« Je ferai de la RD Congo la Chine de l’Afrique », disait l’ancien président congolais, Joseph Kabila, à son arrivée au pouvoir en 2001… Si l’on a l’habitude de dire que les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient, Kabila aura réussi l’exploit maladroit de donner raison à ceux qui pensent que la plupart des hommes politiques sont des parjures et experts dans l’art de l’imposture… Condamné, le 30 septembre 2025, à mort par contumace et à payer 3 milliards de dollars américains, par la Justice de son pays pour connivence ou soutien avec les rebelles du M3 pour déstabiliser le régime de Kinshasa, l’homme aura fait preuve de duplicité pendant son règne marqué par une gestion opaque des fonds de l’Etat et une « nécropolisation » de son pays où la répression sans merci des manifestations n’avait d’égal que sa boulimie du pouvoir. On s’en souvient ! Cette boulimie pour laquelle Kabila ne faisait pas mystère de sa volonté de rester au pouvoir au terme de ses mandats constitutionnels, avait alimenté toutes sortes de spéculations source de manifestations qu’il réprima dans le sang. Bilan : des dizaines de morts enregistrées. Si pressé par les manifestations et l’opinion publique nationale et internationale, il n’a pu obtenir la possibilité de s’octroyer de nouveaux mandats présidentiels, il a pu tout de même s’adjuger un bénéfique glissement électoral : l’élection présidentielle n’a pas pu se tenir à la date constitutionnelle prévue (fin 2016), lui permettant par des arguties juridiques de rester à la tête de l’Etat congolais pendant encore 2 ans jusqu’à fin décembre 2018 pour organiser une nouvelle élection.

En passant le pouvoir en début 2019 à Félix Tshisekedi, l’ancien président Joseph Kabila (à gauche) s’attendait à gérer le pouvoir par procuration

Si celui qui froissait les règles de l’orthodoxie financière à travers de façon fréquente des virements importants depuis les caisses de la banque centrale de l’Etat pour ses dépenses de souveraineté malgré la réticence de son ancien ministre de l’Economie, Freddy Matungulu, avale aujourd’hui des poires d’angoisse judiciaires au relent politique, il n’est pas non plus un enfant de chœur politique. Lui qui a poussé l’outrecuidance jusqu’à s’acharner sur l’opposant et ancien gouverneur du Katanga notamment Moïse Katumbi, victime d’une cabale judiciaire où celui-ci s’est vu condamner et empêcher de rentrer au pays malgré sa volonté de retour au bercail, comprend certainement aujourd’hui que la roue tourne. Lui qui, 2 ans après avoir transmis le pouvoir au président Félix Tshisekedi, a vu lever les barrières et blindés qui quadrillaient les principaux axes de sa résidence privée tout comme le remplacement des militaires commis à sa sécurité par des policiers, ne s’imaginait pas que ces faits n’étaient que le prélude d’un long feuilleton de traversée de désert politique. Lui qui, a assisté impuissant à l’effondrement de sa galaxie au sein du pouvoir Tshisekedi – la destitution de la présidente de l’assemblée nationale et du Premier ministre, sans oublier le retournement de veste de « ses » députés et la majorité de ses gouverneurs qui ont rejoint le camp Tshisekedi –, a certainement pris des vessies pour des lanternes en pensant vivre là le coup de grâce de son chemin de croix politique. Sans nul doute, l’ancien Bula Mutari (surnom donné à tous ceux qui ont dirigé la RD Congo par le pire) qui depuis 2020 ne souhaite pas voir même en peinture le président Tshisekedi pour non-respect de leur présumé « deal » politique, entendait se venger froidement de son successeur si tant est qu’il est établi qu’il flirtait réellement avec les rebelles auteurs de crimes de guerre dans l’est du Congo. A l’heure de l’introspection, Kabila comprend donc que la confiscation du pouvoir de Martin Fayulu, présumé vainqueur de l’élection présidentielle de 2018, n’avait seulement fait que différer l’échéance d’une descente aux enfers inévitable et dont le goût paraît plus amer que celui qu’il était censé vivre sous l’ère Fayulu.

Les acteurs politiques opprimés pendant l’ère Kabila dansent le dombolo

Maintenant que la condamnation à mort a été prononcée à son encontre et que son arrestation a été ordonnée pour exécution de la décision de justice, on ne peut éprouver de la sympathie pour un tel dictateur qui, durant son règne, a utilisé les leviers du pouvoir pour réprimer son peuple dans le sang sur fond de boulimie de pouvoir. L’ancien homme fort du Congo qui pensait gouverner le pays par procuration avec l’arrivée au pouvoir de Tshisekedi, a joué et a perdu. A l’heure du bilan, le cas Kabila relève d’un patent échec politique ; lui qui a été incapable de préparer à temps sa succession, préférant louvoyer pour un glissement électoral de 2 ans et attendant les dernières heures de son règne pour « fabriquer » l’épouvantail que constitue son homme-lige Emmanuel Ramazani Shadari copieusement battu à l’élection présidentielle de fin décembre 2018. En attendant de voir la suite de ce feuilleton de l’oppresseur opprimé, ce sont les acteurs politiques opprimés pendant l’ère Kabila qui dansent le dombolo. Charles Mwando Nsimba, Freddy Matunguli (ancien ministre kabiliste des Finances) humilié et contraint à la démission pour sa gestion vertueuse des finances du pays, de même que Moïse Katumbi qui a vu des vertes et des pas mûres sous l’ère Kabila, sont certainement ces acteurs qui se trémoussent actuellement sur les berges du fleuve Congo.

Adama KABORE

Article publié dans la parution du 15 octobre 2025 du journal La Nation en marche

Dans la même catégorie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *