Le 8 septembre 2025, le conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire rendait publique la liste définitive des candidats retenus pour le scrutin présidentiel de 2025. Cette liste sur laquelle ne figurent pas les principaux opposants que sont Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, acte l’exclusion de ces derniers de la course à la présidentielle. Les signaux avaient déjà été donnés depuis juin dernier par la commission électorale indépendante dont la liste électorale enregistrait l’absence de Gbagbo, Thiam, Guillaume Soro et Blé Goudé. Mais ce n’est pas la première fois, depuis le décès en décembre 1993, de l’ancien président Félix Houphouët Boigny que des poids lourds de l’Opposition politique ne sont pas sur la ligne de départ pour concourir à la magistrature suprême. Chronique d’une élection présidentielle toujours taxée de non inclusive de 1995 à nos jours.
Décembre 1993, décède le président Houphouët Boigny. Selon les textes constitutionnels, le fauteuil présidentiel échoit au président de l’Assemblée nationale. C’est ainsi que Henri Konan Bédié devient président de la Côte d’Ivoire pour le reste des 2 années précédant l’organisation de l’élection présidentielle prévue pour 1995. Ce rendez-vous électoral sera marqué par la non validation de la candidature de Alassane Ouattara qui a fondé, en tandem avec Gbagbo du Front populaire ivoirien (FPI), le front républicain pour affronter le président sortant, Bédié. Motif invoqué de cette non validation : il ne remplit pas les conditions fixées par l’ordonnancement juridique du pays aux yeux duquel, Ouattara n’est pas Ivoirien. C’est la genèse du fameux concept de l’ivoirité qui desservira cruellement le pays durant 15 ans avec son corollaire de crise mortifère. S’en suit le boycott de l’élection par le front républicain ; boycott actif marqué par des troubles et violences qui laisseront sur le carreau des morts. Si Bédié est élu avec 96% des voix, il est éjecté du pouvoir en décembre 1999 à travers un coup d’Etat qui fait président, le général Robert Gueï. Et Bédié s’exila à Lomé au Togo, puis en France. De son côté, Gbagbo se rapproche du président Gueï. C’est le divorce politique entre Gbagbo et Ouattara.
C’est à ce moment qu’intervient la fracture dans l’alliance du front républicain et Ouattara, sentant le climat politique hostile, prend le chemin de l’exil. Si en arrivant au pouvoir, Gueï avait laissé entendre au début qu’il ne se présentera pas à l’élection présidentielle de 2 000 et qu’il était venu aux affaires pour juste organiser des élections démocratiques et transmettre le pouvoir au nouvel élu, sa promesse s’envole comme une bulle de savon au soleil. Mais, au préalable, il a pris le soin de tailler sur mesure les textes juridiques en sa faveur, tout en surfant sur l’ivoirité : ceux-ci font de Ouattara un homme recherché, sous le coup d’un mandat d’arrêt international. C’est ainsi qu’empêchés de participer à la présidentielle de 2000, Ouattara et les principaux leaders du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) sont obligés d’être des spectateurs de ce rendez-vous électoral dont les principaux acteurs s’appellent Gueï et Gbagbo qui finissent par se neutraliser sur fond de frondes meurtrières dans la rue, source du fameux charnier de Yopougon. Comme en 1995, la présidentielle de 2000 est donc aussi émaillée de sang qui entache le début du mandat du nouvel élu, Gbagbo. Ce cycle de violence connaît son pic avec le coup d’Etat manqué de 2002 qui sera le prélude à la partition du pays en 2 et à une véritable boucherie humaine suite à l’élection de fin 2010. La partition du pays, marquée doublement par l’occupation du Nord par les rebelles et le Sud par le pouvoir de Gbagbo, et son corollaire de violence, empêche la tenue de la présidentielle d’octobre 2005. Il aura fallu recourir à mille médiations de Marcoussis à Pretoria pour obtenir un dégel sur le front ; ce qui permit l’organisation d’élection en fin 2010 avec pour la première fois, la possibilité pour Ouattara de concourir à la magistrature suprême. C’est véritablement la première fois, dans l’après-Houphouët, que la présidentielle est inclusive en enregistrant la participation de tous les candidats dignes de ce nom.
Les démons de la violence ne tarderont pas à ressurgir
Ouattara sort vainqueur des urnes et est installé dans le fauteuil présidentiel après une crise post-électorale qui fait 3 000 victimes, selon les chiffres officiels. Puis, vient l’élection de 2015 où le véritable challenger, Laurent Gbagbo, est encore dans les mailles du filet de la Cour pénale internationale qui finira par acquitter l’ancien président. Face à une Opposition inexistante et bénéficiant de l’onction de son allié Bédié qui a rejoint la majorité présidentielle baptisée Rassemblement des Houphouétistes pour la paix et la démocratie (RHDP), Ouattara remporte l’élection à travers le scrutin le plus paisible que la Côte d’Ivoire ait connu depuis la mort de Houphouët. Mais les démons de la violence inhérente à la non validation de candidature présidentielle ne tarderont pas à ressurgir, notamment en 2020 quand Ouattara décide de se présenter pour un 3e mandat et qu’il a été prononcé une condamnation pour détournement de fonds contre Guillaume Soro, l’empêchant de se présenter au scrutin de 2020.
De son côté, Bédié donne un coup de canif dans l’accord RHDP et prône, de concert avec Affi N’Guessan du FPI, le boycott de l’élection qui sera elle aussi émaillée de violences : 80 morts selon certaines sources. Les aboiements du chien n’empêchant pas le passage de la caravane, Ouattara passe haut les mains dans un scrutin sans réel opposant. Bref, avec l’impossibilité des candidats Gbagbo, Soro, Goudé et Thiam de se porter candidat à la présidentielle de 2025 suite à des décisions de justice, c’est véritablement le remake dans l’histoire politique ivoirienne où, excepté 2010, tous les vrais poids lourds politiques n’ont jamais eu la possibilité de tous concourir ensemble à la magistrature suprême. L’histoire se répète donc. Et comme souvent, celle-ci ne sait pas être hypocrite en trahissant ses effets douloureux passés, le pouvoir d’Abidjan fait dans la prévention en procédant depuis quelques jours à des interpellations d’opposants pour des raisons diverses. Ce, au moment où le front commun, constitué des grands partis politiques d’opposition que sont le PPA-CI et PDCI, a lancé un mot d’ordre de manifestation prévu pour ce 4 octobre 2025…
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