Crédits octroyés par le fonds Faso Kuna-Wili : Les cours des promoteurs défaillants seront mises en vente

L’équipe du Fonds Faso Kuna-Wili remettant une décharge au propriétaire d’une cour hypothéquée

Le Fonds Faso Kuna-Wili (FKW) a entamé, le jeudi 19 juin 2025, une sortie sur le terrain pour identifier les domiciles de plusieurs promoteurs défaillants. Conduite par son Directeur Général, Pr Hamidou Sawadogo, l’équipe est allée à la rencontre de débiteurs n’ayant pas honoré leurs engagements financiers, en vue d’engager des procédures de liquidation de leurs biens hypothéqués. Cinq domiciles situés dans les quartiers de Cissin, Nagrin et Bonheur ville à Ouagadougou ont été ciblés au cours de cette mission. Objectif : faire respecter les engagements contractés par les promoteurs lors de l’obtention de leurs crédits auprès des anciens fonds du ministère des Sports, de la jeunesse et de l’emploi aujourd’hui rétrocédés au Fonds Faso kuna-wili.

Il est 14h 55 lorsque le véhicule de la mission s’immobilise devant une concession à Cissin. Le portail fermé et l’ambiance silencieuse laissent croire à une cour inhabitée. Le Directeur général (DG) du fonds s’avance et frappe. Mme A. M. apparaît. « C’est bien ici la cour de Monsieur M. A. ? », demande-t-il. « Oui, c’est mon mari, mais il est sorti », répond-elle. Le DG lui notifie que son époux avait contracté un prêt en 2021 et n’a pas respecté ses engagements de remboursement. La cour, utilisée comme garantie, est désormais sous menace de vente. Mme A. M., visiblement surprise, est invitée à signer une décharge. À Nagrin, même scénario. L’équipe arrive devant une autre cour. Une dame sort à leur rencontre. Interrogée, elle confirme qu’il s’agit bien du domicile de Monsieur O. M., absent au moment du passage. L’équipe lui remet une décharge après avoir expliqué que son époux n’a remboursé que 298 000 F CFA sur les 2,5 millions empruntés en 2021 avec le FAPE. Plus loin, devant une mini-villa jumelée, les portes sont closes. Monsieur Denis Kaboré, directeur du recouvrement, tente de joindre la promotrice par téléphone. Celle-ci nie devoir encore de l’argent. Mais les documents encore en possession du fonds prouvent le contraire : elle n’a remboursé que 560 000 F CFA sur les 2 millions contractés en 2021. La décharge est glissée sous le portail.

Le directeur général du Fonds Faso Kuna-Wili, Pr Hamidou Sawadogo

Ces opérations s’inscrivent dans les nouvelles missions de FKW, née de la dissolution des trois (3) fonds nationaux de financement du ministère en charge de l’emploi : Fonds d’appui au secteur informel (FASI), Fonds d’appui à la promotion de l’emploi (FAPE) et Fonds d’appui aux initiatives des jeunes (FAIJ). En plus de ses actions orientées dans la dynamique de l’augmentation de l’offre de crédit, de l’intensification des actions de renforcement des capacités des promoteurs, il doit assurer le recouvrement des créances des anciens fonds estimées à plus de 21 milliards de francs CFA. C’est dans ce contexte que se déroule cette mission, visant à la réalisation des garanties. «Nous effectuons des sorties régulières les mardis, mercredis et jeudis. Chaque agent est chargé de visiter 12 promoteurs par jour pour les informer de leur situation. Certains acceptent de prendre des engagements sur place, tandis que d’autres sont convoqués les vendredis dans nos locaux pour des auditions. Beaucoup s’engagent, mais ne respectent pas leurs engagements. Après avoir épuisé toutes les approches de recouvrement à l’amiable, nous entamons désormais le processus de liquidation des biens ayant servi de garantie», explique Denis Kaboré, Directeur des risques, du recouvrement et du contentieux.

