Le samedi 9 août 2025, le verdict est tombé raide comme un couperet pour l’ancien Premier ministre tchadien, Succès Masra, condamné par la Justice tchadienne à 20 ans de prison ferme. À cela s’ajoute une amende de un milliard de francs CFA à payer. Le président du parti d’opposition Les transformateurs est ainsi reconnu coupable de « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et de « complicité de meurtre ». Pour Francis Kadjilembaye, coordonnateur des avocats du camp Masra, « Notre client vient de faire l’objet d’une humiliation, d’une ignominie » rapportent nos confrères de l’AFP. Aussi, le coordonnateur a ajouté ceci : « Il vient d’être condamné sur la base d’un dossier vide, sur la base de supputations et sur l’absence de preuve. Nous assistons à une consternation qui consiste à instrumentaliser la justice ». Avant de conclure qu’il n’entend « pas désarmer » dans cette affaire et mettra les bouchées doubles pour « faire entendre partout où besoin sera, la voix de » Masra.
En rappel, Succès Masra a été arrêté le 16 mai dernier et était poursuivi pour « incitation à la haine, à la révolte, constitution et complicité de bandes armées, complicité d’assassinat, incendie volontaire et profanation de sépultures ». Ce, dans l’affaire de tuerie de 42 personnes à Mandakao au sud-ouest du Tchad. Survenue le 14 mai, la tuerie aurait concerné essentiellement des femmes et des enfants.
Lors du procès, Masra a contesté l’accusation portée contre sa personne. « Vous avez devant vous un homme qui croit en la Justice. Je ne reconnais aucun des faits qui me sont reprochés », a-t-il martelé, arborant une tenue traditionnelle de couleur blanche. Mais la justice va brandir contre lui, ce message fait à l’origine en langue ngambaye : « Apprenons-nous les uns et les autres à utiliser une arme à feu. Que ce soit fille ou garçon, que ce soit homme ou femme (…) soyons tous des boucliers protecteurs ».
À noter qu’outre le procès dirigé contre Masra, se tenait un autre procès à l’encontre de 74 personnes sur lesquelles portent des griefs de participation au massacre du 14 mai qui a fait plus de 40 morts. Selon nos confrères de France24, 60 personnes ont été condamnées à 20 ans de prison ferme. Enfin, comme on peut le constater, la demande de liberté provisoire faite le 19 juin par les avocats de Masra et la grève de la faim observée par l’intéressé pendant un moment au cours de sa détention – avant le procès – n’ont produit les effets escomptés… L’ancien cadre de la Banque africaine de développement d’où il a démissionné en 2018 à l’âge de 37 ans pour lancer son mouvement politique reste en prison. À l’époque, le pouvoir de N’Djamena avait par la suite modifié la Constitution pour porter à 45 ans l’âge minimum pour se présenter à l’élection présidentielle qui, initialement, était de 35 ans. Un projet constitutionnel pour casser de l’opposant.
Pour l’opposant qui a connu l’exil après la boucherie humaine (une cinquantaine de morts selon le pouvoir militaire de Deby fils, mais entre 100 et 300 morts selon l’opposition) due à la répression de la manifestation du 20 octobre 2022 contre la volonté de Deby fils de se maintenir au pouvoir au terme de la durée initiale de la transition, les déboires ne font que se poursuivre… Avec en ligne de mire un enterrement de ses ambitions politiques. Ainsi sonne la récente décision judiciaire. À condition d’un coup de théâtre, notamment l’abréviation de sa peine à travers l’exercice d’une voie de recours judiciaire ou autres. Chez ses détracteurs politiques accusés par les avocats de Masra « d’instrumentaliser la Justice pour régler des comptes politiques », l’heure est inévitablement à la jubilation secrète…
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