30 septembre 2022-30 septembre 2025, voilà 3 ans que le président Ibrahim Traoré et ses camarades tentèrent ce qui s’apparentait à un « suicide » : entrer en dissidence en se révoltant ouvertement, armes en bandoulière, contre leurs camarades du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR 1) considérés comme ayant trahi les idéaux pour lesquels les frères d’armes avaient convenu ensemble de prendre le pouvoir à travers le coup d’Etat du 22 janvier 2022. Les faits sont encore récents et rappellent le rôle chevaleresque joué par des personnalités de renom pour empêcher un bain de sang au sein de la grande muette ; un spectre vite enrayé aussi grâce à la communication du capitaine-stratège Traoré ayant alerté l’opinion sur le repli du président d’alors, Sandaogo Damiba, à Kamboinsin auprès de l’armée française en vue d’une éventuelle offensive.
A cette période où Damiba venait de multiplier les errements langagiers et politiques – retour du président Blaise Compaoré à Ouagadougou pour une réconciliation à pas forcé et au mépris de la Justice qui a lancé un mandat d’arrêt contre Compaoré – et où l’image de la France est au creux de la vague dans un Sahel en proie au mal terroriste qui se métastase, la sortie du capitaine Traoré a véritablement été décisive dans la conquête du pouvoir : la rue de Ouagadougou, Bobo et d’autres villes va s’embraser à travers des attaques directes aux sites emblématiques de la France au Burkina (ambassade, centre culturel). Conformément à l’adage selon lequel « L’ennemi de mon ennemi est mon ennemi », les partisans de l’ancien président Roch Kaboré et les autres détracteurs de l’ancien président Compaoré, accusant Damiba de vouloir restaurer le système Compaoré, avaient trouvé là l’occasion rêvée d’en découdre avec le tombeur de Roch Kaboré. Dès lors, l’étincelle de la sortie de Traoré venait de se transformer en un brasier qui « consuma » le régime Damiba, scellant ainsi de manière irrémédiable le divorce entre des compagnons d’armes dans leur éphémère « mariage » politique. C’est le coup de canif dans le contrat politique après la lune de miel politique ! Ainsi naquit le MPSR 2.
Il fallait alors marquer la rupture d’avec le MPSR 1.
Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et c’est un président sur les pas révolutionnaires de Sankara qui est sorti des entrailles du putsch de fin septembre 2022. Sans doute biberonné aux idées de Sankara, comme la plupart des jeunes de sa génération, depuis notamment l’université de Ouagadougou où foisonnent les idées du « Che africain » (surnom de Sankara), Traoré a trouvé à son arrivée au pouvoir, un terrain fertile pour perpétuer une lutte laissée en « jachère » par le père de la révolution d’août 1983… Lui dont l’âge, le mode d’accession au pouvoir (coup d’Etat), la silhouette et le grade dans l’armée étaient la photocopie légalisée de Sankara à l’arrivée de celui-ci au pouvoir en 1983, pouvait-il refuser de prendre le flambeau de la perpétuation des idées sankaristes à lui remis le 15 octobre 2022 par le comité international du mémorial Thomas Sankara, lors de sa première participation à la commémoration du 15 octobre, date anniversaire de l’assassinat de Sankara ? Lui qui en activité au front a vécu à corps défendant la duplicité des soldats français et qui en poste à Kaya a vécu la prise à partie de l’armée française à Kaya en novembre 2021 par la jeunesse burkinabè comme un énième appel sans ambages à reconsidérer la coopération sécuritaire franco-burkinabè, ne s’est-il pas dit dans son for intérieur que le moment est propice à cet engagement sankariste ?
Lui qui est bien conscient que cette jeunesse révoltée qui l’a porté au pouvoir à travers la rue, vit au quotidien les idées de Sankara chevillées au corps, continue de réclamer à cor et à cri la résurrection de celui-ci et reste en quête de repères dans une société de plus en plus en décrépitude morale, n’a certainement pas eu besoin de consulter les oracles pour accepter de prendre le flambeau sus-cité. Il fallait alors se jeter à l’eau avec les risques de se mettre dans l’œil de cyclone de Paris que cela comporte… S’il a accepté de le faire et d’en payer le prix comme Sankara, ce n’est pas sans avoir pris le soin de se doter d’une d’assurance vie : amplification de la communication anti-impérialiste, préservation d’une bonne partie du soutien des premières heures d’accession au pouvoir, développement de l’axe Ouaga-Moscou et bien d’autres axes, etc.
Il ne manque pas de faits d’armes à mettre au crédit du capitaine-président
A l’heure du bilan à mi-parcours, il ne manque pas de faits d’armes à mettre au crédit du régime de l’héritier du capitaine Sankara. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le capitaine-président aura fait preuve d’une volonté farouche de réduire le train de vie de l’Etat, de lutter contre la corruption, de doter les forces combattantes de matériels de combat, de réduire le terrorisme à sa plus simple expression via de multiples initiatives sécuritaires (lire page 6 et 7), de relancer l’économie nationale à travers des initiatives probantes, etc. Après trois ans marqués par des tentatives de coup d’Etat déjouées, le capitaine Traoré aura réussi à impulser une dynamique de changement de mentalités chez la population désormais convaincue que le terrorisme est une nouvelle forme de néo-colonisation et que la lutte contre ce fléau ne prospérera pas avec la présence militaire française sur le sol burkinabè.
Toutefois, si les coups d’Etat de janvier et de septembre 2022 ont eu pour principal fondement la dégradation de la situation sécuritaire, force est de constater qu’à travers sa résilience, l’hydre terroriste continue de résister aux assauts des forces combattantes quand elle ne nargue pas celles-ci et les populations dans bien des localités. Prouvant ainsi que ce n’est pas demain la veille du terrorisme au Sahel, notamment au Burkina et qu’il faut davantage nouer son pagne pour aller au charbon dans l’union sacrée du peuple ; laquelle demeure la véritable arlésienne nationale qui date et que les mesures dites de réquisition prises par le régime Traoré sont venues conforter à travers le mécontentement d’une partie de la population qui pense que ces dernières sont attentatoires à ses libertés individuelles. Une chose est sûre : au-delà de certaines nobles initiatives prises pendant les 3 ans de son règne, le président Traoré aura su se servir de la communication comme outil de garantie de la longévité au pouvoir, tout en travaillant à préserver le soutien de la rue qui l’a aidé à réussir son coup d’Etat…
La Rédaction
Éditorial publié dans la parution du 15 septembre au 14 août 2025