Les sorties de recouvrement sont organisées chaque semaine grâce à un partenariat entre le ministère des Sports, de la jeunesse et de l’emploi et le ministère de l’Administration territoriale, qui met à la disposition du fonds des agents de la police nationale pour la sécurité des membres de la mission. Les visites de terrain sont menées de façon inopinée ; ce qui permet une meilleure efficacité dans l’identification des cours concernées. Cette nouvelle approche s’appuie sur une meilleure maîtrise des promoteurs et une connaissance affinée des zones d’intervention. Pour le DG Sawadogo, il s’agit là d’une innovation majeure dans la stratégie de recouvrement du fonds. «Nous rencontrions souvent des difficultés pour localiser certains promoteurs, pour diverses raisons. Aujourd’hui, grâce à notre nouvelle méthode de repérage, nous pouvons identifier et nous rendre directement chez les concernés, sans annonce préalable. Certains débiteurs nous fuient, mais cette approche permet de contourner ces obstacles », explique-t-il.

Les impayés cumulés des anciens fonds dépassent 21 milliards de F CFA

Le quatrième et dernier domicile visité par l’équipe du Pr Sawadogo se trouve dans le quartier Bonheur ville. Contrairement aux autres promoteurs, Monsieur B. T., l’emprunteur et propriétaire de la cour, est présent à domicile. Lors de la remise de la décharge par le directeur du recouvrement, il tente de justifier qu’il a tout remboursé. Le directeur rétorque : « Que fait encore votre garantie au fonds? » Cela signifie que s’il avait réellement réglé sa dette comme il le prétend, il aurait dû retirer sa garantie. Après les échanges, il concède qu’il lui reste encore 360 000 francs à payer sur les 2 000 000 empruntés en 2021 au FAPE.

L’équipe du Fonds Faso Kuna-Wili échangeant au téléphone avec une promotrice absente lors du passage de l’équipe chez elle

Tous les promoteurs convoqués doivent, s’ils souhaitent éviter la liquidation de leurs biens, se rendre au fonds pour rembourser la totalité du crédit. À défaut, une procédure de liquidation est engagée pour recouvrer la somme restante à payer. Le défi est colossal. Depuis les années 2000, les impayés cumulés des anciens fonds dépassent 21 milliards de F CFA. Une situation qui compromet l’octroi de nouveaux crédits. Pourtant, à la date du 15 mai 2025, plus de 5 000 demandes de financement étaient en attente, pour un montant global de plus de 51 milliards de F CFA. Cet engouement s’explique par les nouvelles mesures adaptées aux besoins de la population, qui privilégient les projets liés à l’élevage, à l’agriculture, à la transformation des produits locaux et aux petits commerces de produits locaux, le tout à des taux d’intérêt raisonnables. Le financement n’est plus accordé au commerce des produits importés.

En plus de faire la promotion de la transformation et de la commercialisation des produits locaux, une attention particulière est accordée aux projets portés par les personnes handicapées et au financement des études dans des filières prometteuses. Pour le DG Sawadogo, l’heure est à la rigueur : «Nous ne prenons aucun plaisir à menacer de vendre des domiciles. Mais il s’agit de l’argent du contribuable. Nous avons déjà mené plusieurs campagnes de sensibilisation. Ceux qui ont répondu favorablement, ont trouvé des solutions. Quant à ceux qui refusent de s’exécuter, nous n’avons d’autre choix que de faire la réalisation des garanties ». Un appel est donc lancé à tous les promoteurs ayant contracté des prêts auprès du FASI, FAPE ou FAIJ et qui n’ont pas encore remboursé, à s’exécuter. Ils sont invités à se rapprocher des services du Fonds Faso Kuna-Wili, présents dans toutes les régions du Burkina Faso, afin de trouver une solution amiable avant toute procédure de réalisation de leur garantie.

Service Communication et Relations Publiques/Fonds Faso Kuna-Wili

Article publié dans la parution du 15 août au 14 septembre 2025

Dans la même catégorie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *