Depuis 2021, la composante 3 du Projet d’urgence de développement territorial et de résilience (PUDTR) dédiée à l’autonomisation et à la relance économique communautaire a soutenu des associations, des femmes et des jeunes dans le développement d’activités génératrices de revenus. Après cinq années de mise en œuvre, l’heure est au bilan. Sur le terrain, les bénéficiaires racontent comment ces appuis ont amélioré leurs conditions de vie, consolidé leurs revenus et renforcé la résilience économique locale.
Après 5 années de mise en œuvre, les bénéfices du PUDTR ne sont plus à démontrer. Pour le cas spécifique de la lutte contre la pauvreté à travers les Activités génératrices de revenus (AGR), l’intervention du PUDTR s’est structurée autour d’appuis financiers, de la formation et l’équipement des associations, des jeunes et des femmes à travers le pays. Ainsi, 1 000 femmes ont été formées en éducation financière, marketing digital, en tissage et teinture, avec une dotation en équipements et un fonds de roulement d’un montant global estimé à 564 330 000 F CFA. Alima Ouango est une jeune dame non en encore mariée et réside à Koupèla dans la province du Kouritenga où 80 femmes ont été formées en tissage et teinture. Après la formation, elle a opté pour le tissage comme métier. L’activité lui rapporte entre 30 000 et 35 000 F CFA le mois, dit-elle. Ce qui, selon elle, constitue une source de revenus importante, lui permettant de satisfaire ses besoins et ceux de ses parents. « Les prix de vente des pagnes Faso Danfani que je tisse, vont de 7 500 à 20 000 F CFA », a-t-elle fait savoir. Quant à Alima Béogo, installée à Tenkodogo dans la province du Boulgou – qui compte 120 bénéficiaires –, elle exerce pleinement l’activité de tissage et teinture de Kôkô Donda, laquelle constitue un gagne-pain important pour sa famille. Elle confie que son chiffre d’affaires atteint 50 000 à 100 000 F CFA la semaine et qu’une bonne partie du revenu est réinjectée dans l’activité, permettant ainsi d’augmenter l’offre en pagnes de plusieurs variétés.

Dans l’Ouest du Burkina, notamment au secteur 5 de Banfora, Hélène Zida exerçait déjà dans le domaine depuis 25 ans. «La formation du PUDTR est venue renforcer mes connaissances parce qu’il y avait beaucoup de choses que je ne maîtrisais pas », a-t-elle indiqué. Avec une seule machine à tisser qu’elle disposait déjà, poursuit-elle, il était difficile de produire en quantité les pagnes traditionnels. «Du coup, avec la dotation du projet PUDTR, j’avais maintenant 2 machines à tisser. J’ai pu à mon tour former une dizaine de personnes dont 3 Personnes déplacées internes (PDI). Deux d’entre elles travaillent actuellement avec moi et sont rémunérées ; ce qui renforce leur résilience face à la crise sécuritaire », révèle-t-elle. A ce jour, ajoute-t-elle, grâce au renforcement de son activité par le PUDTR, elle a pu faire des économies et s’acheter une troisième machine à tisser, renforçant ainsi ses capacités opérationnelles. Sur le plan financier, elle affirme réaliser un bénéfice mensuel moyen de 25 000 F CFA. «Ce revenu m’aide beaucoup dans la scolarisation de mes enfants. Avant, je demandais de l’aide et en retour, on me parlait mal. C’était vraiment des nuits blanches, avec parfois des larmes au fond de l’œil. Mais l’intervention du PUDTR a changé cette situation et je rends gloire à Dieu», a-t-elle raconté.

«Le projet a été très bénéfique pour moi»
Sur le même chapitre, il est à noter que 61 associations de 6 186 membres dont 3 086 personnes déplacées ont été formées, équipées et dotées d’un fonds de roulement d’un montant global estimé à 152 469 083 F CFA, dans divers domaines d’activités. Dans la commune de Yargo par exemple, l’association Bangre-Nooma qui évolue dans l’élevage de la volaille et de petits ruminants, a bénéficié de cette intervention du PUDTR à hauteur de 11 969 500F. Selon son président, Salif Wango, le soutien bénéficié est d’une grande utilité pour les 67 membres de l’association comprenant des femmes, des personnes déplacées et des personnes vivant avec un handicap. « La formation nous a montré comment s’y prendre pour formuler avec succès une demande de subvention auprès d’organismes. Elle nous a aussi outillé en connaissances pour une bonne pratique de l’élevage et comment gérer nos finances avec efficacité », a-t-il déclaré. Avant de souligner que grâce aux équipements et au soutien financier, l’association a pu vendre pendant les mois de novembre et de décembre 2025, des moutons à 35 460 000 F CFA, contre 45 000 000 de F CFA pour le mois de février 2026. « Côté volaille, pour les mois de décembre 2025 et janvier 2026, on a vendu des poulets d’une valeur de 4 900 000F », a-t-il ajouté, notant de passage qu’une bonne partie de ces poulets a été commandée par internet dont l’usage, comme moyen d’écoulement de leur production, leur a été appris par le PUDTR.

