Dans les lignes qui suivent, Nonmwendé Franceline SAWADOGO s’indigne contre l’une des pratiques sociales où le paraître est de plus en plus célébré au détriment d’un certain nombre de valeurs. Pour un coup de gueule, c’en est véritablement un. Lisez !
Dans certains pays, la valeur d’un individu ne se mesure plus à sa vision, à son intelligence ou à son intégrité. Non. L’aura sociale se calcule désormais en cylindrée, en marques de sacs et en perruques flambant neuves.
Arriver à une rencontre en moto ? Sacrilège ! C’est la preuve ultime que tu n’as « rien compris à la vie ». Tes idées, aussi brillantes soient-elles, sont vite classées dans la corbeille des « pauvres » avant même que tu ne prennes la parole. On ne débat plus de compétences, mais de véhicules luxueux garés à l’entrée.
Et pour se conformer au système, on loue. On loue des voitures dernier cri pour briller le temps d’une réunion. On emprunte des sacs griffés et des bains cousus main pour afficher un standing éphémère. On investit dans l’illusion, persuadé que le paraître est la clé de la réussite.
Pendant ce temps, ironie du sort, certains qui possèdent réellement ces voitures de prestige préfèrent parfois circuler à moto, en toute simplicité. Peut-être ont-ils compris que le vrai moteur de la vie ne se trouve ni sous un capot ni sur une étiquette de sac, mais bien dans la tête et dans le cœur.
Mais hélas, l’apparence fait loi. Le contenu peut attendre, pourvu que la carrosserie brille et que le sac à main clignote. Et si tu n’as pas les accessoires de ce théâtre social ? Alors, bon courage ! Tu seras classé parmi les « non fiables », indignes de confiance, comme si l’intégrité avait un lien avec la couleur de ta robe ou le nombre de chevaux sous un capot.
Au rythme où vont les choses, on finira peut-être par imposer un protocole officiel :
Véhicule luxueux obligatoire pour franchir la barrière,
Moto interdite, sauf pour les livreurs,
Sacs de créateurs et robes de soirée empruntées comme laissez-passer pour être écouté.
Ainsi va le règne du paraître, où l’image prime sur le contenu, et où l’on confond encore trop souvent brillance extérieure et vraie valeur intérieure. Un peuple qui préfère applaudir une voiture empruntée qu’une idée révolutionnaire finira toujours par tourner en rond… dans le vide.
Nonmwendé Franceline SAWADOGO

