Dans notre précédente édition en date du 15 avril 2026, nous tirions la sonnette d’alarme sur la situation sécuritaire dans la commune de Diabo dans la région du Gulmu. Entre appel à la cohésion dans les rangs de la lutte antiterroriste et proposition de pistes de solutions pour juguler la dégradation de la situation sécuritaire, nous gardions encore espoir que les choses vont malgré tout s’améliorer pour permettre aux populations concernées de voir se pointer à l’horizon la lueur des prémices de la sérénité perdue et partant, de permettre à certains de pouvoir espérer mener leurs activités agricoles durant la saison agricole qui s’annonce. Mais que nenni !
Depuis lors, la situation s’est même plutôt envenimée dans bien des endroits, notamment dans les villages administratifs de Seiga, Yawêga, etc. Les stigmates des attaques terroristes du 7 avril 2026 dans ces villages et dans la commune voisine de Bissiga sont encore frais dans nos mémoires, sans oublier les plus récentes exactions commises au cours de la semaine du 3 au 7 mai 2026 dans les périphéries du centre de la commune et de Seiga. Conséquence : c’est le grand ballet incessant à Seiga dont une grande partie de la population a quitté les lieux, pour se réfugier partout où cela est possible. « Il faut qu’on parte, on ne peut plus rester ici », « La situation nous dépasse », etc. Voilà quelques réactions des intéressés, désormais dépités. Puis, intervint le coup de grâce : les incursions des terroristes, le 12 mai 2026 au village de Tangaye et de Zecca, ce dernier étant situé à un jet de pierres du centre de la commune de Diabo, avec toujours le même mode opératoire : civil tué, maisons et greniers incendiés, etc. Conséquence, c’est le pic de la psychose et la fuite en cours de la population pour sauver sa peau…
C’est le remake de l’histoire qui a décidé tristement de demeurer constante dans la commune ! On s’en souvient ! A la suite de l’attaque terroriste d’avril 2025 qui a causé d’énormes dégâts matériels et humains à Satenga – un autre village administratif de la commune –, ce village s’était complètement vidé, tout comme les villages environnants qui n’ont pas été par la suite épargnés de la furie des voyous aux pantalons sautés et aux visages enturbannés. Conséquence : aucune activité agricole n’avait alors pu être menée dans ces villages lors de la dernière saison agricole. Seiga avait d’ailleurs servi de réceptacle pour bien des habitants de ces villages, lesquels avaient bénéficié de la solidarité des villageois de Seiga pour trouver logement et autres moyens de subsistance. Avant de se voir encore obligés de quitter actuellement Seiga pour poursuivre une « errance » dont on ignore quand elle prendra fin.
Diantre ! Qu’est-ce qui n’a pas marché dans la commune tout entière dont les villages Kougla, Baléré, Ziella, Zecnabin, Nouroulaye, Piiga, Djoassin, Benkoko, Lorgho, Gonryambin, Kourioguin, Kamona, Pizonguin, Satenga, Kataguié, Daboadin, Belemtibin, Zonatenga, Seiga, Sanewabo, Silmitenga, etc., appartiennent désormais aux voyous ?, est-on tenté de s’interroger. Une interrogation d’autant plus fondée que les filles et fils de la localité se sont mobilisés, à leur manière, pour contribuer à rendre gorge à l’ennemi. Allant au-delà de l’acceptation des sacrifices que constitue la batterie des « taxes » mises en place par le régime pour supporter l’effort de paix, la population diabolaise a initié des opérations de mobilisation de fonds et de vivres qui ont permis d’accompagner les forces combattantes avec du matériel de combat. L’une de ces initiatives avait d’ailleurs permis d’acheter des drones pour faciliter le travail des forces combattantes parmi lesquelles on compte des fils de la commune engagés en Volontaire pour la défense de la patrie (VDP). Nous y avons tous cru ! Et avons mis notre foi et âme dans cette démarche de contribution communautaire à la résolution de l’équation terroriste dans les limites territoriales de la commune des zaocés. De la part de l’Etat, la commune a enregistré à plusieurs reprises l’arrivée de forces combattantes dont les faits d’armes ont souvent permis une accalmie qui s’est finalement révélée précaire au regard de l’évolution de la situation. On avait même espéré que la synergie d’actions des forces combattantes des communes de Diabo et de Bissiga aurait été la bouée de sauvetage pour la sécurité à Seiga, mais que nenni !
La réalité de la situation sécuritaire met en exergue les limites des efforts individuels et étatiques consentis jusque-là
Une chose est sûre : la réalité de la situation sécuritaire met en exergue les limites des efforts individuels et étatiques consentis jusque-là et commande de remobiliser les énergies et de faire preuve davantage d’imagination pour prendre de nouvelles initiatives, sous peine d’assister à une « kidalisation » de la commune devenue une peau de chagrin avec un nombre élevé de villages placés sous la coupe des terroristes dont la première action dans la localité remonte à juillet 2022. Depuis lors, l’hydre a tissé sa toile jusqu’à l’étendre à environ 3 km du centre de la commune qui est certainement dans la ligne de mire terroriste. La prise de conscience de ces limites incombe à la fois à l’Etat et aux forces vives de la commune pétrie d’intelligences individuelles, lesquelles devront trouver là l’occasion de donner libre cours à leur intelligence. L’on a encore en mémoire cette assemblée générale tenue à Ouaga par les Diabolais de la capitale, laquelle a été sanctionnée par la mise en place d’un comité et a accouché des résolutions héroïques dont on ignore la suite. Autant il urge pour l’Etat d’initier dans l’immédiat une opération sécuritaire dans la commune qui n’a cessé de solliciter en vain l’institution d’un détachement ou d’un camp militaire, autant il urge pour les Diabolais de la capitale de revitaliser le comité de « guerre » sus-cité et surtout d’aller vite pour aboutir à des actions sécuritaires urgentes sur le terrain…
Une autre idée ! Pendant que certains éléments de nos forces combattantes plaident pour la construction d’une tranchée devant lier la fin de la tranchée de Bissiga à la route nationale N°4 aux confins de la commune de Diapangou, pourquoi ne pas expérimenter cette piste de solution qui aurait fait ses preuves dans la commune de Bissiga, aucune solution n’étant de trop et la résignation ne devant avoir droit de cité dans nos cœurs ? A supposer que l’Etat soit débordé en termes de déploiement de matériel dans d’autres localités du pays pour les mêmes besoins de tranchée, les intelligences diabolaises pourraient mettre à contribution leurs propres frères opérateurs économiques pour la disponibilité du matériel, avec l’espoir que l’Etat mette un point d’honneur à sécuriser les opérations. Reste à espérer que ces pistes de solutions soient le prélude à une véritable remobilisation des différentes forces face à la triste équation sécuritaire toujours pendante dans la commune de Diabo…
Adama KABORE

