Nous vous proposons ci-dessous un article de nos confrères de Le Point Afrique sur l’accueil par Kinshasa de migrants expulsés des États-Unis. La titraille est de notre Rédaction. Lisez !
Entre stratégie américaine et réalités congolaises. « Pourquoi accueillir des migrants expulsés dans un pays confronté à ses propres urgences ? » : Kinshasa face à un choix controversé. Une quinzaine de ressortissants étrangers expulsés des États-Unis ont atterri à Kinshasa. Derrière cette arrivée discrète, un accord migratoire encore flou, sur fond de partenariat stratégique entre Washington et la RDC.
Dans la nuit du 16 au 17 avril, un vol en provenance des États-Unis a atterri à Kinshasa avec à son bord quinze migrants. Sept femmes et huit hommes, originaires notamment de Colombie, du Pérou et de l’Équateur, selon des sources proches du dossier. Aucun n’est de nationalité congolaise. Leur présence s’inscrit dans un dispositif d’accueil temporaire négocié entre Washington et Kinshasa.
Un accueil encadré et financé par Washington
Selon le gouvernement congolais, ces ressortissants ont été admis sous couvert de titres de court séjour, « dans le respect de la législation nationale et des engagements internationaux ». Kinshasa insiste : l’ensemble des coûts liés à leur prise en charge est supporté par les États-Unis. Une précision destinée à calmer les inquiétudes dans un pays déjà confronté à de lourdes contraintes économiques.
Les migrants seraient actuellement hébergés dans une résidence de la commune de la N’sele, à Bibwa, en périphérie de la capitale. Le gouvernement a sollicité l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), chargée d’assurer un accompagnement humanitaire et, si nécessaire, un retour volontaire vers les pays d’origine.
Mais de nombreuses zones d’ombre subsistent : ni le nombre total de migrants concernés ni les modalités précises de l’accord n’ont été rendus publics. D’autres arrivées seraient déjà prévues.
Une opinion publique sceptique
Cette décision suscite des interrogations. Pourquoi accueillir des migrants expulsés, souvent pour des raisons judiciaires, dans un pays confronté à ses propres urgences ? Dans l’opinion, une question domine : cette coopération migratoire constitue-t-elle une priorité pour la RDC ?
La RDC rejoint une liste croissante de pays africains ayant accepté d’accueillir des migrants expulsés des États-Unis, parmi lesquels la Guinée équatoriale, le Ghana, le Rwanda, le Soudan du Sud, le Cameroun ou encore l’Eswatini. Cet accord s’inscrit dans un partenariat plus large. En décembre 2025, Washington a conclu avec Kinshasa un accord portant sur l’accès aux ressources minières stratégiques congolaises, essentielles à l’industrie électronique mondiale.
Ce rapprochement intervient alors que la RDC reste fragilisée par une crise sécuritaire persistante. Depuis 2021, la résurgence du mouvement armé AFC-M23 a ravivé les tensions dans l’Est. Début 2025, les rebelles ont pris le contrôle de Goma puis de Bukavu, aggravant une situation humanitaire déjà critique. Dans ce contexte, l’arrivée de migrants expulsés pose une question plus large : jusqu’où Kinshasa est-elle prête à s’engager dans les priorités de Washington ?
Le Point Afrique

