la signature officielle du document vendredi 19 juin prochain, Washington et Téhéran doivent entrer dans une période de négociations de soixante jours pour traiter des sujets les plus complexes, en premier lieu desquels figure la question épineuse du nucléaire iranien.

24 milliards de dollars d’avoir iraniens dégelés

À la veille de l’annonce d’un compromis, Donald Trump avait indiqué que l’Iran s’était engagé à ne jamais obtenir une arme atomique. Dans une interview au New York Times, le président américain a suggéré cette nuit qu’il pourrait accepter une suspension de l’enrichissement d’uranium iranien de quinze ans, et laissé entendre que l’Iran pourrait continuer à enrichir à un taux de faible niveau « qui ne pourrait jamais être utilisé à des fins militaires ». Les discussions au cours des deux prochains mois devraient également porter sur le stock d’uranium hautement enrichi (à 60 %) qui se trouve toujours sous les décombres du centre de recherche nucléaire iranien d’Ispahan et de la centrale de Fordo. Après avoir exigé son transfert aux États-Unis, Donald Trump semble prêt à accepter que le combustible soit dilué en Iran même.

En échange, la République islamique devrait bénéficier d’un allègement des sanctions américaines qui étouffent son économie. Selon l’agence de presse iranienne Mehr, l’Iran devrait se voir verser à l’issue des pourparlers près de 24 milliards de dollars (environ 20,7 milliards d’euros), dont la moitié dès aujourd’hui, sous forme d’avoirs iraniens dégelés. Une concession que n’a pas démentie Donald Trump dans son interview au New York Times. Ce dernier point est important. Lors de la signature du précédent accord sur le nucléaire iranien par Barack Obama en juillet 2015, Donald Trump avait fustigé le « pire accord de l’histoire », offrant à l’Iran des « milliards de dollars en cash ». Furieux que le texte ne traite pas du programme balistique de Téhéran, ni de son influence régionale, le milliardaire républicain s’en était unilatéralement retiré en mai 2018 après son accession à la Maison-Blanche, alors que la République islamique respectait ses engagements, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Les bourses rassurées

Huit ans et deux guerres plus tard, le président américain est engagé sur la voie d’un accord final laissant à l’Iran une capacité minimale d’enrichissement d’uranium, sans traiter de son programme de missiles balistiques, ni de son soutien à ses mandataires régionaux (Hamas, Hezbollah, Houthis, milices chiites irakiennes…), tout en ouvrant la voie au déblocage en faveur de la République islamique de milliards de dollars de fonds iraniens gelés.

Certes, le pensionnaire de la Maison-Blanche peut se targuer d’avoir réussi à trouver une issue à une crise qui paralysait depuis trois mois et demi l’économie mondiale, en obtenant sur le papier la réouverture du détroit d’Ormuz. Ainsi, lundi matin, les cours du pétrole plongeaient de 5 % tandis que les Bourses asiatiques s’envolaient, soulagées par l’annonce de l’accord américano-iranien. Mais cette crise n’a-t-elle pas été provoquée par Donald Trump lui-même, lorsqu’il a décidé d’attaquer le 28 février dernier l’Iran sans stratégie claire et définie ?

Le Point Afrique

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