Le 2 octobre 2025 à Abidjan en Côte d’Ivoire, le conseil national de sécurité instruisait le ministre de la Sécurité de prendre toutes les dispositions en vue de restaurer l’ordre et la sécurité dans cette période préélectorale. Ce, y compris l’interdiction des meetings et manifestations publiques. À la suite de cette décision, le front commun constitué des partis politiques PPA-CI et PDCI a décidé de maintenir son projet de marche mais de le reporter au 11 octobre au lieu du 2 octobre comme initialement prévu. Pour Gilles Christ Djédjé, militant du parti PPA-CI, ce report est « acte stratégique ». Lisez plutôt !
La marche du Front Commun, prévue pour le 04 octobre, a été reportée au 11 octobre. Cette décision, annoncée par le Président Exécutif du PPA-CI, le professeur Sébastien Dano Djédjé, n’est pas un recul mais un acte stratégique face aux manœuvres d’un pouvoir qui instrumentalise les institutions et pousse l’arbitraire à son paroxysme.
Le Conseil National de Sécurité (CNS), réuni le jeudi 02 octobre, a franchi une nouvelle ligne rouge. Tout en affirmant que la situation sécuritaire est maîtrisée, le CNS a décrété l’interdiction de toute manifestation contre la décision du Conseil constitutionnel, autrement dit contre le juge de s élections. Mais qui donc a demandé une marche pour contester ce verdict ? Personne. Pas un mot du Front Commun n’allait dans ce sens. Le CNS a inventé une intention, forgé un ennemi imaginaire et transformé un droit constitutionnel en crime politique.
Qu’on nous explique quel était donc l’État sécuritaire lors de la grande marche du 09 août dernier, organisée sans incident majeur. Si aujourd’hui le CNS affirme que la situation sécuritaire s’améliore, c’est bien la preuve qu’hier n’était pas mieux qu’aujourd’hui. Alors sur quelle base peut-on interdire toute manifestation publique et pacifique ? Comment justifier qu’un système présenté comme « renforcé » et « amélioré » serve désormais de prétexte pour priver les citoyens de leurs droits fondamentaux ? Cette contradiction à elle seule révèle que l’argument sécuritaire n’est qu’un habillage mensonger, une arme politique pour empêcher la rue de parler et pour bâillonner l’opposition.
Pire, le communiqué a osé ajouter une formule insidieuse : « jusqu’à nouvel ordre ». Ce n’est pas un détail. C’est l’aveu qu’il ne s’agit plus d’une mesure ponctuelle, mais d’une suspension indéfinie des libertés publiques. Derrière ces mots se cache en réalité un état d’exception déguisé, imposé sans déclaration officielle, sans débat, sans respect des lois. Par cette formule, le CNS se place au-dessus du Conseil constitutionnel lui-même, au-dessus de la Constitution, et décrète qu’aucun citoyen n’a le droit de manifester tant que le régime n’en aura pas décidé autrement.
Dans le même temps, certains vidéastes bien introduits dans le système RHDP laissent entendre que le pouvoir s’apprêterait à orchestrer des grabuges à attribuer à l’opposition, avec à la clé l’arrestation de cadres et leaders. Mais ces scénarios ne sont que des épiphénomènes : des tentatives désespérées pour intimider et disperser le peuple, qui n’ont jamais pu ni ne pourront stopper la détermination populaire. La vraie force demeure dans la mobilisation pacifique et massive qui s’annonce.
Cette décision pose un problème démocratique majeur, surtout à la veille de l’ouverture officielle de la campagne électorale. Comment un pouvoir peut-il prétendre organiser une compétition libre et équitable alors qu’il interdit à l’opposition de mobiliser ? Comment parler de pluralisme quand l’État instaure un régime de censure politique sous couvert de sécurité ? Le RHDP vient de dévoiler ses limites : il n’organise pas une élection, il met en scène une mascarade, verrouillée par la peur et la répression.
Le 11 octobre, la marche du Front Commun ne sera pas une contestation du juge des élections, comme l’invente le CNS. Elle sera une contestation du mensonge, de l’arbitraire et de la dictature rampante. Ce jour-là, le peuple dira haut et fort que le seul « ordre » valable n’est pas celui décrété par un Conseil de Sécurité transformé en tribunal politique, mais celui dicté par la souveraineté populaire.
Le RHDP peut bien multiplier les interdictions et se cacher derrière un « jusqu’à nouvel ordre » digne d’un état d’urgence permanent. Mais l’ordre qui s’imposera, tôt ou tard, sera celui du peuple ivoirien debout, refusant de vivre sous la botte d’un régime qui confisque sa liberté.
GILLES CHRIST DJÉDJÉ