Hormis ces formations et équipements, 43 étudiants issus de diverses universités du Burkina dont 3 PDI ont été formés en activités agro-pastorales par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation pour la mise en place et la tenue d’une entreprise agricole à Bagrépôle. Après la formation sanctionnée par la délivrance d’une attestation, ils ont chacun reçu 650 000 F CFA à titre de fonds de roulement. Formés entre juillet 2023 et septembre 2024, ces étudiants appelés « incubés » ont été immergés dans la pratique agro-pastorale, renforçant ainsi les connaissances théoriques apprises à la formation. Parmi eux, figure Arlette Kaboré qui explique que la formation pour la production en saison pluvieuse a concerné les semences, notamment le riz, le maïs, le soja, le niébé, la patate douce, le manioc, etc. « Pour ce qui est de la campagne sèche, nous avons été formés en production maraîchère notamment l’oignon, la tomate, l’aubergine, le piment et le blé en expérimentation», ajoute celle qui est titulaire d’une licence en agronomie et d’un master en protection et amélioration des plantes.

Lors de la sortie de promotion en septembre 2024, dit-elle, les incubés ont reçu chacun du matériel composé d’un tricycle, un motoculteur, des fertilisants, des semences et un grillage pouvant clôturer une superficie d’un hectare. En chiffres, c’est 495 188 000 F CFA que le projet a investi pour l’ensemble des équipements et du fonds de roulement. « Nous avons eu un contrat de bail avec Bagrépôle pour un hectare par incubé », a indiqué Arlette Kaboré. «Le projet a été bénéfique pour nous. Parmi nous, il y avait des étudiants en fin de cycle qui ne savaient pas quoi faire. Maintenant, ils ont une activité qui leur rapporte des revenus», a-t-elle témoigné. A ses dires, le tricycle par exemple, facilite le transport des semences au champ et les productions, du champ au marché pour l’écoulement de celles-ci.

Titulaire d’une licence en biologie générale, Nabonswendé Adeline Sawadogo fait aussi partie des incubés. Elle se dit apte à produire des semences de plusieurs spéculations. «Sur un espace de 0,72 hectare et pour ma première production, j’ai pu récolter plus de 12 tonnes d’oignons, soit 120 sacs de 100 kilogrammes», a-t-elle déclaré, le sourire aux lèvres. Pour la campagne pluviale 2025-2026, a-t-elle poursuivi, sur un espace exploité de 0,5 hectare, ce sont 25 sacs de 100 kilogrammes de maïs qui ont été récoltés. «J’ai semé 2 kilos de niébé et j’en ai récolté 100 kg. Les équipements offerts m’ont énormément aidée. Sans ces équipements, je n’aurais pas pu atteindre cette production car l’agriculture nécessite de nos jours beaucoup d’investissements», s’est-elle félicitée, se réjouissant de ce que sa production comble ses propres besoins en alimentation. Et de ce que la campagne sèche en cours s’annonce bonne. A cela s’ajoute un gain sur le plan financier, notamment un bénéfice réalisé à l’issue de la vente de la production atteignant plus d’un million de francs CFA. «C’est cet argent qui me permet d’assurer mes besoins à Bagré, notamment le carburant, le loyer, etc.», a noté Adeline Sawadogo. Mais il n’y a pas que les incubés qui profitent de ces interventions du PUDTR. «Il y a des bénéficiaires indirects parce que sur le site d’exploitation, chaque incubé a recruté au moins un ou deux ouvriers », a confié Arlette Kaboré. Son propos est corroboré par Adeline Sawadogo. Pour mener à bien ses activités, celle-ci indique avoir recours à la main-d’œuvre locale. A titre d’exemple, elle a déboursé 25 000 F CFA pour se faire assister en labour pour la culture du maïs, 22 500 F CFA pour les semences et 25 000 F CFA pour le sarclage. Selon le suivi de l’activité, les premières récoltes en maraicher-culture ont été faites courant mars-avril 2025 avec une production de 77,363 tonnes. Les ventes enregistrées sont estimées à 16 352 500 F CFA avec 55,7 tonnes vendues.

Faïçal Doussa obtient maintenant des marchés d’installation solaire de 500 000 F contre 50 000 F auparavant
Par ailleurs, 453 jeunes ont bénéficié de formation en installation et maintenance en énergie photovoltaïque, sans compter des équipements pour le démarrage de leurs activités, notamment un casque de sécurité, des chaussures de sécurité, etc. A Fada N’Gourma dans la région du Goulmou, Faïçal Doussa a pu se professionnaliser grâce cette formation et obtient maintenant des marchés d’installation solaire de 500 000 F contre 50 000 F auparavant. Tout comme lui, Uri Illa, résidant à Boromo, affirme que la formation a relevé ses compétences et lui permet d’avoir un revenu mensuel oscillant entre 100 000 et 150 000 F CFA, après qu’il a formé 3 personnes qui l’assistent. «Nos prestations sur le terrain sont très appréciées par les clients et c’est déjà un départ positif pour nous», confie M. Illa. Dans la province des Banwa, précisément dans la commune de Kouka (région de Bankui), Souleymane Sanou fait aussi partie des bénéficiaires de cette formation alors qu’il ignorait tout de l’énergie solaire. «Je m’en sors grâce à cette formation. J’ai fait des installations solaires chez des particuliers, tout comme dans des services publics», a-t-il témoigné. Sur le plan financier, M. Sanou affirme réaliser un revenu annuel d’environ 400 000 F CFA, lui permettant de s’occuper de sa famille. «Je remercie l’État pour cette faveur à travers le PUDTR», a-t-il conclu.
Léon YOUGBARÉ et Adama KABORE
Article publié dans la parution d’avril 2026 du journal La Nation en marche

